KAMPALA, 6 avr (IPS) – Le président ougandais Yoweri Museveni a renouvelé son appel à l'Occident, en faveur de l'ouverture de son marché pour permettre à l'Afrique d'atteindre la sécurité alimentaire.
"Vous ne pouvez pas parler de sécurité alimentaire totale pour l'Afrique sans parler de la nécessité pour l'Afrique d'accéder aux marchés agricoles des pays occidentaux riches. Pouvons-nous avoir la sécurité alimentaire lorsque nous concourons sur un terrain de jeu inégal avec ces nations? Lorsqu'elles inondent nos marchés avec des produits agricoles finis qui ont été fabriqués à partir de nos matières premières?", a-t-il demandé aux délégués participant à une conférence internationale sur la sécurité alimentaire.
Organisée par l'Institut international de recherche sur la politique alimentaire (IFPRI), basé à Washington, la rencontre de trois jours, qui a démarré à Kampala, la capitale de l'Ouganda, le 1er avril, a rassemblé environ 500 délégués venant de 50 pays, dont 30 africains.
Intitulée 'Assurer la sécurité de l'alimentation et de la nutrition en Afrique d'ici à 2020 : donner la priorité aux actions, renforcer les acteurs et faciliter les partenariats', la rencontre cherche à explorer les voies et moyens d'assurer la sécurité alimentaire. La production alimentaire de l'Afrique "n'augmente pas à un taux nécessaire pour faire face à la croissance de la population, atteignant actuellement en moyenne 2,4 pour cent par an partout sur le continent", affirme l'IFPRI.
Selon Museveni, les énormes subventions agricoles occidentales faisaient du tort aux agriculteurs africains qui manquaient de tels privilèges.
Son homologue nigérian Olusegun Obasanjo, qui était présent à la session d'ouverture, est du même avis. "Dans l'OCDE (l'Organisation pour la coopération et le développement économique, basée à Paris, qui comprend des pays riches), les subventions s'élèvent à environ un milliard de dollars US par jour. Nous connaissons tous bien le cliché relatif aux Africains vivant avec moins d'un dollar par jour. Cependant, une vache en Europe est subventionnée à plus de deux dollars par jour", a-t-il déclaré.
"Avec ce genre de subventions, l'agriculture africaine ne peut pas atteindre la marge compétitive requise pour la rendre stable, que ce soit dans le domaine de l'obtention de devises étrangères ou l'accélération des stimulants nécessaires pour accroître la production", a ajouté Obasanjo.
Certaines agences de recherche estiment que l'agriculteur africain devient de plus en plus pauvre à cause de la baisse de la productivité agricole, qui a conduit à une disponibilité alimentaire en baisse, des niveaux croissants de pauvreté et un nombre élevé de populations sous-alimentées.
"Quelque 200 millions de personnes en Afrique sont mal-nourries, et leurs nombres ont augmenté de presque 20 pour cent depuis le début des années 1990", selon des statistiques de l'IFPRI.
Il estime que "la sous-alimentation est le principal risque à la base de plus de 28 pour cent de tous les décès en Afrique, représentant quelque 2,9 millions de morts par an".
Les rendements agricoles en baisse en Afrique pourraient être inversés si les gouvernements investissaient dans l'infrastructure, affirme Adrian Mukhebi, directeur exécutif de 'Kenya Agricultural Commodity Exchange Limited' (Bourse du commerce des produits agricoles du Kenya). Il attribue le niveau croissant de la pauvreté à la mauvaise infrastructure.
"A cause des routes en mauvais état, le coût élevé de transport ne favorise pas l'agriculteur qui n'a pas les moyens d'amener son produit d'une gare routière à une autre. La plupart des agriculteurs transportent leurs produits par la route et à cause du mauvais état des routes, les marchandises, qui sont en général périssables, atteignent leur destination après des jours, au moment où elles sont pourries. Investir dans l'infrastructure va automatiquement réduire les coûts de transport et de marketing, ainsi que le niveau de pauvreté", a-t-il dit à IPS.
Plus de la moitié de la population kényane vit en dessous du seuil de pauvreté.
L'économie du Kenya, comme plusieurs autres pays africains, dépend de l'agriculture. De petits agriculteurs dominent le secteur, représentant 75 pour cent de la production agricole totale et 70 pour cent du rendement agricole commercialisé, selon Joseph Kinyua, secrétaire permanent au ministère de l'Agriculture.
Asha Rose Migiro, ministre tanzanienne du Développement communautaire, de la Femme et des Enfants, croit que la solution pour parvenir à la sécurité alimentaire dans son pays réside dans l'irrigation. Les parties septentrionales semi-arides de la Tanzanie connaissent actuellement une grave sécheresse et le gouvernement a initié un projet pour tirer de l'eau du fleuve Nil, en pleine résistance de l'Egypte. Edward Lowassa, ministre de l'Eau et du Développement du Bétail de la Tanzanie, a dit à IPS, le mois dernier, que la Tanzanie n'avait pas besoin de la permission de l'Egypte pour sauver sa population frappée par la famine, en tirant de l'eau du fleuve, qui prend sa source en Afrique de l'est, dont fait partie la Tanzanie.
En solidarité avec la Tanzanie, le président Museveni a répondu (le 1er avril) à une question posée par IPS : "L'eau est la source de la vie et l'Egypte n'a pas le droit de monopoliser l'utilisation de l'eau du Nil.
Elle ne peut pas priver les autres des moyens d'existence.
L'Egypte doit s'asseoir avec les pays entourant le Nil pour mettre au point un nouvel arrangement, qui soit équitable. Cette approche égocentrique sur l'utilisation des eaux du Nil doit cesser".
La controverse a entouré pendant des décennies l'utilisation de l'eau du Nil. L'Egypte affirme qu'elle a des droits légaux sur le Nil suite à un accord signé en 1929 entre elle et le gouvernement britannique au nom du Soudan. Selon le traité, aucun des Etats riverains du Kenya, Ouganda, Tanzanie, Ethiopie, Erythrée, République démocratique du Congo (RDC), Rwanda et Burundi ne doit entreprendre des projets de développement qui affectent le cours des eaux vers l'Egypte.
Selon des délégués à la réunion, l'eau du Nil peut garantir la sécurité alimentaire dans la région, réalisant ainsi une partie de l'Objectif de développement du millénaire, de réduction de moitié du nombre de personnes souffrant de malnutrition et de faim d'ici à 2015.
Plus de 350 millions de personnes, plus de la moitié de la population de l'Afrique subsaharienne, vit avec moins d'un dollar par jour, selon la Banque mondiale.

