BULAWAYO, 31 mars (IPS) – "Délivre-nous du mal", une simple prière extraite du livre de Mathieu dans le Nouveau Testament qui a toutefois résonné fortement au Zimbabwe ce week-end.
Se débarrassant des différences interconfessionnelles, des responsables et membres d'églises se sont réunis dans deux villes samedi (27 mars) pour intercéder en faveur de la lutte contre la faim, la pauvreté, la corruption et le VIH/SIDA.
Ils ont également prié pour la paix et la réconciliation au Zimbabwe, qui est en proie à la violence politique depuis 2000. Des responsables d'églises venus d'Afrique du Sud, du Botswana et de Zambie – pays voisins – étaient sur place pour apporter leur soutien aux rencontres, tenues dans la capitale, Harare, et la deuxième plus grande ville du Zimbabwe, Bulawayo.
Les réunions ont démarré en plein milieu de rumeurs de violences à Zengeza, juste de l'autre côté d'Harare, où des habitants votaient dans une élection partielle de deux jours. A la fin du week-end, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC), de l'opposition, a déclaré qu'au moins un de ses partisans avait été tué par des jeunes du parti ZANU-PF au pouvoir – tandis que plusieurs autres avaient été blessés.
"Chaque fois que je viens dans cette nation, il n'y a qu'un seul mot qui me vient à l'esprit : souffrance, souffrance, souffrance", a déclaré le révérend Emmanuel Buthelezi de la ville portuaire sud-africaine de Durban.
"Nous sommes donc venus prier avec vous… Un jour, nous triompherons".
Le pasteur Raymond Motsi de l'église baptiste de Bulawayo a dit à IPS que le culte du samedi, à ce jour le plus grand du genre, était le début d'un programme continuel "pour gagner du terrain et mobiliser des gens" comme une partie des manifestations pacifiques du style Gandhi. (Mahatma Gandhi, qui a dirigé la lutte pour l'indépendance en Inde, s'est fait une renommée internationale pour sa résistance passive au pouvoir colonial britannique).
"Nous avons constaté que la ZANU-PF est une machine militaire qui est armée jusqu'aux dents", a expliqué Motsi, ajoutant : "Nous devons traiter avec eux d'une façon vigoureuse, mais pacifique".
Les autorités zimbabwéennes ont voté un certain nombre de lois qui semblent avoir pour but de museler les détracteurs du gouvernement. Au nombre de celles-ci, figure la Loi sur la sécurité et l'ordre public (POSA) qui restreint les rencontres publiques – et rend illégal le fait de faire des déclarations qui pourraient être perçues comme sapant l'autorité du président.
Pour Motsi, depuis qu'il a été refusé aux organisations civiques une plate-forme pour leurs préoccupations, l'église est entrée en jeu. Pour le moment, conformément à la POSA, les enceintes d'églises ne semblent pas relever de la compétence des forces de sécurité publique.
Bien que le gouvernement ait systématiquement pris des mesures contre ses critiques, Motsi dit qu'il ne craint pas que l'église soit la prochaine dans la ligne de mire – pourvu "qu'elle continue d'être sage comme des serpents et innocente comme des colombes", a-t-il ajouté, citant des passages de Mathieu.
Néanmoins, deux jours avant la réunion de prières, des policiers en civil, munis d'un mandat de perquisition, ont effectué une descente dans les bureaux de Bulawayo Agenda, un groupe de pression. A la recherche d'indices sur la réunion de prière à venir, ils ont confisqué des livres, des lettres, des documents et 16 cassettes vidéo des meetings publics de l'organisation.
Les policiers sont retournés plus tard pour arrêter l'administratrice du groupe âgée de 23 ans. Elle n'a été libérée plus tard que lorsque le coordonnateur de Bulawayo Agenda, Gorden Moyo, s'est livré à la police.
