CULTURE-AFRIQUE: L'édition prend en compte le NEPAD

MBABANE, 12 nov (IPS) – Plusieurs colonnes ont été consacrées au Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD) un plan visant à utiliser une meilleure gouvernance pour attirer plus d'investissements sur le continent.

Toutefois, on pourrait affirmer que le plan demeure quelque chose d'énigmatique pour plusieurs.

Maintenant, des éditeurs en Afrique essaient de remédier à cette situation.

"Pour qu'un changement économique et culturel s'opère, les dirigeants du continent et le secrétariat du NEPAD doivent communiquer sa vision et ses objectifs aux populations à la base. Le problème aujourd'hui est que l'homme de la rue n'a pas la moindre idée de ce qu'est le NEPAD", a souligné un récent éditorial dans la 'Revue d'édition africaine' – une publication commerciale et une porte-voix du Réseau des éditeurs africains (APNET).

"A cet effet, l'industrie d'édition sur le continent est une industrie très stratégique", a ajouté l'éditorial. L'APNET relie des éditeurs de livres de 46 pays, depuis la Méditerranée jusqu'au Cap.

Toutefois, l'industrie africaine d'édition rencontre un certain nombre d'obstacles pour en dire davantage aux lecteurs sur le NEPAD – ou d'autres affaires sur le continent, du fait que l'Afrique a de faibles taux d'alphabétisation.

"L'édition du livre en Afrique aujourd'hui signifie essentiellement les manuels scolaires. Très peu d'Africains ont des revenus disponibles pour acheter des livres", affirme un éditeur basé à Johannesburg, ajoutant : "Soit, en tant qu'enfants, ils n'ont pas été élevés dans une maison ayant une culture de la lecture, soit la pauvreté les empêche d'acquérir des bibliothèques privées qu'ils aimeraient avoir".

Soixante pour cent du marché de manuels scolaires en Afrique est dominé par deux sociétés multinationales d'édition – dont aucune n'est africaine (en Afrique francophone, 95 pour cent des manuels scolaires et d'autres livres sont produits par des éditeurs français).

Trois autres firmes multinationales contrôlent 20 pour cent supplémentaires du marché africain – là encore, aucune d'entre elles n'est une société africaine. En conséquence, un seul livre sur cinq vendus en Afrique est produit par une maison d'édition basée sur le continent. Même en Afrique du Sud, la nation la plus développée en Afrique subsaharienne, plus des trois-quarts des livres vendus sont publiés par des multinationales étrangères. Les schémas de propriété dans le reste de l'industrie reflètent l'héritage de l'apartheid : 15 pour cent des ventes de livres proviennent d'éditeurs sud-africains blancs, et huit pour cent seulement de maisons d'édition locales noires.

"La propriété et la participation économique des Noirs dans l'industrie de (l'édition) sont lamentables et continuent de diminuer, même dix ans après la libération (de l'apartheid),", a noté la Revue d'édition africaine.

Une raison est que 10 pour cent seulement de la population sud-africaine achète et lit régulièrement des livres, selon le ministère de l'Education du pays. Et, grâce en partie aux effets dévastateurs de l'éducation donnée aux Noirs sous l'apartheid, le public, qui achète actuellement des livres, est composé presque entièrement de Blancs. Les goûts de ce groupe tendent ainsi à influencer ce qui est publié.

"Le choix du consommateur dicte ce qui est mis sur le marché par les éditeurs. Est-ce comme n'importe quelle autre entreprise?. Ce qu'il fallait, c'est un auteur noir, associant tous les genres, pour dominer la liste des best-sellers, de la manière dont l'a fait Nelson Mandela avec son autobiographie ('Une longue marche vers la liberté')", estime Cynthia Brown, une libraire dans la banlieue de Sandton à Johannesburg – la capitale économique de l'Afrique du Sud.

Les aspects économiques de l'édition du livre étant ce qu'ils sont, quelles sont les chances pour que les livres axés sur le NEPAD trouvent un marché ou un lectorat? "Il n'y a pas d'appel en masse pour un livre du NEPAD en soi, mais les thèmes d'émancipation des Africains et des femmes, et la réduction de la pauvreté, peuvent être abordés avec imagination à la fois dans des ouvrages généraux et des oeuvres de fiction. Des gens liront des histoires écrites bien écrites", affirme Brown.

L'éditeur Brian Wafawarow, ajoute : "Un obstacle aux objectifs du NEPAD sera le peu de connaissances que les populations africaines ont les unes des autres, et les perceptions négatives qui ont été accentuées au détriment de la civilisation africaine, de sa contribution au monde ainsi que de l'interconnexion des peuples africains et de leur destin commun".

Bien qu'en étant un critique du colonialisme, Wafawarow dit qu'un héritage positif de l'ère coloniale est le fait que l'anglais, le français et le portugais se soient établis comme des langues communes sur le continent – ce qui rend la communication en Afrique plus simple.

La publication par Internet, bien qu'elle soit soutenue par APNET, attend l'usage répandu d'ordinateurs sur le continent dont les télécommunications ont été entravées par la pauvreté et les imperfections d'infrastructures – comme les fournitures irrégulières d'électricité. Ceci laisse les livres de poche traditionnels pour la dissémination des idées.

Selon des sources industrielles, au fur et à mesure que les objectifs du NEPAD, notamment la réduction de la pauvreté et la communication entre les nations seront atteints, les éditeurs africains, qui jouent un rôle dans la propagation de ces objectifs, en tireront profit.

"Il est évident qu'en raison de l'affinité culturelle entre les pays africains, la fécondation interculturelle aidera le progrès à aller plus vite dans tous les domaines du développement et du mouvement du livre", estime Otunba Yinka Lawal-Solarin, consultant en édition.