EDUCATION-AFRIQUE: La parité filles-garçons sera difficile à atteindre en2005 pour plusieurs pays

NAIROBI, 25 juin (IPS) – Une quinzaine de pays africains en Afrique subsaharienne ne pourront pas réaliser la parité filles-garçons dans la scolarisation en 2005 ni l'éducation pour tous en 2015, selon les participants à une conférence sur ces questions à Nairobi, la capitale du Kenya.

La rencontre de trois jours, ouverte mercredi (23 juin), portait sur l'amélioration et l'intégration, dans les politiques nationales, de bonnes pratiques et politiques d'éducation des filles.

Selon les participants, les pays, qui rencontrent des difficultés dans la réalisation des objectifs de parité, sont le Bénin, le Burkina Faso, le Burundi, le Tchad, Djibouti, l'Ethiopie, Madagascar, le Mozambique, le Sénégal, la Sierra Leone, le Swaziland, l'Afrique du Sud, le Togo et le Zimbabwe.

Des statistiques de 2003 de l'UNESCO montrent que ces 14 pays ont une disparité filles-garçons supérieure a cinq points.

Selon un rapport de l'UNESCO, distribué à la réunion, en dehors de l'Afrique du sud, du Lesotho, de la Namibie et du Botswana dont les inégalités sont en faveur des filles, dans la plupart des autres pays en Afrique subsaharienne, il y a soit une politique en faveur des garçons soit une persistance des obstacles à l'éducation des filles.

Sur les 42 millions d'enfants non scolarisés en Afrique, 60 pour cent sont des filles, selon des communications de la conférence.

La résistance aux réformes – celles-ci devraient permettre l'intégration de certaines expériences réussies dans les politiques nationales – la pauvreté, mais également l'absence d'initiatives propres à chaque pays sont les principales causes de la persistance des obstacles à l'éducation des filles, malgré les efforts des différents pays pour accroître la scolarisation des filles.

"Nous sommes un pays à risque. C'est un défi à relever car si la progression demeure la même, nous ne pourrons pas atteindre les 100 pour cent, même en 2030", déclare à IPS, Mathieu Ouedraogo, ministre de l'Enseignement de Base et de l'Alphabétisation du Burkina Faso.

Le Burkina, qui avait un taux de scolarisation et d'alphabétisation de cinq pour cent et trois pour cent respectivement en 1960, ambitionnait d'atteindre 70 pour cent et 40 pour cent respectivement en 2010 et 100 pour cent en 2015.

"Il faut travailler autrement. En négociant, par exemple, avec les partenaires nationaux pour obtenir leur adhésion aux réformes car si les gens chargés de la mise en œuvre de ces réformes ne sont pas impliqués, ça ne marche pas", ajoute Ouedraogo.

L'introduction de l'urgence positive (des mesures incitatives comme l'enseignement gratuit, les kits scolaires pour les filles) a permis un bon en avant jamais égalé dans la scolarisation des filles au Burkina. Le chiffre est passé de 41 pour cent en 2002 à 47,15 pour cent en 2003, selon le ministère de l'Enseignement de Base.

Pour le professeur Pai Obanya, spécialiste de l'éducation et auteur d'une étude récente sur "les systèmes éducatifs fondamentaux qui marchent pour les filles", l'obstacle majeur est le manque de confiance des autorités africaines et des organisations de la société civile, qui pensent qu'elles ne peuvent rien faire sans l'intervention des bailleurs de fonds. "Eduquer un enfant est notre devoir, car on l'a toujours fait dans nos sociétés avant l'arrivée des bailleurs de fonds. Il faut élever le niveau de confiance avec les populations et les mobiliser sur ce qu'on veut faire", explique à IPS, Obanya. Selon lui, les populations sensibilisées peuvent bâtir autant de belles classes et d'habitations comme les mosquées et églises qu'ils construisent avec leurs propres moyens.

