KINSHASA, 7 juil (IPS) – Trois femmes congolaises, Béatrice Ndona Kimpavita, Sœur Marie-Clémentine Anuarite Negapeta et Sophie Lihau-Kanza, ont été ennoblies et portées au panthéon de l'histoire nationale à l'occasion des 44 ans d'indépendance de la République démocratique du Congo (RDC).
Ces femmes ont désormais leurs bustes exposés dans "la galerie de la mémoire", lieu historique, construit à, cet effet, à Kinshasa, la capitale congolaise, pour honorer la mémoire de toutes les grandes figures de l'histoire de la RDC.
Kimpavita est très peu connue des Congolais parce qu'elle est née en 1684 et morte en 1706. Elle est entrée dans l'histoire nationale pour avoir héroïquement combattu la traite des Noirs dans la période pré-coloniale.
Elle fut brûlée vive, à la manière de la Française Jeanne d'Arc, sur un bûcher, par des négriers portugais, dans l'actuelle ville de Boma, non loin de la côte atlantique dont sont partis de nombreux d'esclaves congolais vers les Amériques.
Sœur Marie-Clémentine Nengapeta, pour sa part, était une religieuse d'Isiro, dans le nord-est de la RDC. Elle a préféré subir plusieurs coups de baïonnettes plutôt que de céder aux assauts des rebelles mulélistes (du nom de Pierre Mulélé, un ancien leader rebelle congolais) qui tentaient de la violer. Née en 1939, elle est morte en 1964. Sœur Marie-Clémentine est considérée dans l'église catholique comme une sainte. Elle a été béatifiée, à Kinshasa, en 1985, par le pape Jean-Paul II. Enfin, Sophie Lihau-Kanza, est la plus connue de toutes les trois pour avoir été plusieurs fois ministre sous la présidence du maréchal Mobutu.
Elle est morte, il y a cinq ans, alors qu'elle menait une lutte acharnée pour la reconnaissance des droits des personnes vivant avec un handicap.
Lihau-Kanza est morte à Kinshasa, à 60 ans, d'un arrêt cardiaque, après avoir souffert pendant près de 20 ans d'une paralysie de ses deux membres inférieurs, suite à un grave accident de circulation à Paris. Cette paralysie lui a fait quitter son poste à l'UNESCO où elle représentait la RDC. C'est en tant que paralytique qu'elle avait sillonné le monde pour plaider la cause des personnes handicapées. La cérémonie visant à perpétuer leur mémoire est unique dans le genre, l'histoire nationale congolaise n'ayant retenu souvent que la mémoire des hommes comme héros nationaux. "Il y a longtemps que nous avons attendu que l'héroïsme de certaines femmes congolaises soit reconnu dans l'histoire nationale. Aujourd'hui, nous sommes comblées et espérons que ce genre d'initiatives se reproduiront car il n'y a pas que les hommes qui ont mérité du pays", à déclaré à IPS, les larmes aux yeux, Philippine Batudianga, productrice d'émissions à la Radio-télévision nationale. Seuls les hommes ont eu droit à des statues commémoratives ou à des effigies sur la monnaie nationale : les statues de Patrice Lumumba et Laurent Désiré Kabila à Kinshasa et Lubumbashi, dans le sud-est de la RDC, celle de Mobutu à Kamanyola, dans la province du Sud-Kivu, dans l'est, qui symbolise la victoire de l'armée nationale sur la rébellion muléliste de 1964; ou alors des effigies de Mobutu et de Kabila sur les grandes artères des villes congolaises. Pratiquement, seuls les hommes politiques ont eu droit à la mémoire historique, a révélé la ministre de la Culture, Pierrette Gene, en dévoilant les effigies des trois héroïnes nationales, le 30 juin : "Elles sont honorées, non pas pour leur image politique", a-t-elle souligné dans son discours officiel. "Ce sont de simples femmes qui ont bravé le statut générique dans lequel les confinaient des préceptes et contraintes culturels, pour démontrer qu'elles pouvaient s'imposer dans le monde privilégié des hommes", a ajouté Gene.
Cette manifestation en l'honneur des trois dames a été la seule exception à l'atmosphère de méditation qui a été imprimée à la journée du 30 juin marquant le 44ème anniversaire de l'indépendance de la RDC. Les autorités politiques en ont voulu ainsi pour permettre aux Congolais de méditer sur le bilan des 44 années d'histoire nationale, au cours desquelles "nous n'avons cessé de tourner en rond", selon Etienne Tshisekedi, président de l'Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), éternel opposant politique sous le maréchal Mobutu et le président Laurent Désiré Kabila. Tshisekedi a profité également de la date du 30 juin pour exprimer ses sentiments personnels sur la marche du pays. "Le destin du Congo", a-t-il déclaré, "se trouve aujourd'hui en état d'équilibre instable. Profondément marqué par des horreurs au quotidien, le pays peut sombrer dans une barbarie et un chaos irréversibles", a-t-il indiqué au cours de la cérémonie.
Mais sans trop verser dans le pessimisme, Tshisekedi a ajouté que tout n'était pas perdu et que le pays pouvait encore "se ressaisir dans une paix durable et dans un effort solidaire vers un progrès soutenu".
Le message de l'opposant congolais est pratiquement allé dans le même sens que celui du président Joseph Kabila qui, la veille à minuit, avait prononcé son traditionnel message à la Nation. "Nous ne pouvons pas totalement nous satisfaire du bilan de la transition", a-t-il dit. "Il est des secteurs où l'action gouvernementale n'a pas atteint des performances attendues. Mais, nonobstant certains comportements réfractaires et des actions nocives des partisans du chaos et de l'instabilité, le pays est désormais engagé, de manière irréversible, sur le chemin de la paix et du redressement national", a-t-il affirmé. Pour Lwemba lu Masanga, avocat et membre de l'Union des écrivains du Congo, les 44 ans d'indépendance de la RDC ont un bilan globalement négatif, même si l'on peut trouver des aspects positifs, notamment en matière de formation de cadres compétents formés dans tous les domaines. "Mais ils sont incapables d'utiliser ces compétences pour développer le pays.
L'utilisation des ressources humaines est négative, de même que l'exploitation des ressources naturelles", commente Masanga à IPS.
Banza Tiefolo, journaliste, président de l'ONG "Info Plus" déclare à IPS : "En dépit du tableau négatif de la situation, il n'y a pas lieu de désespérer. Les Congolais ont la capacité de se sortir de cette passe difficile. Il suffit de le vouloir réellement en replaçant la confiance en eux-mêmesà" L'atmosphère n'est donc pas à l'optimisme. La situation sécuritaire n'est toujours pas revenue au calme dans l'est du pays à la suite des derniers événements qui ont secoué, en mai et juin, la ville de Bukavu, estiment des analystes politiques à Kinshasa.

