SANTE-SWAZILAND: Une retombée positive de la crise du SIDA

MBABANE, 30 mars (IPS) – Cela pourrait être une vague éclaircie dans un nuage particulièrement sombre, mais un résultat apparent de la pandémie du SIDA au Swaziland est que de moins en moins de gens fument dans le pays.

"Lorsque les gens apprennent qu'ils sont séropositifs, on leur conseille de mener une vie saine pour prolonger leurs vies. Le choc qu'ils peuvent mourir prématurément du SIDA est juste le type de traumatisme qui amène des gens à arrêter de fumer", a dit à IPS, John Kunene, secrétaire principal au ministère de la Santé et du Bien-être social.

Bien que le Comité sur le tabac, l'alcool et les stupéfiants (COSAD), n'ait aucune statistique sur la baisse présumée du tabagisme, il indique qu'il y a beaucoup de preuves anecdotiques pour étayer cette affirmation.

"Notre … preuve a été réunie dans des écoles secondaires, où des enseignants et directeurs de collèges rapportent que de moins en moins d'élèves fument, de divers groupes et organisations, et de ce que nous voyons en train de se passer avec les ventes de tabac", a déclaré un responsable du COSAD, qui s'est fait le champion de la cause anti-tabac pendant deux décennies.

Les magasins sondés par IPS rapportent que les ventes de cigarettes sont en baisse, quelque chose qui a été corroboré par des vendeurs à la criée dans la ville centrale de Manzini.

Ces marchands vendent de petits articles dans des stands de fortune sur le trottoir aux arrêts du bus, ou entrent dans les bus avec une collection de marchandises à vendre aux passagers. Plusieurs des vendeurs à la criée viennent du Mozambique voisin, d'où ils font passer en contrebande des articles qu'ils écoulent au Swaziland. Les années antérieures, les marchands ont fait de jolis bénéfices sur les cigarettes vendues illégalement.

"Je vends actuellement de moins en moins de cigarettes", a déclaré Simeon, un vendeur à la criée venu de Maputo. "Les gens n'achètent plus autant. Je vends plus de cartes de téléphone portable ces jours-ci que des paquets de cigarettes".

Une autre évidence anecdotique montrant que les Swazis arrêtent leur dépendance vis-à-vis de la nicotine vient des habitants de Manzini et de la capitale, Mbabane. Plusieurs disent que l'odeur de la fumée de la cigarette est moins perceptible ces jours-ci dans les rues des deux villes – et dans les stades omnisports et les réunions publiques.

Même les salles de rédaction de deux quotidiens du Swaziland ont changé leurs façons de faire : traditionnellement des refuges pour de gros fumeurs de cigarettes, les bureaux n'offrent plus le spectacle de journalistes travaillant dans une brume de fumée.

"Il y avait deux ou trois grands directeurs de publication qui sont morts de SIDA l'année dernière, même si personne ne viendra dire publiquement que le SIDA était la cause de leur décès. Ils étaient tous de gros fumeurs, et au moins l'un d'eux a, un peu avant sa mort, fait l'effort d'arrêter l'utilisation des patchs de nicotine pour prolonger sa vie", a indiqué une femme journaliste qui a préféré garder l'anonymat.

Selon le Bureau central des statistiques, qui rassemble des données économiques pour le ministère de la Planification économique, près de 40 pour cent d'adultes swazis âgés de 18 à 49 sont séropositifs, bien que plusieurs ignorent leur statut.

Ceux qui vont faire des tests de dépistage reçoivent des conseils avant et après le test.

"Nous disons à chacun d'entre eux qu'ils peuvent vivre longtemps et avoir une vie active au cours des années à venir. Grâce aux améliorations dans les médicaments, ils peuvent même vivre toute une vie", affirme Sepiwe Hlope, co-président de 'Swazis pour une vie positive', un groupe de soutien aux malades du SIDA.

"Le SIDA n'est plus une condamnation à mort immédiate s'ils ont un mode de vie sain. Ce qu'ils doivent faire, c'est quelques exercices modérés, prendre des vitamines, réduire ou arrêter la consommation d'alcool – et ne pas fumer", ajoute-t-il.

"J'avais l'habitude de fumer, mais cela m'a dégoûté lorsque je suis tombé malade", a dit, à IPS, un séropositif de Matsapha, un centre industriel non loin de Manzini.

"La cigarette m'a fait tousser de façon atroce lorsque j'ai eu ma première grippe après avoir contracté le VIH. Je n'ai plus eu envie de fumer", a déclaré le maçon, qui a donné comme seul nom Sam. Il a ajouté que le manque d'argent avait également contribué à l'amener vers des membres d'un groupe de soutien auquel il prend part pour arrêter de fumer.

Plusieurs de ces séropositifs avaient perdu leurs emplois à cause de la maladie – ou faisaient moins d'heures de travail – ce qui les laissait avec peu de ressources disponibles pour des cigarettes. D'autres préféraient utiliser l'argent qu'ils avaient pour acheter des suppléments de vitamines et des fruits et légumes frais, qui peuvent coûter cher au Swaziland.

Si les affirmations sur la réduction du tabagisme dans ce pays d'Afrique australe s'avèrent être exactes, elles seraient en contradiction avec les tendances globales.

Un rapport publié en janvier 2004 par l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) indiquait que la consommation de tabac devrait accroître dans les pays en développement jusqu'en 2010. Elle ajoutait que la demande de produits du tabac en Afrique avait augmenté à un taux record de 3,5 pour cent dans les années 90 – une tendance qui devrait se répéter durant les six prochaines années.

Toutefois, le contraire s'appliquait aux pays riches. "D'ici 2010, la part des pays développés dans la consommation mondiale de tabac devrait être seulement de 29 pour cent", a souligné la FAO dans un communiqué de presse.

Selon l'Alliance pour la convention cadre, un groupe d'organisations non gouvernementales oeuvrant pour la ratification de la Convention cadre sur le contrôle du tabac (FCTC), près de cinq millions de personnes meurent chaque année des suites de l'usage du tabac.

L'alliance croit que ces chiffres pourraient passer à 10 millions d'ici à 2020, avec des pays en développement, représentant 70 pour cent des décès.

(La FCTC est un traité élaboré par les Etats membres de l'Organisation mondiale de la santé pour réduire les effets nuisibles du tabac).

La FAO a attribué la baisse de l'usage du tabac dans les nations développées à la sensibilisation accrue sur les manières dont le tabagisme nuit à la santé d'une personne, des restrictions sur la publicité pour le tabac – et une augmentation de la taxation accrue sur les produits du tabac. Elle recommande que des initiatives similaires soient prises dans les pays plus pauvres, qui sont actuellement en tête de la production de tabac.

Le débat autour du tabac est compliqué par le fait qu'il fournit une importante source de devises étrangères pour des pays subsahariens comme le Zimbabwe et le Malawi.

Toutefois, la Banque mondiale estime que si des efforts pour atteindre une baisse globale de la demande de tabac aboutissent, cette réduction s'effectuera graduellement – donnant aux agriculteurs assez de temps pour trouver des cultures alternatives.

L'argument a été avancé dans un rapport de 1999 intitulé "Réduction de l'épidémie : Des gouvernements et le contrôle des aspects économiques et financiers du tabac".