SANTE: Les taxis-motos sont la cause de la plupart des accidents de laroute au Togo et au Bénin

LOME, 9 avr (IPS) – "Sans casque, mauvaise maîtrise du code de la route, mauvais dépassement, slalom entre les voitures, excès de vitesse…, c'est le quotidien des conducteurs de taxi-motos qui sèment la mort sur nos routes", se plaint Kalé Akué, étudiante à Lomé, la capitale du Togo.

Certains conducteurs reconnaissent leurs responsabilités dans les accidents. "Nous sommes souvent imprudents et nous ne respectons pas le code de la route", regrette Kossi Atipkala, conducteur de taxi-moto à Lomé. "Nous sommes à l'origine de la plupart des accidents de la route", renchérit son confrère Komlan Attisso à Cotonou, la capitale économique du Bénin. Les conducteurs de taxi-motos, communément appelés "zémidjans" sont de plus en plus à l'origine des accidents de la circulation au Togo et au Bénin, deux pays voisins, en Afrique de l'ouest, dans lesquels ce mode de transport est développé dans les villes depuis le milieu des années 1980.

Et nombreux sont les Togolais et les Béninois qui ont recours à ce moyen de transport dangereux.

Selon une étude sur l'impact du transport urbain par les véhicules à deux roues, menée en 2002 par la Société togolaise d'études de développement en Afrique (SOTED), le taxi-moto occupe une place importante dans l'insécurité routière. L'étude a noté 4.735 accidents en 2000 au Bénin, et 4.103 au Togo la même année.

Le parc des taxis-motos dans ces deux pays est en nette progression. De 83.000 motos en 2000, les motos sont passées à 160.000 au Bénin en 2002, dont 72.000 à Cotonou; et de 40.000 en 2000, elles ont atteint 45.000 au Togo en 2002. Togo en 2002. Parallèlement, le taux des accidents de la route ne cesse de grimper. Selon la ministre de la Santé du Togo, Suzanne Aho, 4.266 cas d'accident de la circulation ont été enregistrés en 2003 contre 3.972 en 2002. "Il y a eu 3.186 cas d'accident dont 1.603 cas enregistrés au Centre hospitalier universitaire de Lomé, avec 72 décès en 2003 dans la ville", révèle Aho.

Selon des statistiques officielles disponibles dans des services du ministère de la Santé publique et à la mairie de Cotonou, au Bénin, plus de 60 pour cent des décès liés aux accidents de circulation dans cette ville sont imputables aux "zémidjans".

"Un grand nombre de cas d'accident ont pour cause l'ignorance et l'inobservation des prescriptions routières par les conducteurs de taxis-motos", affirme Fernand Gbèmavo, médecin à Cotonou où la liste des accidents s'allonge chaque année. "Un conducteur de taxi-moto, qui roulait à vive allure, s'est retrouvé nez à nez avec un autre conducteur de zémidjan, il est mort dans le choc; un camion benne chargé de sable roulant à toute allure a écrasé chaudement un conducteur de taxi-moto …, voilà ce qu'on nous dit quotidiennement à la radio ou dans la presse", souligne Attisso.

José d'Almeida, transporteur béninois, avertit toutefois qu'il ne faut pas négliger la part de responsabilité des autres usagers de la route dans les accidents de la circulation. "Ces accidents sont très fréquents dans les villes secondaires", dit-il, citant l'exemple des accidents mortels à répétition, provoqués par des véhicules en transit dans la ville de Bohicon, située à environ 130 kilomètres au nord de Cotonou. Selon Barthélemy Déguénon, préfet du département du Zou, dans le centre du Bénin, les statistiques de la Direction des transports terrestres et du Centre hospitalier départemental du Zou (CHD) prouvent que "la sécurité devient un problème de plus en plus préoccupant sur nos routes". Le CHD, situé à 10 km environ de Bohicon, a enregistré 1.890 cas d'accident de la route en 2003, soit 157 en moyenne par mois. Environ 22 pour cent des cas graves ont entraîné des amputations, des séquelles handicapantes, ou des décès.

"Bohicon constitue un passage quasi-obligé pour tout usager se rendant du sud vers le nord du Bénin, dans les pays de l'hinterland ou encore au Nigeria, au Togo, en empruntant l'axe Ilara-Azovè-Tohoun", indique Paulin Tomanaga, maire de Bohicon.

"Au CHD, en janvier cette année, 201 cas d'accident ont été enregistrés; en février, 204 cas; et en mars 231 cas", déclare Céline Seignon Kandissounon, ministre de la Santé publique du Bénin.

Selon Tankpandja Lalle, ministre des Transports du Togo, "L'insécurité routière est devenue un fléau au même titre que les endémies que nous connaissons".

Aho renchérit, affirmant que c'est un véritable fléau mortel. Elle estime qu'on peut éviter les accidents de la circulation si l'on reconnaît qu'ils constituent un grave problème de santé.

Akila-Esso Boko, ministre de l'Intérieur du Togo, explique que de nombreuses vies peuvent être sauvées avec un respect minimum des règlements.

"L'accident de la route n'est pas une fatalité", déclare Tomanaga, ajoutant : "il est donc question d'adopter des comportements qui vont dans le sens des règles du code de la route pour limiter vraiment les cas d'accident qui endeuillent les familles". Le maire de Bohicon a fait cette déclaration à l'occasion de la célébration, le 7 avril, de la Journée mondiale de la santé placée sous le thème "L'accident de la route n'est pas une fatalité".