SANTE: Les firmes pharmaceutiques oublient les enfants vivant avec leVIH/SIDA

BANGKOK, 14 juil (IPS) – Plus de 2,5 millions d'enfants vivant avec le VIH/SIDA ont été oubliés par des firmes pharmaceutiques produisant principalement des médicaments prolongeant la vie, comme les médicaments anti-rétroviraux (ARV), pour adultes, déclare Médecins sans frontières (MSF).

Le traitement du VIH pour adultes devient de plus en plus facile, avec une disponibilité croissante, dans les pays en développement, d'un cocktail de trois médicaments en un comprimé.

Mais les enfants qui ont besoin de traitement doivent toujours boire de grandes quantités de sirop au goût désagréable ou avaler de gros comprimés "s'ils parviennent vraiment à accéder au traitement", a indiqué aux journalistes Dr David Wilson, le coordonnateur médical de MSF, qui est basée en Thaïlande.

Les ARV sont des substances utilisées pour tuer ou empêcher la multiplication des rétrovirus comme le VIH.

Wilson, qui participe à la 15ème Conférence internationale sur le SIDA, dans la capitale thaïlandaise, Bangkok, a déclaré : "Les enfants vivant avec le VIH ne sont généralement pas intéressants pour les firmes pharmaceutiques, mais certaines sociétés productrices de génériques sont en train de développer des traitements ARV plus adaptés aux enfants".

"Les agences internationales doivent faire pression pour que cette question soit inscrite à l'ordre du jour et les gouvernements devront lever les barrières à l'utilisation des produits génériques", a-t-il dit à une conférence de presse, mardi.

Dans le monde entier, le nombre d'enfants vivant avec le VIH/SIDA, d'après les estimations, était supérieur à 2,5 millions en 2003, selon le Programme conjoint des Nations Unies sur le VIH/SIDA (ONUSIDA).

Dans la même année, 700.000 enfants ayant moins de 15 ans ont été nouvellement infectés par le VIH/SIDA, dont 88,6 pour cent vivent en Afrique subsaharienne.

"Les efforts pour empêcher la transmission du virus de la mère à l'enfant ont été largement couronnés de succès dans les pays industrialisés, ce qui signifie qu'il y a relativement peu d'enfants nés avec le VIH", a poursuivi Wilson.

L'inexistence d'un marché profitable de médicaments pour enfants dans les pays développés, qui en résulte, signifie que ces médicaments se font rares bien qu'on ait de plus en plus besoin d'eux.

Par conséquent, les enfants vivant avec le VIH/SIDA sont oubliés, et les médecins qui les traitent disposent de choix très limités de médicaments, a expliqué Wilson.

Mais des firmes pharmaceutiques, présentes à la conférence de Bangkok, contactées par IPS ont refusé de répondre aux allégations de MSF.

MSF, qui traite actuellement 13.000 enfants dans le monde entier, dit qu'elle a commencé par traiter des enfants avec des ARV au début de 2002..

Toutefois, en mars 2004, seulement 5 pour cent des patients de MSF étaient des enfants ayant moins de 13 ans.

"En Afrique du Sud, nous avons commencé avec 13 enfants l'année dernière.

Nous espérons étendre le traitement aux nombreux enfants qui en ont besoin", a indiqué à IPS, Nozia Ntuli, un infirmier de MSF dans ce pays d'Afrique australe.

L'Afrique du Sud, où 10 pour cent de la population vit avec le VIH/SIDA, compte environ un million d'orphelins du SIDA, selon les dernières statistiques du gouvernement sud-africain.

Selon MSF, la plupart des méthodes utilisées pour diagnostiquer le VIH ne sont pas fiables pour les enfants âgés de moins de 18 mois.

Le contrôle du comptage sanguin, connu sous le nom de CD4, est également difficile, puisque la plupart des appareils de comptage de CD4 disponibles dans le commerce ne sont pas adaptables à cause du manque d'outils appropriés.

L'autre défi est l'absence de formules pédiatriques des ARV, ce qui rend la détermination et l'administration des doses complexes et pénibles.

