BLANTYRE, 8 avr (IPS) – Alors que les élections générales du Malawi se rapprochent, une pauvreté nationale de plus en plus profonde hante les efforts du Front démocratique uni (UDF) au pouvoir pour se maintenir aux affaires. En mars, une étude du Programme des Nations Unies pour le développement sur la gouvernance au Malawi a révélé que la pauvreté dans le pays s'était intensifiée au cours de la dernière décennie de politique multipartite en comparaison avec la situation sous l'ancien dictateur Hastings Kamuzu Banda.
"Une déclaration commune de plusieurs personnes interrogées, y compris de membres influents de partis politiques…est que 'Nous sommes économiquement plus pauvres que sous le précédent régime'," indique l'étude, ajoutant : "Et en effet, il y a eu des manifestations publiques de nostalgie pour le règne du Dr Banda".
Les conclusions du rapport ont été mises en évidence ce week-end lorsque des économistes et des représentants de bailleurs se sont rencontrés dans la capitale, Lilongwe, pour la réunion annuelle de l'Association des économistes du Malawi (du 3 au 4 avril).
Des délégués ont remarqué que le Programme de réduction de la pauvreté (PAP) – un projet national développé par l'UDF – n'avait pas encore produit les résultats escomptés.
"Obligée de se prononcer sur le PAP, la conclusion est qu'il n'y avait aucune évidence incontestable pour supporter l'hypothèse d'une amélioration générale dans les conditions globales de vie des Malawites", a déclaré Khwima Nthara, spécialiste en économie de développement, dans un rapport intitulé "Le Malawi s'est-il développé depuis 1994?" L'étude a cité une espérance de vie en baisse, une mortalité infantile en hausse et une forte proportion de ménages affamés comme certains des facteurs à l'origine de ses conclusions – ainsi que des revenus personnels en stagnation.
Tout en admettant qu'il y avait eu des développements positifs "indiscutables" au Malawi durant cette dernière décennie, y compris un boom dans l'immobilier et le commerce informel, l'étude estime qu'on ne savait toujours pas avec certitude si ces tendances avaient réellement rehaussé les niveaux de vie.
Selon le Rapport de l'ONU sur le développement pour 2003, un peu moins de 42 pour cent de Malawites vivent en dessous du seuil de pauvreté, avec moins d'un dollar par jour.
Ces affirmations sont venues comme un coup dur pour l'UDF. Ayant dirigé le Malawi depuis 1994, le parti n'a pas pu échapper aux allégations selon lesquelles il porte la plus grande responsabilité du déclin du pays.
Mais, "ce sont des bêtises et des mensonges", tonne Mary Kaphwereza Banda, secrétaire adjoint à la propagande de l'UDF. "L'UDF s'est occupé des populations – nous avons bouché des trous partout".
Kaphwereza Banda attribue les pénuries alimentaires du Malawi à la sécheresse. "L'UDF ne fait pas tomber la pluie. Si les gens meurent de faim, c'est à cause de la sécheresse que nous ne pouvons pas contrôler – et qu'aucun parti ne peut contrôler", a-t-elle dit à IPS.
Norman Ling, le haut commissaire britannique au Malawi, n'est pas de cet avis.
"Tout ce dont a besoin ce pays est d'un gestionnaire bon et décent. C'est une erreur de dire que vous avez faim à cause de l'insuffisance de pluies.
La moyenne pluviométrique du Malawi est le double de celle de East Anglia, le grenier de la Grande-Bretagne", a-t-il déclaré.
Le candidat de l'UDF à la présidentielle pour les élections du 18 mai, Bingu wa Mutharika, a également rejeté les rapports, pour la plus grande joie des autres partis.
"C'est lamentable et surprenant qu'un économiste de l'envergure de Bingu réfute des études crédibles sur la pauvreté", affirme Salule Masangwi, directeur à la propagande de l'Alliance nationale démocratique, de l'opposition.
Toutefois, la position de l'UDF a été affaiblie par le fait que les donateurs aient commencé par retirer l'aide au Malawi depuis 2000 à cause de la mauvaise gestion économique de la part du gouvernement.
Puisque l'aide représente environ 38 pour cent du budget national, le gouvernement a emprunté de l'argent localement pour compenser le déficit consécutif. Ceci a provoqué une montée en flèche des taux d'intérêt – accablant les entreprises qui avaient besoin d'augmenter leur capital.
Conscient du fait que les inquiétudes relatives à la stabilité économique et aux pénuries alimentaires pourraient se révéler être des champs de bataille dans la lutte pour les voix, des partis d'opposition n'ont pas perdu du temps pour promettre aux Malawites une meilleure gouvernance. Le Parti du congrès du Malawi, pour sa part, souligne qu'il prendra des mesures "pour assurer la subvention des intrants agricoles essentiels, en rendant les crédits agricoles facilement accessibles".
Adoptant une approche différente de celle de ses collègues de l'UDF, le président Bakili Muluzi a montré la volonté d'admettre son erreur récemment lorsqu'il a admis que la gestion économique de son gouvernement n'avait pas été brillante.
Mais, il s'est servi de l'occasion avec ruse pour justifier son choix de Mutharika comme successeur, une initiative qui a reçu une réponse glaciale de la part de différents piliers de l'UDF.
"En 1993 et 1994, ce pays avait besoin d'un ingénieur politique et j'avais été élu. Mais maintenant que nous avons posé une fondation politique, ce pays a besoin d'un ingénieur économique, et je suis sûr que c'est le Dr Bingu wa Mutharika", tonnait Muluzi à une foule immense à Freedom Park (Parc de la liberté) de Njamba à Blantyre, dimanche (4 avril).

