ECONOMIE-KENYA: La campagne sur les droits dans les EPZ suscite desappréciations mitigées

NAIROBI, 20 avr (IPS) – Un certain nombre d'employés des zones de développement des exportations au Kenya affirment avoir été menacés de licenciement s'ils continuaient à s'associer avec des groupes de défense des droits humains qui se font les champions de meilleures conditions pour les travailleurs.

Toutefois, certaines compagnies des zones semblent également avoir pris en compte les préoccupations des groupes.

Les employés qui allèguent des menaces de licenciement travaillent dans des sociétés textiles. Leurs employeurs se seraient plaints de l'annulation de plusieurs contrats par des acheteurs étrangers, qui sont préoccupés par les mauvaises conditions dans les zones de développement des exportations (EPZ). Ceci fait apparemment suite à une campagne de la Commission kényane des droits humains (KHRC), en février, pour mettre l'accent sur le sort des employés des EPZ.

"On nous a dit que nous serons licenciés si nous continuons à prendre part aux activités de la KHCR, parce que selon nos employeurs, elles (les activités) ont conduit à la baisse des profits à cause du retrait des contrats par des clients – la plupart d'entre eux étant en Occident", a déclaré Esther Wambura qui est contractuelle à Indigo Garments (Vêtements indigo), une usine de fabrique de textiles, située dans la banlieue de la capitale kényane – Nairobi.

Les tentatives de IPS pour vérifier ces allégations ont été infructueuses puisque la direction d'Indigo Garments s'est refusée à tout commentaire.

"Nous savons ce que vous, gens de la presse, recherchez. Vous prenez simplement plaisir à chercher des informations négatives et à diffamer les gens. Pour cette raison, il n'y a aucun commentaire", a déclaré un représentant de la société, qui a refusé de donner son nom.

Les sociétés textiles ont une forte présence dans les quelque 30 EPZ du pays, dont plusieurs fabriquent des vêtements pour le marché des Etats-Unis.

Dans un rapport lancé le 17 février intitulé 'La Confection de la pauvreté : l'incroyable histoire des EPZ', la KHRC a détaillé les mauvaises conditions dans lesquelles travaillaient les employés des EPZ – certains parmi eux pour de bas salaires qui ne sont pas en adéquation avec le coût de la vie.

La commission a allégué que les employés étaient obligés de travailler pendant de longues heures, et que très peu de précautions étaient prises pour protéger ceux qui s'occupent de l'équipement dangereux et autres choses du genre. Des femmes se sont vu refuser des congés de maternité et ont été victimes de harcèlement sexuel. En outre, les travailleurs n'avaient souvent pas accès aux installations sanitaires – et se sont vu dénier le droit de se syndiquer.

Depuis lors, des syndicalistes se sont postés dans diverses sociétés EPZ pour voir si des améliorations se faisaient par rapport aux conditions de travail. Workers Rights Watch (WRW), qui fait partie de la KHCR, croit que des changements se préparent dans certaines sociétés. "Plusieurs employeurs nous ont notifié que les salaires des travailleurs seront augmentés de cinq pour cent à partir du 1er mai prochain", a dit à IPS Edward Indimuli, un responsable de WRW.

Certains employeurs commencent également par autoriser leurs employées femmes à aller en congés de maternité.

"Ceci est louable parce que les femmes, qui constituent la majorité des employés des EPZ, ont souffert pendant longtemps. Plusieurs ont fait de fausses couches ou ont eu des complications à l'accouchement parce que ces employeurs leur ont refusé le congé de maternité", a déclaré Mary Nyambura de l'Organisation des femmes travailleuses du Kenya.

Les défenseurs des droits des travailleurs ont été également attaqués par le ministre du Commerce et de l'Industrie Mukhisa Kituyi, qui les a accusés d'exagérer les problèmes des employés des EPZ en vue d'attirer le financement des donateurs pour leur travail de plaidoyer. Le mois dernier, les activistes avaient projeté de mobiliser les travailleurs des EPZ pour organiser une protestation à une conférence internationale des investisseurs parrainée par le gouvernement, qui s'est tenue du 23 au 26 mars.

La manifestation avait été interrompue suite à une réunion convoquée à la hâte, à laquelle le ministre du Travail, Ali Mwakwere, a imploré les activistes de ne pas poursuivre la manifestation – qui, estimait-il, saperait les efforts de relance de l'économie kényane.

Mwakwere a promis de convoquer une réunion à la fin de ce mois, au cours de laquelle les conditions de travail dans les EPZ feront l'objet d'un examen minutieux. Il a également promis de discuter des initiatives impopulaires qui avaient été introduites pour attirer les investisseurs vers les EPZ, comme une exemption de taxe sur les importations, pendant 10 ans.

Les EPZ ont été introduites il y a 14 ans en vue d'accélérer la création d'emploi au Kenya où, selon le ministre de la Planification et du Développement national, environ deux millions de personnes sont actuellement au chômage. Le Rapport sur le développement humain des Nations Unies pour 2003 évalue la population du pays à environ 30 millions d'habitants.

Selon l'autorité des EPZ, une agence gouvernementale qui gère les EPZ, 26.447 Kényans étaient employés dans les zones en 2002.

Les zones augmentent en nombre dans le monde entier depuis les années 1970, même si des activistes se sont fréquemment plaints du fait qu'elles ne tiennent pas compte des droits des travailleurs.