POLITIQUE: Soigner l'image de l'Afrique – Analyse

JOHANNESBURG, 6 juil (IPS) – La résolution des conflits et la réduction de la pauvreté domineront le sommet annuel de l'Union africaine (UA), qui se tient dans la capitale éthiopienne, Addis Abeba, cette semaine du 6 au 8 juillet.

Selon certains analystes, le président Thabo Mbeki d'Afrique du Sud, son homologue nigérian – Olusegun Obasanjo – et Abdoulaye Wade du Sénégal mènent le mouvement pour soigner l'image de l'Afrique. Le continent a été pendant longtemps perçu comme miné par des guerres, la maladie et la corruption.

"Il semble y avoir un nouveau groupe de dirigeants africains qui veulent rendre crédible l'Union africaine", a déclaré à IPS, Grant Masterson de l'Institut électoral d'Afrique australe basé à Johannesburg, le lundi, 5 juillet. "Ce groupe est dirigé par le président Mbeki et d'autres comme Obasanjo du Nigeria".

Le mois dernier, l'UA a voté son protocole du Conseil de paix et de sécurité, qui a créé un organisme pour s'occuper des guerres sur le continent.

La conférence des chefs d'Etat et de gouvernement de l'UA recevra cette semaine les recommandations du conseil sur les développements dans le Darfour, la région de l'ouest du Soudan, et sur les conflits au Burundi, en République démocratique du Congo (RDC) et en Côte d'Ivoire, selon une déclaration du cabinet de Mbeki, le 5 juillet.

"Ces pays ont de graves problèmes qui doivent être réglés", a déclaré Masterson.

En outre, une résolution concernant une force africaine d'interposition sera soumise à la réunion.

Le Conseil de sécurité et de paix de l'UA, fort de 15 membres, indique que la force de maintien de la paix proposée, forte de 15.000 hommes, sera déployée pour prévenir les guerres, désarmer et démobiliser les combattants, s'assurer que les cessez-le-feu sont respectés, distribuer l'aide alimentaire et effectuer d'autres tâches d'édification de la paix dans les points chauds d'Afrique.

Les membres de l'UA ont fixé 2010 comme la date de création de la force, qui comprendra initialement des troupes d'Afrique du Sud, du Nigeria, du Kenya et d'Egypte.

Malheureusement, la création de cette force viendra trop tard pour éviter la catastrophe humanitaire qui se déroule dans le Darfour.

Actuellement, l'UA n'a que 23 observateurs sur le terrain et 60 autres en route pour la région en proie à des troubles, selon Alpha Oumar Konaré, président de la Commission de l'UA. Konaré s'est rendu dans le Darfour le 3 juillet pour tenter de négocier une paix entre les rebelles et les milices arabes pro-gouvernementales connues sous le nom de Janjaweed. Plus de 10.000 personnes ont été tuées et un million déplacées dans le Darfour depuis que les rebelles ont lancé, il y a deux ans, une guérilla contre le régime islamique dominé par les Arabes à Khartoum, la capitale soudanaise.

Les Janjaweed sont accusés de mener une campagne d'épuration ethnique contre trois tribus africaines noires dont les deux groupes rebelles tireraient leur soutien. Les milices auraient également l'appui des autorités soudanaises.

Dans son rapport, Konaré a souligné que les observateurs auraient besoin d'un budget de 26 millions de dollars pour opérer dans le Darfour. Mais, même avec un financement adéquat, on ne sait toujours pas si cette équipe d'observateurs, relativement petite, pourra effectivement superviser les événements dans la région qui a environ la taille de la France.

Le voyage de Konaré au Soudan a suivi ceux du secrétaire général des Nations Unies Kofi Annan et du secrétaire d'Etat américain, Colin Powell, la semaine dernière. Aussi bien Annan que Powell ont demandé instamment au gouvernement soudanais de désarmer les Janjaweed ou subir des sanctions.

L'autre défi auquel est confrontée l'UA est la pauvreté. Plus de 350 millions de personnes, ou la moitié de la population africaine, vit en dessous du seuil de pauvreté, avec moins d'un dollar par jour, selon la Banque mondiale.

Durant le sommet du millénaire des Nations Unies, tenu en septembre 2000, les dirigeants du monde ont fixé huit Objectifs du millénaire pour le développement en vue de réduire la pauvreté, la mortalité maternelle, la dégradation de l'environnement et d'autres maux d'ici à 2015.

Mais, des analystes doutent que l'Afrique atteigne l'objectif de réduction de moitié de la pauvreté d'ici à 2015.

"Au cours des 25 dernières années, notre continent est devenu plus pauvre – pas plus riche – et seuls quatre pays sont sur la bonne voie pour atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement en 2015. A voir les tendances actuelles, l'Afrique, dans son ensemble, n'atteindra les objectifs de l'éducation pour tous qu'en 2029, la réduction de moitié de la pauvreté nécessitera 100 autres années, et la réduction des taux de mortalité infantile n'arrivera qu'en 2169", a déclaré Trevor Manuel, ministre des Finances d'Afrique du Sud, à un séminaire dans la capitale, Pretoria, la semaine dernière.

En 2002, le Groupe des huit nations industrialisées (G-8), qui regroupe certaines des économies les plus puissantes au monde, s'est engagé à accroître l'aide au développement de 12 milliards de dollars par mois – dont la moitié serait allouée à l'Afrique.

Toutefois, alors même que l'UA lutte pour revitaliser l'Afrique, certains de ses Etats membres semblent moins la soutenir dans ses efforts.

Mohammar Khadaffi de la Libye, par exemple, a été critique à l'égard des exigences de l'UA, pour une démocratie multipartite dans les Etats membres, et la revue des normes de gouvernance des administrations par un groupe de dirigeants africains. (Ce "mécanisme d'évaluation par les pairs" a été d'abord envisagé sous le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique, NEPAD, qui cherche à attirer plus d'investissement en Afrique à travers l'amélioration de la gouvernance sur le continent.) "Khadaffi est en train de saper la crédibilité de l'Union africaine", affirme Masterson.

Pretoria proposera également cette semaine, au sommet de l'UA, que l'Afrique du Sud abrite le siège du Parlement panafricain nouvellement créé. Jusqu'ici, l'Egypte est le plus puissant rival de l'Afrique du Sud à cet égard.