"On crée la volonté d'aller à l'école, mais il faut pérenniser les mesures", lance Obanya qui appelle les pays africains à adapter les initiatives qu'ils ont les moyens de pérenniser. Il leur recommande également de faire attention aux plans mis en place toujours au cours des rencontres et qui viennent chambouler souvent les expériences qui marchent.

Soixante-dix pour cent des financements promis par les bailleurs de fonds n'arrivent jamais à temps pour la mise en œuvre des stratégies, estiment les participants à la rencontre de Nairobi, qui critiquent les longues procédures de décaissement.

Par exemple, sur 120 écoles prévues au Burkina depuis 2001, seules 29 ont été construites grâce à des fonds propres de l'Etat alors qu'elles devaient être toutes bâties avec des apports financiers des bailleurs de fonds.

Pourtant, leur construction visait à rapprocher l'école des parents afin de les encourager à inscrire leurs filles.

"Il faut voir les initiatives durables et auxquelles les communautés peuvent participer au lieu de travailler uniquement avec celles qui vont disparaître avec le retrait des organisations non gouvernementales et des bailleurs de fonds", estime Obanya.

Les principales mesures préconisées pour accélérer l'inscription des filles à l'école incluent la création d'un environnement favorable à l'éducation de la fille à travers des actions comme la gratuité des inscriptions des filles, le rapprochement de l'école des communautés; la création de centres d'excellence pour encadrer des filles dans des matières scientifiques.

Une autre mesure préconisée est le retour à l'enseignement formel des filles qui, pour des raisons diverses, l'ont quitté plus tôt. Les participants ont souligné notamment le cas des filles qui tombent enceintes au cours de leur scolarité.

"Nous voulons que les gouvernements instituent en Afrique des politiques de retour permettant à une fille de revenir à l'école après la grossesse.

Ces politiques doivent condamner les directeurs d'école qui refusent de réadmettre la fille lorsqu'elle revient après l'accouchement", déclare à IPS, Penina Mlama, directrice exécutive du Forum des femmes africaine éducatrices (FAWE). Elle affirme qu'en Zambie seule, 2.230 filles ont été obligées d'abandonner l'école l'année dernière parce qu'elles étaient tombées enceintes.

"Il faut arriver à intégrer ces bonnes pratiques déjà existantes dans certaines localités dans le système national des pays, car on ne va pas continuer à traiter la fille à l'intérieur d'un mur", estime Lene Buchert, responsable de la section enseignement primaire à la division pour l'éducation fondamentale de l'UNESCO (Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture).

Buchert indique à IPS que pour la mise en œuvre des actions en faveur des filles, une collaboration est indispensable avec les acteurs que sont la société civile, les organisations d'enseignants et les communautés.

"Pour cela, il faut une volonté politique", soutient-elle, ajoutant que les filles auront besoin d'avoir les mêmes opportunités d'emplois que les garçons, et des changements légaux pour les mettre à l'abri de certaines pratiques.

Pour Obanya, les réticences constatées face à la mobilisation des communautés sont souvent liées au fait que l'école ne prend pas en compte les besoins de la culture des populations. "C'est la scolarisation qui pose problème car il faut voir si le fonctionnement de l'école et le contenu de l'enseignement prennent en compte certaines préoccupations des populations comme leur culture car, en fait, ces populations ne sont pas opposées à l'école", explique Obanya à IPS.

Selon Obanya, si les enseignants comprennent bien l'environnement et les problèmes spécifiques des filles, cela devrait contribuer à améliorer leur inscription à l'école. "Il faut puiser dans les richesses de la culture africaine pour atteindre nos objectifs avant de songer souvent à l'argent", ajoute Obanya à IPS. Organisée par le FAWE, avec l'appui des partenaires comme l'Initiative des Nations Unies pour l'éducation des filles (UNGEI), le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) et la Banque mondiale, la conférence de Nairobi a réuni quelque 200 délégués de 27 pays de l'Afrique subsaharienne.