MEDIA-AFRIQUE: Un début de 2004 déprimant pour des journalistes africains

JOHANNESBURG, 15 jan (IPS) – La nouvelle année a commencé sur une mauvaise note pour la presse en Afrique, avec des journalistes sur la sellette à plusieurs endroits du continent.

En Zambie, le chroniqueur Roy Clarke se cache. Il risque l'expulsion pour avoir soi-disant diffamé le président zambien Levy Mwanawasa en parlant de lui comme un "gros éléphant stupide" qui dirige une "ferme" de fonctionnaires corrompus.

Clarke avait évoqué le célèbre livre de George Orwell, "Animal Farm", dans sa satire hebdomadaire – quelque chose que les autorités zambiennes n'ont pas pris à la légère.

Le journaliste, un résident permanent de la Zambie, qui est marié à une activiste zambienne des droits humains, a obtenu un report de son expulsion à la Haute cour zambienne.

Toutefois, le ministre des Affaires intérieures, Ronnie Shikapwaswa, a indiqué aux journaux locaux que la décision de la cour n'affecterait pas l'expulsion de Clarke – une déclaration qui a déclenché l'alerte à l'Institut des médias d'Afrique australe (MISA) basé à Windhoek.

"La Zambie était d'habitude un pays sûr pour les médias. Même après les élections de (2001), c'était un chouchou de la presse. Maintenant, les choses sont en train de changer", a déclaré Jude Mathurine, un porte-parole de la section du MISA à Johannesburg, cette semaine à IPS.

Alors que Clarke a pu jouer au cache-cache avec la police, ses collègues au Zimbabwe voisin n'avaient pas eu une telle chance.

Iden Wetherell, qui a eu plusieurs prises de bec avec le gouvernement du président Robert Mugabe, a été emprisonné durant le week-end à Harare, en même temps que deux journalistes de l'hebdomadaire privé "Independent".

Wetherell, qui édite le 'Independent', a essuyé des critiques pour avoir publié un article qui alléguait que Mugabe avait réquisitionné un avion de Air Zimbabwe pour ses récentes vacances en Extrême-Orient – abandonnant les passagers en attente.

Les trois journalistes, qui ont été libérés après le payement d'une caution de 25 dollars US chacun, comparaîtront devant le tribunal le 29 janvier.

Selon Mathurine, le Zimbabwe s'était lancé dans une campagne vicieuse "pour étouffer ce que le public veut savoir".

"Nos dirigeants politiques dûment élus en Afrique se considèrent (comme étant) au-dessus des critiques", a-t-il ajouté. "Cela signifie qu'on ne peut ni critiquer ni se moquer de ces individus, pour mettre en évidence les forces et les faiblesses de leurs politiques".

L'Association des correspondants étrangers basée à Johannesburg s'est jointe au MISA pour exprimer son inquiétude par rapport à la situation au Zimbabwe, notamment "la loi draconienne sur l'accès à l'information et la protection de la vie privée sous laquelle plusieurs journalistes zimbabwéens et étrangers ont été inculpés depuis 2002".

Le Kenya a également inauguré 2004 en renforçant les contrôles sur les médias.

Le 10 janvier, la police a fait une descente sur des kiosques à journaux dans des villes à travers le pays, confiscant des milliers d'exemplaires de journaux qui ont été publiés par la soi-disant presse alternative.

Le ministre de l'Information, Raphael Tuju, qui a précédemment accusé ces journaux de refuser de respecter la loi, a dit que l'opération visait à se débarrasser des publications illégales. Toutefois, des critiques du gouvernement affirment que les confiscations avaient plus à voir avec le fait que les journaux publiaient des articles peu flatteurs sur l'administration.

Selon un rapport 2003 de "Reporters sans frontière" (RSF) – une institution de contrôle des médias basée à Paris – environ 180 journalistes étaient détenus en Afrique durant 2002. Les statistiques de 2003 n'ont pas encore été compilées. RSF a également noté que plus de 80 organes de presse étaient censurés en Afrique durant 2002. "Il est toujours difficile de travailler librement et en sécurité comme journaliste en Afrique sub-saharienne", a indiqué RSF, ajoutant que la Corne de l'Afrique s'était révélée être la pire région pour des journalistes.

La presse indépendante a cessé d'exister en Erythrée, par exemple. Les autorités ont interdit les publications privées en septembre 2001, après que certaines d'entre elles ont commencé par exprimer des inquiétudes sur l'état de la démocratie en Erythrée.

La police a également arrêté des journalistes. Avec près de 18 journalistes en détention à la fin de 2002, l'Erythrée est classée aux côtés du Népal comme le plus grand geôlier des praticiens des médias au monde, à l'heure actuelle.

En septembre 2003, la Commission pour la protection des journalistes (CPJ), basée à New York, qui a surnommé l'Erythrée l'un des "10 pires endroits pour être journaliste", a demandé la libération de 17 journalistes qui, selon elle, étaient encore en prison.

La situation est un peu meilleure en Ethiopie voisine, tandis que l'insécurité généralisée et l'absence d'un gouvernement central en Somalie ont fait de cet Etat un endroit difficile pour un reportage de presse. Par ailleurs, la presse d'opposition jouit très peu de liberté à Djibouti.

L'Afrique du Sud, le Bénin, le Botswana, le Cap Vert, le Mali et l'Ile Maurice font partie des quelques lueurs d'espoir pour la liberté de la presse en Afrique.

RSF a mis en exergue le fait que certains de ces pays "font partie des nations les plus pauvres au monde", estimant que ceci remet en cause la théorie selon laquelle la liberté de la presse est un luxe réservé aux Etats riches.

La CPJ, pour sa part, a demandé à l'Union africaine de prendre les devants pour assurer la libre expression en Afrique. "En garantissant la liberté d'expression et la liberté de la presse, l'Union africaine peut aider à assurer la démocratie et la stabilité à travers le continent", a écrit Ann Cooper, directrice exécutive de la CPJ, à l'institution panafricaine en juillet 2003.