NAIROBI, 7 oct (IPS) – C'est une tâche qui ferait trembler tout le monde sauf les plus intrépides : transformer un bidonville abritant quelque 500.000 habitants en une zone où les gens peuvent vivre dans la dignité.
Néanmoins, c'est exactement le défi que le gouvernement kényan et le Programme des Nations Unies pour les établissements humains (ONU-HABITAT) se sont fixé à Kibera – souvent désigné comme "le plus grand bidonville d'Afrique". Le taudis, qui couvre 235 hectares, est situé à la périphérie de la capitale kényane – Nairobi.
Le programme d'aménagement des bidonvilles du Kenya (Kenya Slum Upgrading Programme), un projet conjoint qui a démarré en janvier 2003, impliquera la construction de 14 immeubles et de 770 logements à Kibera. Il assurera également la fourniture des services essentiels comme l'eau et les installations sanitaires.
Des rénovations dans d'autres logements informels, à travers le pays suivront, dans un processus qui devrait prendre 10 à 15 ans.
Lundi, le président kényan Mwai Kibaki s'est joint à la directrice exécutive de l'ONU-HABITAT, Anna Tibaijuka, à Kibera pour faire ressortir les défis auxquels sont confrontées cette communauté et d'autres communautés urbaines. L'événement faisait partie des festivités commémorant la Journée mondiale de l'Habitat le 4 octobre.
Le thème des cérémonies de cette année, 'Villes – moteur de développement rural', avait pour but de focaliser l'attention sur le fait que les destinées des zones rurales et urbaines sont étroitement liées – et non séparées, comme beaucoup pourraient le supposer.
La migration à grande échelle vers les villes suite à la pauvreté rurale conduit à la prolifération des bidonvilles, par exemple.
"Nous aimerions rappeler aux décideurs politiques dans le monde entier qu'un développement durable ne peut être atteint que si les zones rurales et urbaines sont considérées comme partie prenante d'un ordre économique et social inter-dépendant, se renforçant mutuellement", a indiqué Tibaijuka à la foule qui s'était rassemblée à Kibera pour la commémoration de la Journée mondiale de l'Habitat.
Michael Arunga de Shelter Forum (Forum pour le logement), une organisation non gouvernementale régionale, est de cet avis. "Cette relation faisait défaut depuis longtemps et les décideurs politiques faisaient des projets sans tenir compte des zones rurales. Ces deux sont interconnectées et s'affectent mutuellement", a-t-il souligné dans un entretien avec IPS, le mardi, 5 octobre.
Dans un message pour marquer la Journée mondiale de l'habitat, le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, a souligné que les zones urbaines du futur "ayant les plus fortes croissances", seraient probablement des villes plus petites, plus éloignées.
Ceci pourrait être vu sous un jour favorable, a déclaré Annan, puisque cela va ralentir la création des soi-disant "méga-villes", qui ont submergé la capacité des gouvernements locaux à fournir des services et équipements.
Des délégués aux cérémonies du lundi, 4 octobre, ont noté que l'amélioration des perspectives d'avenir des petites villes offrait également la possibilité d'une meilleure productivité rurale, notamment dans le secteur informel qui est le plus grand "employeur" au Kenya.
"Environ 70 pour cent de notre main-d'œuvre est actuellement employé dans le secteur informel, et (ils) représentent plus de 20 pour cent de notre produit intérieur brut", a déclaré Kibaki.
Toutefois, Annan a également souligné que les investissements dans l'infrastructure des transports et des communications des petites villes seraient nécessaires pour s'assurer qu'elles traitent convenablement l'afflux des ruraux.
Les autorités kényanes disent qu'elles sont déjà en train de s'attaquer au fossé entre zones rurales et zones urbaines.
"Nous avons un plan qui assure la production de 300.000 logements dans les zones rurales chaque année. La programmation a déjà commencé, et nous avons identifié 16 villes de provinces à travers le pays dans lesquelles les maisons seront construites", a déclaré à IPS, Amos Kimunya, ministre des Domaines et du Logement, le 4 octobre.
"Ces villes seront développées et les gens seront autorisés à s'y installer pour décongestionner les centres urbains", a-t-il ajouté. "Dans des (centres urbains), nous avons entrepris de construire 150.000 maisons.
Avec ces chiffres, vous pouvez voir qu'on a donné la primauté aux zones rurales".
Toutefois, aussi important que puisse paraître ce débat, c'était la perspective de nouveaux logements qui semblait réellement inspirer les habitants de Kibera interrogés par IPS.
"Je meurs d'envie de vivre dans un environnement sain. J'ai vécu dans cet environnement sale pendant 40 ans, sans toilettes ni salles de bain; un vieil homme comme moi se lave en plein air", a affirmé Peter Mworia, âgé de 70 ans, en montrant sa petite maison en terre de barre – située à côté d'un tas d'ordures en décomposition.
D'autres habitants de Kibera ont accusé le gouvernement de les exclure des discussions sur l'aménagement des bidonvilles.
"C'est beaucoup plus un processus appartenant au gouvernement…qu'aux populations concernées. Nous nous sommes associés aux organisations de défense des droits de l'Homme pour faire pression sur le gouvernement afin qu'il nous laisse nous approprier le projet", a dit à IPS, Dalmas Owino, secrétaire du Forum pour la location et le logement à Kibera (Kibera Rent and Housing Forum). Toutefois, dans un entretien avec IPS au début de cette année, Patrick Bucha – directeur adjoint du logement au ministère des Routes, des Travaux publics et de l'Habitat – a réfuté cette allégation.
Des préoccupations ont également été soulevées par rapport au financement de l'aménagement des taudis. Environ huit millions de dollars seront nécessaires pour construire des logements à Kibera seul – dont seulement cinq millions ont été mobilisés.
L'espoir est que des donateurs interviendront pour fournir le reste du financement. Toutefois, des gouvernements étrangers semblent de plus en plus préoccupés par le niveau de corruption au Kenya – et peuvent être réticents à le faire.
Le mois dernier, l'ambassadeur de Grande-Bretagne au Kenya, Edward Clay, a accusé le gouvernement kényan, pour la deuxième fois, de ne rien faire pour combattre la corruption. Il a fait la critique pour la première fois en juillet.
L'ambassadeur des Etats-Unis, William Bellamy, a également dénoncé une corruption publique répandue au Kenya. Malgré cela, le Fonds monétaire international a recommencé à accorder des prêts à ce pays est-africain – ceci après avoir gelé toute aide en 2000, en réponse à une corruption non contenue.

