BANGKOK, 12 juil (IPS) – Les stratégies nationales de lutte contre le VIH/SIDA ne sont pas, à l'état actuel des choses, dans la voie de réduire l'ampleur et l'incidence de l'épidémie d'ici à 2005, comme les Etats s'y étaient engagés lors de la première session de l'Assemblée générale des Nations Unies, consacrée à la maladie en 2001, à New York.
Cette déclaration pessimiste et réaliste a été faite par le secrétaire général de l'ONU, Koffi Annan, à l'ouverture de la 15-ème Conférence internationale sur le SIDA, dimanche, 11 juillet à Bangkok, en Thaïlande, axée sur le thème "L'accès au traitement pour tous". Au cours de cette session extraordinaire de l'ONU, les gouvernements du monde se sont engagés à consacrer des ressources et à prendre des mesures nécessaires pour venir à bout de l'épidémie. A ce propos, ils avaient adopté plusieurs objectifs précis pour lesquels ils avaient fixé des échéances dans un document intitulé "Déclaration d'engagement sur le VIH/SIDA".
Trois années plus tard, des avancées ont été réalisées dans de nombreux domaines, des ressources supplémentaires considérables ont été promises à la fois par des Etats membres, à titre individuel et par l'intermédiaire du Fonds mondial de lutte contre le SIDA, la tuberculose et le paludisme, a reconnu Annan.
Toutefois, a-t-il indiqué, les résultats sont largement insuffisants.
"Nous n'avons pas réussi à réaliser plusieurs des objectifs de la déclaration dont l'échéance était fixée à l'année dernière. Selon Annan, "le SIDA est bien plus qu'une crise sanitaire, il compromet le développement même".
Annan a fait état de l'apparition, ces dernières années, du tableau "terrifiant" montrant que de plus en plus dans le monde, ce sont les femmes qui sont les premières victimes de l'épidémie. Selon le rapport 2003 de l'ONUSIDA, aujourd'hui près de 50 pour cent des femmes sont infectées dans le monde, et près de 60 pour cent en Afrique subsaharienne. Dans ce lot, 75 pour cent des jeunes infectés sont des filles âgées de 15 à 24 ans.
Les femmes africaines sont plus exposées au risque de contamination et l'infection survient chez elles à un âge plus jeune que chez les hommes.
Actuellement, on compte en moyenne 13 femmes infectées pour 10 hommes infectés contre 12 femmes pour 10 hommes en 2002, note le rapport, qui souligne que la différence est encore plus marquée chez les jeunes de 15 à 24 ans.
Dans son rapport publié le 6 juillet, à la veille de la 15-ème Conférence internationale sur le SIDA, l'ONUSIDA souligne également que l'épidémie progresse plus vite que jamais, avec quelque 5 millions de nouvelles infections en 2003 dans le monde. Ce chiffre porte à 38 millions le nombre de personnes porteuses du VIH/SIDA, contre 35 millions en 2001. Plus de trois millions de malades du SIDA sont décédés en 2003, ce qui porte à plus de 20 millions le nombre de décès recensés depuis l'identification des premiers cas en 1981, précise le rapport.
La pauvreté, les abus et violences sexuels, le manque d'information, la domination des hommes âgés exercée sur les jeunes filles et le vagabondage sexuel des hommes sont, entre autres, les raisons généralement avancées pour justifier la féminisation croissante du SIDA en Afrique subsaharienne.
Loga Virahsa, vice-présidente de "Centre de solidarité", une organisation non gouvernementale (ONG) s'occupant des drogués et des personnes en difficultés, en Ile Maurice, présente à la conférence de Bangkok, estime que le tabou, qui continue d'entourer la sexualité dans bon nombre de pays africains, constitue également un facteur aggravant de la féminisation du VIH/SIDA. "Les gens ont généralement peur de parler de SIDA et du sexe de peur d'être montré du doigt", avoue à IPS, Virahsa pour qui "il faut aller au-delà de l'éducation des filles et encourager les personnes à parler à visage découvert de leur maladie pour lutter contre la stigmatisation".
Avec une population d'environ 1,2 million d'habitants, dont 51 pour cent de femmes, l'Ile Maurice enregistre un taux de prévalence de l'ordre de 0,25 pour cent, selon Virahsa.
Emily Habwe Nwankwo, coordinatrice régionale de l'ONG 'Hope for African Children Initiative' (HACI), basée à Nairobi, au Kenya, qui participe à la conférence, insiste, pour sa part, sur l'éducation des filles et des garçons pour freiner la propagation de la pandémie en Afrique.
"La famille en Afrique est connue comme un large cercle de convivialité et de partage. A ce titre, elle doit être mise à profit pour mieux poser le débat sur la féminisation de la pandémie", explique Nwankwo à IPS, estimant que "les gens veulent bien savoir, mais ils sont souvent mal ou pas du tout informés sur tout ce qui touche à la maladie".
Insistant sur les réalités socioculturelles en vigueur en Afrique, Dr Ghislaine Gouambo, membre de la délégation du Burkina Faso à la conférence, plaide pour "un plus grand accès des jeunes filles à l'école afin de les débarrasser de l'ignorance de leurs droits". "Dépourvues de moyens financiers et peu instruites, la plupart des femmes en Afrique de l'ouest continuent de subir touts sortes de violences dont celles sexuelles", souligne Gouambo, rappelant la série de mesures prises par le gouvernement de son pays en vue d'améliorer le sort de la femme, dont l'adoption d'un Code de la famille et des personnes, qui insiste particulièrement pour une accélération de l'inscription massive des jeunes filles burkinabé à l'école.
La conférence internationale sur le SIDA, qui durera cinq jours, est organisée par l'Association internationale de lutte contre le SIDA, sous l'égide du ministère de la Santé de la Thaïlande, en collaboration avec l'ONUSIDA. Environ 15.000 délégués provenant de 160 pays prennent part à la rencontre.

