PRETORIA, 8 déc (IPS) – "Le VIH n'est qu'un virus… Si nous changeons nos comportements, le VIH va mourir. Il n'aura pas la place et la capacité de se propager", déclare Musa Njoko, une jeune femme sud-africaine qui vit avec le virus depuis les dix dernières années.
"Lorsque j'ai été reconnue séropositive, le médecin m'a dit qu'il me restait trois mois à vivre. Elle m'a dit d'aller à la maison et de prier – qu'elle ne pouvait rien faire", ajoute-t-elle. "Dix ans après, je suis toujours ici".
Njoko, une chanteuse, s'est consacrée à l'aide aux personnes vivant avec le VIH/SIDA en Afrique du Sud, qui compte actuellement le plus grand nombre de personnes infectées par le virus : 5,3 millions. Ceci sur une population totale d'environ 45 millions. L'espérance de vie dans le pays a été réduite de 53,7 à 47,7 ans.
Avec environ 200 autres activistes anti-SIDA, Njoko a participé au lancement de la 'Campagne Mutapola' à Pretoria, la capitale sud-africaine, récemment (3 décembre). L'initiative, co-financée par Action Aid International et la 'Open Society Initiatives for Southern Africa', vise à donner une voix aux filles et aux femmes infectées et affectées par le VIH et le SIDA. "Nous avons donné à la campagne le nom d'une femme sud-africaine (Mutapola) pour focaliser l'attention sur les conséquences pour les filles et les femmes – pour donner à nos réponses collectives un visage humain et susciter un sens d'urgence dans la lutte pour vaincre le SIDA", a indiqué Action Aid dans un communiqué parvenu à IPS.
Selon Noerine Kaleeba, présidente du Conseil d'administration de Action Aid, "la pandémie prend de l'ampleur malgré les efforts mis en place au cours des 16 dernières années".
"Elle affecte principalement les filles et les femmes", ajoute-t-elle.
"Tant que nous ne nous focaliserons pas sur les filles et les femmes, laissons tomber l'idée de faire une brèche dans le VIH/SIDA".
L'initiative de Action Aid a été amplifiée par le fait que les jeunes gens remettent en question déjà les coutumes traditionnelles qui ont été à la base de la propagation du VIH – notamment parmi les filles et les femmes.
L'une de ces jeunes, Biyi Manana, est devenue sceptique sur la sagesse populaire après avoir épousé un homme qui professait être un chrétien né de nouveau – mais qui avait toutefois des mœurs dissolues.
"J'ai parlé aux vieux dans le village et ils m'ont dit de m'accrocher et d'accomplir notre devoir conjugal. J'étais fidèle à mon mari mais mon mari ne l'était pas; il découchait avec d'autres femmes", affirme-t-elle.
"J'ai essayé de négocier des relations sexuelles protégées en lui demandant de porter un condom durant les rapports, mais il a refusé", ajoute Manana. Son mari l'a finalement renvoyée de la maison.
"Nos maris ne devraient pas nous considérer comme un meuble dans la maison parce qu'ils ont payé la lobola (la dot). Mon souhait est que la dignité de la femme, qui a été bafouée, soit restaurée. Nous ne sommes pas des machines pour la production des enfants", déclare Manana, qui est maintenant une militante pour l'Organisation des personnes vivant avec le VIH/SIDA.
Elle a demandé au gouvernement de construire plus de centres de santé dans les zones rurales pour aider les personnes infectées par le VIH. Dans son village dans la province du KwaZulu-Natal (sud-est), la région la plus affectée par la pandémie, les malades font de longues distances pour chercher assistance dans un hôpital.
"Nous n'avons pas d'hôpital (local). Nous prenons quatre taxis pour nous rendre à l'hôpital le plus proche. Un dispensaire mobile vient une seule fois par mois dans notre village", indique Manana.
Kaleeba, qui travaille également pour le Programme conjoint des Nations Unies sur le VIH/SIDA, dit que le slogan populaire anti-SIDA de "ABC" (Abstinence, fidélité, et si vous ne le pouvez pas, utilisez un préservatif) passe à côté lorsqu'il s'agit des filles et des femmes.
"Comment pouvez-vous vous abstenir lorsqu'on vous oblige à avoir des rapports sexuels? Comment pouvez-vous rester fidèle lorsque vous êtes mariée à l'âge de 16 ans?", demande-t-elle.
L'élément manquant dans la campagne ABC, ajoute Kaleeba, concerne le manque d'implication des garçons et des hommes dans des projets visant à combattre la pandémie : "Les hommes et les garçons peuvent être des forces positives de changement. Nous étions passés à côté autrefois en ignorant les hommes et les garçons comme des agents de changement".
La féminisation de la pandémie du SIDA est très apparente en Afrique subsaharienne, où près de 60 pour cent des personnes infectées sont des femmes – et 75 pour cent des jeunes gens infectés sont des filles âgées de 15 à 24 ans. Les femmes sont physiquement plus prédisposées à l'infection du VIH que les hommes à cause de leur constitution biologique.
La violence contre les femmes – le viol, par exemple – alimente également la propagation du SIDA parmi les filles et les femmes.
"Nous avons beaucoup de chemin à faire dans la campagne contre la violence à l'égard des femmes. Avant que je ne vienne en Afrique du Sud, j'étais dans un pays africain et une femme était venue en pleurant. Elle m'a montré son dos, une marque de la violence exercée contre elle par son mari", a déclaré Kaleeba.
Le moment de cette rencontre était particulièrement ironique. "J'étais en colère parce que cela s'est passé au milieu d'une campagne de 16 jours contre la violence à l'égard des femmes", a souligné Kaleeba.
'Seize jours d'activisme contre la violence de genre', va de la Journée internationale pour l'élimination de la violence à l'encontre des femmes (25 novembre) à la Journée internationale des droits de l'Homme (10 décembre).
C'est une campagne mondiale qui donne au public une occasion de lutter contre la violence basée sur le genre et de se mobiliser autour des droits humains des femmes, indique Amnesty International, un organisme d'observation des droits de l'Homme basé à Londres. Le thème de la campagne de cette année est 'Pour la santé des femmes, pour la santé du monde : plus de violence'.
Mais, plusieurs femmes se plaignent de ce que lorsqu'elles rapportent la violence à leur égard à la police, les policiers leur disent de retourner à la maison et de régler le problème avec leurs partenaires.
La tradition dessert également les femmes.
Madrilene Cholo de l'initiative 'Femmes et droit en Afrique australe' a exhorté les gouvernements d'Afrique australe à interdire la purification sexuelle (une pratique où des hommes infectés ont des rapports sexuels avec des filles vierges en croyant à tort que cela les guérira du SIDA). Elle souligne que cette coutume est répandue au Malawi et en Zambie.
"Nous voulons également que le gouvernement interdise le mariage des enfants", ajoute-t-elle.

