/REPETITION CORRIGEE*/SANTE-MOZAMBIQUE: Le conflit entre le condom et laculture

MAPUTO, 2 nov (IPS) – Plus tôt cette année, une statistique effrayante est apparue à plusieurs reprises à une conférence sur les droits de la reproduction qui s'est tenue à Londres.

Des délégués à "Compte à rebours 2015 : Santé sexuelle et de la reproduction et Droits pour tous" (organisée début septembre) ont appris qu'en moyenne, les hommes en Afrique subsaharienne avaient accès à seulement trois condoms par an.

Puisque les préservatifs ont pendant longtemps été reconnus comme une partie essentielle des efforts pour contenir la propagation du SIDA, cette fourniture limitée de préservatifs semblerait avoir des implications désastreuses pour l'Afrique. Au Mozambique – l'un des pays les plus pauvres sur le continent – un examen de la disponibilité des condoms donne à la fois des motifs d'espoir et d'inquiétude.

En 1998, une organisation non gouvernementale (ONG) basée à Washington – Population Services International (PSI) – a vendu ou distribué quelque 10 millions de condoms au Mozambique. Cette année, PSI espère amener ce chiffre à 16 millions.

Ce groupe est l'un des plus grands distributeurs de préservatifs dans ce pays d'Afrique australe. D'autres entités – ONG, organisations anti-SIDA et sociétés privées – sont également impliquées dans ce domaine, comme l'est le ministère de la Santé du Mozambique, qui distribue des condoms gratuitement.

Mouzinho Saide, directeur du Programme national de lutte contre le SIDA, a dit à IPS qu'en 2003, le ministère avait distribué un peu plus de 20 millions de préservatifs : "Le niveau de la demande de condoms a augmenté, et ceci est dû à l'amélioration, au sein du public, de la prise de conscience que le problème du VIH/SIDA est sérieux".

"Nous espérons distribuer à peu près 25 millions de condoms cette année", ajoute Saide. Ce chiffre devrait aller jusqu'à 40 millions l'année prochaine, à un coût de 1,58 million de dollars (1,32 million de dollars sont dépensés par le gouvernement pour l'achat de préservatifs cette année).

PSI a eu recours à des pièces théâtrales, radiophoniques et à la danse pour éduquer le public sur l'importance de l'utilisation des condoms.

"Nous avons des équipes au niveau de la province et du district. C'est le coordonnateur provincial qui est responsable de toutes les questions liées à la logistique, aux ventes et aux communications – et ceci en coordination avec les districts", a indiqué à IPS, José Alho, directeur commercial de PSI.

Généralement, les équipes arrangent des rencontres avec des communautés, au cours desquelles elles discutent des avantages de l'utilisation du préservatif.

Les gens qui participent aux réunions prennent part aux exercices où ils apprennent la meilleure manière de négocier l'utilisation du condom; ils s'exercent également à porter des préservatifs aux modèles d'organes génitaux masculins en bois pour minimiser les chances de mauvaise utilisation des préservatifs.

Cependant, ces efforts rencontrent parfois de la résistance.

Au début de septembre, la télévision nationale avait montré des images de personnes jetant des condoms que des activistes avaient distribués durant une manifestation organisée par le gouverneur de la province de Gaza.

Il était également demandé aux militants de cesser d'agir d'une façon irrespectueuse. Il semblait évident que plusieurs parmi les gens qui étaient à la manifestation, voyaient l'utilisation du condom comme quelque chose qui compromettait la décence plutôt que destiné à sauver des vies.

"Il y a une idée fausse sur l'utilisation du condom, et ce n'est pas par manque d'information qu'ils (simples citoyens) sont réticents. C'est plus pour un facteur culturel", affirme Alho, notant que PSI avait rencontré pareille résistance dans la province de Niassa, à l'extrême nord (qui représente environ 11 pour cent des cas de SIDA) et dans la province centrale de Manica (qui compte 19 pour cent des cas de SIDA – le deuxième plus fort taux dans le pays).

Selon le ministère de la Santé, 14,9 pour cent de Mozambicains sont séropositifs (le pays a une population d'un peu plus de 18 millions). La prévalence du VIH varie d'une région à une autre; toutefois, dans la partie centrale du pays, la prévalence est estimée à un peu plus de 17 pour cent, atteignant 26,5 pour cent dans la province du Sofala.

Certains hommes associent les condoms aux prostituées, et pensent qu'ils ne devraient utiliser des préservatifs que lorsqu'ils fréquentent des prostituées.

Même dans ces situations, des prix plus élevés peuvent être payés pour le droit d'avoir des relations sexuelles sans condom en se fondant sur l'hypothèse que le préservatif réduit le plaisir d'un homme. Un homme dira "qu'il ne peut pas prendre une douche avec un parapluie", fait remarquer Alho.

Dans d'autres cas, une femme qui demande l'utilisation d'un condom peut être accusée par son partenaire de ne pas lui faire confiance.

"L'acceptation de quelque chose est un processus de travail soutenu. Nos niveaux d'éducation limitent l'opinion des gens, et cela est même plus préoccupant dans les zones rurales où il y a certains qui croient que les condoms donnent le VIH/SIDA", explique Saide. Près de 56 pour cent des Mozambicains seraient analphabètes – même si ce chiffre pourrait être un peu plus élevé dans des zones rurales.

Selon Victor Muchanga du Conseil national de lutte contre le SIDA, le gouvernement veut "améliorer et accroître l'utilisation du condom au sein de la population", et travaille actuellement sur une stratégie à cet effet.

Le conseil trouve que les Mozambicains tombent soit dans une catégorie de "risque général" soit de "haut risque" concernant le VIH, le dernier incluant les prostituées, les douaniers et les personnes très mobiles comme les routiers et les vendeurs ambulants. On dit souvent des douaniers qu'ils autorisaient les vendeuses ambulantes à traverser les postes frontaliers sans leur faire payer de taxes si les commerçantes acceptent d'avoir des relations sexuelles avec eux.

Muchanga indique que les autorités aimeraient accroître l'usage du condom parmi la population, dans son ensemble, de 50 pour cent d'ici à 2007, et de 80 pour cent d'ici à 2009. Pour des personnes dans la catégorie à haut risque, les objectifs sont de 80 pour cent d'ici à 2007 – et de 95 pour cent d'ici à 2009.

L'argent servant à l'achat des condoms vient, parmi d'autres, de l'Agence des Etats-Unis pour le développement international. Le Fonds des Nations Unies pour l'enfance, dans ses initiatives pour la prévention et les soins par rapport au SIDA, informe la population sur la manière d'utiliser les condoms pour prévenir la tranmission du VIH.

La marque de condoms "Jeito", commercialisée à travers le Mozambique, peut être vendu à moins de cinq cents le paquet de trois – même si des vendeurs peu scrupuleux peuvent le vendre parfois dix fois plus cher.

Dans un pays où, selon le Rapport 2004 sur le développement humain, environ 38 pour cent des personnes vivent avec moins d'un dollar par jour, la moindre inflation sur le prix des préservatifs, est une source d'inquiétude.

Le rapport sur le développement est publié par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). (* Cet article diffusé le 2 novembre contient une erreur dans le paragraphe 24. Prière de noter que le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) ne donne pas d'argent pour l'achat des condoms. Toutefois, l'agence soutient un certain nombre d'initatives pour la prévention et les soins par rapport au SIDA, y compris l'information livrée à la population sur le rôle des condoms dans la lutte pour prévenir la tranmission du VIH.)