Actuellement, les doses sont déterminées selon le poids, les doses doivent être alors ajustées au fur et à mesure que l'enfant grandit.

Dans les pays en développement, ajoute MSF, il n'y a pas de barèmes standards de dosage, et les médecins et autres professionnels de la santé n'ont pas de directives simples pour le traitement du VIH chez les enfants.

Dans la plupart des cas, les sirops ayant un goût désagréable, difficile à mesurer, sont utilisés pour des enfants de moins de 10 kilogrammes. Pour des enfants plus âgés, un graphique de dosage est utilisé pour calculer la dose selon le poids.

MSF souligne que l'utilisation des sirops et des solutions buvables n'est pas appropriée pour des enfants plus âgés à cause de grands volumes nécessaires, mais que des comprimés et capsules à faible dosage ne sont pas produits pour la plupart des ARV. En pratique, cela signifie que le personnel soignant est obligé de mesurer les sirops, de couper et d'écraser les comprimés des adultes.

"Ceci ne sera pas facile pour une grand-mère, vivant en zone rurale, et devant s'occuper de quatre enfants", a déclaré à la conférence de presse, Fernando Pascual, un pharmacien, de la 'Campagne pour l'accès aux médicaments' lancée par MSF. Mais d'autres ne sont pas de cet avis.

Ils affirment que des gens vivant en zones rurales, en particulier en Afrique, ont un taux plus élevé de médicaments conformes.

"Je ne crois pas que les grands-parents aient des problèmes à donner des médicaments aux enfants vivant avec le VIH/SIDA. Si vous leur donnez la bonne information, ils s'y conformeront et administreront les médicaments correctement", a dit à IPS, Ludfine Anyango de 'Action Aid', une organisation caritative internationale.

L'autre défi auquel sont confrontés les militants anti-SIDA est que les médicaments pour enfants reviennent à un prix élevé.

Le coût du traitement ARV pour les enfants fait plusieurs fois celui des adultes. Tandis que le médicament à dose fixe le moins cher, pour adultes, est disponible à environ 200 dollars US par patient par an, le meilleur prix pour les mêmes médicaments en formules pédiatriques est d'environ 1.300 dollars (solutions buvables et sirops), selon MSF. Il n'y a aucune combinaison de doses pédiatriques fixes, indique l'ONG.

Pour l'autre médicament prolongeant la vie, plus connu sous le nom de AZT, le prix annuel pour l'adulte commence à 1.200 dollars, mais pour des doses pédiatriques, le même régime en formules poudre et sirop coûte à partir de 2.846 dollars par personne par an, selon MSF.

Pour aller vers une fabrication en série, Dr Omokhudu Idogho, de 'Action Aid', qui est basé au Nigeria, a exhorté les pays africains à formuler une politique où 30 pour cent des budgets destinés aux firmes pharmaceutiques sont mis à part pour la production des médicaments pour enfants.

"En dehors de l'Afrique du Sud, la plupart des pays africains n'ont pas la capacité de la fabrication en série. Nous devons donc faire vite parce que les pharmacies européennes et américaines ne sentent pas la pression pour produire les médicaments pour nous", a-t-il dit à IPS. "Si nous ne les produisons pas assez rapidement, nous perdrons alors plus de vies".

Pendant ce temps, environ 50 manifestants obligeaient Hank McKinnel, le président du géant pharmaceutique américain Pfizer, à renoncer à son discours à une session sur les ARV à la conférence. Les manifestants ont accusé Pfizer de créer des obstacles à l'accès, pour les malades, aux ARV à bas prix.

Scandant le slogan "Libérons-nous", les manifestants ont dit que les firmes pharmaceutiques s'intéressaient plus à faire des profits qu'à sauver la vie des personnes vivant avec le VIH/SIDA.

Défendant sa compagnie, McKinnel a répondu que Pfizer désirait coopérer avec tout gouvernement voulant mettre des médicaments de qualité à la disposition des personnes vivant avec la maladie.