CORRUPTION: Le procès du fléau atteint les plus hauts niveaux dugouvernement sud-africain

JOHANNESBURG, 10 déc (IPS) – La Journée internationale anti-corruption, commémorée jeudi, peut bien avoir trouvé un écho particulier auprès des Sud-Africains cette année. Le pays assiste actuellement à un procès de corruption très en vue, qui se déroule à Durban, la ville portuaire orientale.

Le procès implique le brillant hommes d'affaires Schabir Shaikh, qui est accusé d'avoir payé plus de 180.000 dollars au vice-président Jacob Zuma pour que ce dernier fasse, en échange, la promotion de ses intérêts commerciaux. Bien que Zuma lui-même ne soit pas dans le box des accusés, l'intérêt des médias a été intense pour les audiences, (le procès a commencé en octobre).

Les relations entre Shaikh et Zuma, qui durent depuis environ deux décennies, se sont développées pendant que les deux étaient impliqués dans la lutte pour mettre fin à la ségrégation raciale en Afrique du Sud. Shaikh a également exercé la fonction de conseiller financier du vice-président.

Après la fin de l'apartheid en 1994, Zuma a été nommé ministre provincial des Affaires économiques et du Tourisme dans le KwaZulu-Natal, la région sud-est du pays. Vers 1995 toutefois, il a connu de sérieuses difficultés financières.

Shaikh affirme que les paiements de plus de 180.000 dollars qu'il a faits à Zuma (ou qui ont été envoyés au vice-président par l'intermédiaire de ses entreprises) n'étaient rien de plus qu'un geste d'amitié.

Toutefois, le procureur de la République Billy Downer allègue que les 'Shaikh's holdings', le 'Nkobi group of companies', pouvaient difficilement se permettre de faire des paiements à Zuma et que ces transferts équivalaient à des pots-de-vin en échange de parrainage politique.

En outre, Shaikh a été impliqué dans un projet de près de 80.000 dollars devant être payés par an à Zuma par le fabricant d'armes français Thomson-CSF, dénommé maintenant Thalès. Downer affirme que c'était un pot-de-vin pour obtenir l'appui de Zuma pour Thomson-CSF dans le processus de soumissions en vue d'une acquisition d'armements de plusieurs milliards de dollars en Afrique du Sud. Thomson a finalement obtenu le marché de la vente de quatre bateaux à la marine sud-africaine.

Zuma, qui est pressenti pour succéder au président Thabo Mbeki lorsque ce dernier se retirera dans cinq ans, a nié avoir commis une quelconque faute..

Le vice-président, un politicien populaire au sein des militants de base du Congrès national africain (ANC) au pouvoir, n'a pas encore comparu au tribunal. Un groupe d'avocats suit actuellement le procès en son nom.

"Nous espérons que cela prendra fin bientôt", a indiqué à IPS, Mokgadi Stephens de l'Université de Pretoria, jeudi. "Je pense que le public a fini par en avoir ras le bol". Mbeki a également exprimé l'espoir, avant le début du procès, qu'il s'achèverait rapidement.

Malgré l'intérêt des médias pour le procès, l'Afrique du Sud n'a pas occupé une si mauvaise place dans le dernier Indice de perceptions de la corruption, publié par Transparency International, un organisme d'observation du fléau, basé à Berlin.

Elle a été classée 44ème sur la liste, qui incluait plus d'une centaine de pays. Le Nigeria était le pays africain ayant occupé la dernière place sur l'indice, tandis que le Tchad, la Côte d'Ivoire, la République démocratique du Congo et l'Angola ont également occupé de mauvais classements.

Une autre recherche peint, toutefois, un tableau plus inquiétant de l'ampleur de la corruption en Afrique du Sud.

Dans une étude de mars, l'Institut d'études stratégiques (ISS), basé à Pretoria, a révélé qu'une importante proportion de personnes (5,6 pour cent) interrogées avaient rapporté qu'un fonctionnaire de l'administration leur a demandé un pot-de-vin sous forme d'argent, de faveur ou de cadeau – "en échange d'un service que l'agent était tenu de faire conformément à la loi".

Cette corruption, a ajouté l'ISS, "était plus patente dans des confrontations avec des agents de la circulation, avec la police, et lorsque vous vous entretenez avec des responsables pour des opportunités d'emploi".

S'exprimant au parlement cette semaine, le ministre de la Sûreté et de la Sécurité, Charles Nqakula, qui a promis de s'attaquer aux délits financiers, un euphémisme pour la corruption, a déclaré qu'il y avait de postes pour 22.329 détectives en Afrique du Sud. Toutefois jusqu'en octobre, seuls 17.933 ont été pourvus.

Des efforts étaient en cours, a-t-il ajouté, pour recruter du personnel pour les postes vacants.

Stephens croit que la mise en place et le renforcement des institutions aideront à enrayer la corruption. "Vous devez également payer aux policiers et aux fonctionnaires un salaire décent pour les empêcher de prendre des pots-de-vin", a-t-elle ajouté".