Moyo a été gardé en détention pendant 12 heures avant la réunion de prière où d'autres leaders de groupes civiques et lui ont été honorés pour services rendus à la communauté.
La police s'est également rendue dans les locaux d'une station de radio communautaire qui fait pression pour que les stations de radio indépendantes soient autorisées à opérer au Zimbabwe.
Ils ont pris des documents des bureaux, y compris des invitations à un prochain festival d'arts, et ont interrogé deux membres du personnel.
Le directeur de la station, le père Nigel Johnson – un prêtre jésuite – avait été arrêté trois mois plus tôt pour avoir filmé une musique vidéo. Il était en Afrique du Sud pour affaires au moment de la perquisition, mais a dit à IPS, plus tard, que la police "semblait chercher des éléments écrits ayant rapport aux séances de prière".
Johnson a ajouté que les policiers pourraient également être à la recherche d'indices sur la personne qui avait aidé la British Broadcasting Corporation (BBC) à filmer un documentaire sur les activités de la milice controversée de jeunes au Zimbabwe, également connue sous le nom de "green bombers (bombardiers verts) à cause de leurs uniformes.
La police affirme toutefois que les diverses perquisitions et interrogatoires étaient justifiés par les prospectus virulents qui ont été distribués avant la réunion de prière à Bulawayo. Ces pamphlets, selon elle, ont donné à la réunion l'air d'un meeting politique important – qui avait de fortes chances d'être interdite conformément à la loi zimbabwéenne.
La rencontre de Bulawayo s'est déroulée dans la principale église catholique de la ville. Le premier responsable de la religion catholique au Zimbabwe, l'évêque Pius Ncube, fait partie des critiques les plus virulents du président Robert Mugabe.
Dans son discours, Ncube a déploré le fait qu'un Zimbabwéen sur cinq ait quitté le pays pour des raisons politiques et économiques, "et qu'il y ait des gens qui prétendent que les choses sont normales. Ils sont des menteurs".
Il a ajouté qu'en mars seulement, les factures d'électricité avaient quadruplé dans certains cas, conduisant à une situation où des gens vivaient maintenant sous des ponts.
L'infrastructure comme les égouts et les feux tricolores sont en mauvais état.
Le père Jerome Arones du Cap en Afrique du Sud, a indiqué que le prix du pain avait plus que doublé depuis sa dernière visite au Zimbabwe en septembre. "Je me demande comment le citoyen ordinaire vit", a-t-il ajouté.
Les églises ont pris la résolution d'ouvrir leurs portes chaque mercredi après-midi pour d'autres prières en faveur de la paix.
Le début de 2000 a vu l'occupation des fermes de Blancs au Zimbabwe par des Noirs qui seraient des vétérans de la guerre d'indépendance du pays.
L'affirmation du gouvernement selon laquelle les occupants agissaient sans les directives de l'Etat a été vivement contestée, avec des critiques soutenant que les invasions faisaient partie d'une stratégie pour assurer une victoire de la ZANU-PF aux élections législatives.
Lorsque les occupations de terres ont démarré pour la première fois, la majorité des meilleures terres agricoles du Zimbabwe appartenait à la minorité blanche – malgré de nombreuses tentatives du gouvernement pour accélérer le processus de redistribution de terres. La lutte du pays pour l'indépendance était, en grande partie, motivée par les disparités raciales dans la possession de terre.
Le scrutin législatif de 2000 et l'élection présidentielle qui a suivi en 2002 ont été caractérisés par la violence politique qui a affecté principalement le MDC.
De même, l'économie du Zimbabwe a été terriblement éprouvée pendant ces dernières années, en partie à cause de l'implication coûteuse du pays dans la guerre civile du Congo-Kinshasa.
Ceci a permis à de hauts responsables zimbabwéens de profiter de l'exploitation des ressources au Congo.
Une inflation à trois chiffres est maintenant à l'ordre du jour, avec une pénurie de vivres et de carburant.

