JOHANNESBURG, 6 mai (IPS) – L'Afrique du Sud n'arrivera pas à réduire le chômage et la pauvreté si elle ne met pas en œuvre des réformes économiques et sociales drastiques, a averti un important leader syndical dans le pays. Zwelinzima Vavi, secrétaire général de la Confédération des syndicats d'Afrique du Sud (COSATU), forte de 1,8 million de membres a déclaré que l'émancipation économique de la majorité noire de la nation qui était privée du droit électoral par l'apartheid – était essentielle pour l'aider à réaliser l'Objectif de développement du millénaire (ODM) – de réduction de moitié de la pauvreté d'ici à 2015.
Les huit points de l'ODM ont été acceptés d'un commun accord par des dirigeants du monde entier aux Nations Unies à New York, en 2000.
Vavi a fait ces commentaires au lancement du 'Rapport sur le développement humain durable en Afrique du Sud pour 2003', à Johannesburg le mercredi (5 mai). Le document a été préparé par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD).
S'adressant à ceux qui étaient présents au lancement, John Ohiorhenuan, le représentant du PNUD en Afrique du Sud, a dit que "l'extrême pauvreté (dans le pays) a baissé de façon significative, avec le pourcentage de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté (de 52 dollars par mois) passant à 51,1 pour cent en 1995 à 48,5 pour cent en 2002".
"Toutefois, le nombre de Sud-Africains vivant en dessous du seuil de pauvreté de 454 rands (52 dollars) en 2002 était toujours presque la moitié de la population totale", a-t-il ajouté.
Pourtant, ce qui préoccupe le plus les Nations Unies, est l'inégalité croissante dans le pays.
"L'Afrique du Sud continue d'être l'une des sociétés les plus inégalitaires au monde. L'inégalité s'est aggravée fortement au sein de toutes les classes raciales en Afrique du Sud, mais relativement un peu moins dans le groupe des Blancs", a observé Ohiorhenuan.
"Le revenu moyen d'un ménage blanc en 2001 était six fois celui d'un ménage africain", a-t-il dit à l'assistance.
Entre 1995 et 2002, le taux de chômage officiel est passé de 16,4 pour cent à 30,8 pour cent. Parmi les Noirs, le chômage en 2002 était de 36,8 pour cent, contre 14,1 pour cent pour d'autres groupes raciaux. En outre, le chômage parmi les femmes était de 35 pour cent contre 27 pour cent pour les hommes, selon le rapport du PNUD, de 294 pages.
"Ce qui est peut-être plus préoccupant, c'est le cercle vicieux de la pauvreté, de l'inégalité et du chômage en Afrique du Sud. Par exemple, une large majorité de ménages qui sont pauvres sont ceux qui n'ont même pas un membre qui travaille", a constaté Ohiorhenuan.
Yasmin Sooka, directeur de 'Foundation for Human Rights' (Fondation pour les droits humains), une organisation non gouvernementale qui est basée dans la capitale, Pretoria, a lancé un appel en faveur d'une restructuration de la société sud-africaine. "Nous vivons dans un pays où un groupe est fabuleusement riche et un groupe vit dans l'extrême pauvreté", a-t-elle indiqué.
Etant donné le pourcentage élevé de la population vivant en dessous du seuil de pauvreté, le rapport souligne que le système de subventions de l'assistance sociale en Afrique du Sud peut jouer un rôle important dans le pays.
Mais, ajoute-t-il, 30 pour cent seulement des pauvres étaient éligibles pour recevoir des subventions gouvernementales en 2002. Ceci implique que, même s'il y avait une large attribution de subventions, plus de 15 millions de personnes seraient toujours en dehors du système de revenu minimum d'insertion de la sécurité sociale.
"Ainsi, le système actuel de subventions de l'assistance sociale en Afrique du Sud a un impact limité sur la réduction de la pauvreté. Il n'est pas destiné à sortir tous les pauvres ou la majorité des pauvres de la pauvreté. Il n'est pas non plus financé convenablement pour atteindre un tel objectif, avec le résultat qu'il n'a pu cibler qu'une fraction des pauvres", souligne le rapport.
Il a exhorté le gouvernement sud-africain à accorder la priorité aux besoins des personnes ne disposant d'aucun revenu ou ayant un revenu insuffisant.
Ceci, indique le rapport, implique l'extension du programme de soutien à l'enfance aux enfants pauvres de neuf à 18 ans. Cela implique également l'extension du système de sécurité sociale pour apporter un revenu minimum d'insertion aux adultes pauvres.
Vavi a dit que la COSATU était encouragée par la façon dont le rapport a exposé les inégalités dans la société sud-africaine. "Ces inégalités continuent obstinément de faire partie de notre vie sociale et politique", a-t-il déclaré à ceux qui étaient au lancement.

