NAIROBI, 5 mars (IPS) – Des Etats membres de la Communauté d'Afrique de l'est (EAC) ont signé un protocole instaurant une union douanière qui devrait relancer la croissance dans la région.
L'accord a été parafé mardi (2 mars) dans la ville septentrionale d'Arusha, en Tanzanie, par les présidents du Kenya, de la Tanzanie et de l'Ouganda.
Il entrera en vigueur en juillet de cette année.
Les négociateurs avaient été bloqués dans les discussions jusqu'à la dernière minute sur comment imposer des taxes sur les marchandises circulant entre les trois pays – une question délicate qui a déjà fait avorter de précédents efforts pour mettre en place l'union. Depuis novembre dernier, la signature du protocole a été reportée quatre fois – ceci après quatre années de discussions.
La Tanzanie et l'Ouganda ont pendant longtemps affirmé q'ils ne pouvaient pas concourir sur un terrain égal avec le Kenya, perçu comme le centre économique de la région.
Selon la Chambre de commerce et d'industrie du Kenya, le pays a exporté des marchandises d'une valeur de près de 184,2 millions de dollars vers la Tanzanie entre 1999 et 2002. Les importations durant la même période s'élevaient à seulement 12.236 dollars.
De même, les marchandises exportées vers l'Ouganda pendant la même période oscillaient entre 276,3 et 407,9 millions de dollars, tandis que les importations variaient entre 4.039 et 9.078 dollars. Aussi bien la Tanzanie que l'Ouganda craignaient qu'un tarif commun sur les marchandises circulant dans la Communauté d'Afrique de l'est n'exacerbe ces déséquilibres commerciaux.
En conséquence, le protocole stipule que les produits de la Tanzanie et de l'Ouganda qui sont vendus dans la EAC ne seront pas frappés d'impôts – tandis que ceux du Kenya le seront pendant une période de cinq ans.
Les produits en provenance des pays hors de l'union douanière se verront imposer une taxe conformément à un tarif extérieur commun qui divise les importations en trois catégories. Les matières premières seront autorisées à entrer dans l'EAC avec exonération fiscale, tandis que les produits semi-transformés et semi-finis seront taxés à 10 pour cent. Les produits finis se verront imposer 25 pour cent de taxe. "Une union douanière est avantageuse parce que cela veut dire un commerce dans un marché plus vaste, une compétition accrue entre les commerçants et une efficacité en termes de production", a déclaré John Ochola de l'Institut des affaires économiques, basé à Nairobi, au Kénya.
La EAC offre actuellement un marché d'environ 90 millions de personnes.
Selon le secrétariat de la communauté, le produit intérieur brut combiné des Etats membres de la EAC s'élève à 25 milliards de dollars.
Toutefois, Ochola croit que le fait d'imposer simplement des taxes sur les produits kényans pourrait ne pas suffire pour faire de la Tanzanie et de l'Ouganda des acteurs égaux dans la région.
"Il est important de mettre en place plus de mécanismes de compensation pour encourager les investisseurs à investir également dans les deux pays, et à ne pas seulement se concentrer sur le Kenya", a-t-il dit à IPS.
L'union douanière est perçue comme la première étape dans un processus qui aboutira à un marché commun, une monnaie commune – et une fédération politique pour les Etats de la EAC.
"Comme nous partons (de la conduite des affaires comme un Etat), nous commençons par aller vers l'expansion de nos marchés – nous examinons davantage la création d'un marché unique pour desservir la région. Ceci est bon pour la stabilité de la région", affirme Peter Ondeng, directeur général au secrétariat kényan du Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD).
Le NEPAD est un programme lancé par cinq chefs d'Etat africains, destiné à améliorer la gouvernance partout sur le continent en échange d'une aide accrue et de l'investissement des pays développés.
Toutefois, pour des Kényans comme Caroline Alinda, le protocole de mardi est moins important qu'une simple garantie de liberté de mouvement entre les Etats membres de la EAC. Bien que les trois pays aient signé un accord en 2002 pour permettre à leurs ressortissants de se déplacer librement dans la région, ceux qui ont essayé de le faire se plaignent de harcèlement aux postes frontaliers.
Alinda, une commerçante qui fait la navette entre Nairobi, Kampala et Dar es Salaam, affirme : "Si la EAC adhère à l'esprit de recherche des intérêts du citoyen moyen, tels que la garantie de la liberté de mouvement des citoyens, elle ne se disloquera plus".
La communauté a été initialement instaurée en 1967, mais s'est disloquée dix ans plus tard à cause de plusieurs raisons – dont des disputes sur les mérites des économies capitalistes et socialistes.
Victor Umbricht, un ancien membre du personnel de la Banque mondiale, qui a été nommé pour superviser la division des actifs de la CAE après sa dislocation, se rappèle que cela avait eu "de graves conséquences" pour la région. Une interview de 1987 extraite des archives de la banque le cite comme ayant déclaré : "Ce n'était pas seulement un effondrement dans la forme, c'était un effondrement d'envergure. Les frontières étaient fermées. Vous ne pouviez plus traverser la frontière du Kenya vers la Tanzanie. Il n'y avait aucune liaison ferroviaire entre les pays, aucun commerce, aucune liaison aérienne. Nous n'avions aucun service de poste et télécommunications, aucune navigation commune".
"Nous avions même eu une guerre en 1978-79 entre la Tanzanie et l'Ouganda quand Idi Ami a été renversé, tout était alors sens dessus dessous. C'était chaotique", ajoute-t-il.
En 1999, la EAC a été ré-instituée avec un traité qui envisage une union économique et politique entre les Etats membres.

