KINSHASA, 15 jan (IPS) – L'Afrique du Sud promet d'investir 10 milliards de dollars en République démocratique du Congo (RDC) sur une période de 30 ans, pour renforcer la coopération économique entre les deux pays.
C'est l'information essentielle que les Congolais ont retenue de la visite d'Etat de deux jours du président sud-africain Thabo Mbeki à Kinshasa, la capitale de la RDC. Un accord d'Etat à Etat a été signé à cet égard le 14 janvier par le président Mbeki et son homologue et hôte congolais, Joseph Kabila. Aujourd'hui, en plus de l'aide d'Etat à Etat que propose l'Afrique du Sud, les hommes d'affaires sud-africains, venus dans la suite présidentielle, se sont dits prêts à investir immédiatement 8 milliards de dollars en RDC. Ils se sont déclarés particulièrement intéressés par les secteurs des transports publics, de l'agriculture et des mines.
"Nous voulons encourager les entreprises sud-africaines à venir travailler au Congo afin qu'elles participent à la création d'emplois", a déclaré Alec Erwin, ministre sud-africain du Commerce et de l'Industrie. "Nous leur fournirons une assistance pour leur permettre d'acheter des produits agricoles et miniers". De son côté, la RDC compte exporter son électricité à partir du barrage hydroélectrique d'Inga dont les capacités énergétiques sont créditées de pouvoir approvisionner presque tout le continent africain. Des discussions sont également en cours pour l'exportation de l'eau du fleuve Congo vers l'Afrique du Sud.
Mbeki a quitté Kinshasa le 14 janvier, à l'issue de son séjour de 48 heures au cours duquel il a pu rencontrer et s'entretenir avec tout le microcosme politique congolais. L'importance de la délégation sud-africaine présageait de la détermination de Pretoria à marquer son passage en RDC. Six ministres importants, accompagnés d'une soixantaine d'hommes d'affaires, tous secteurs confondus, ont réussi à remonter le moral des opérateurs économiques congolais qui, selon leurs dires, peuvent reprendre goût aux affaires. "Le Congo est un partenaire important dans le cadre du NEPAD (Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique) et l'Afrique ne peut pas ne pas compter avec lui", a déclaré Mbeki, en guise de message d'espoir au peuple congolais en reprenant son avion pour l'Afrique du Sud. Les Congolais se souviendront longtemps de cette visite et des paroles prononcées par le chef de l'Etat sud-africain tant leur pertinence a heurté plus d'une conscience. "Sur base de solidarité nationale et internationale, la RDC doit devenir la renaissance de la victoire africaine. S'il n'y a pas de renouveau au Congo, il n'y aura pas de victoire africaine", a-t-il souligné devant les deux Chambres du parlement réunies. Mbeki a mis les acteurs politiques congolais devant leurs responsabilités au cours de cette période transitoire en leur demandant de ne pas rater l'occasion présente de sauver leur pays du marasme économique. Certains députés étaient visiblement bouleversés. "Je crois que c'est très important ce que nous a dit le chef de l'Etat sud-africain", estime le sénateur Edouard Mokolo. "Les Congolais ont besoin qu'on leur tienne un langage aussi cru. Thabo Mbeki déplore, en fait, le retard que le Congo fait subir à tous les efforts entrepris à travers le continent pour le soustraire du sous-développement. Le Congo reste, en effet, le ventre mou de l'Afrique". Les hommes politiques congolais se souviennent bien du président Mbeki et de certaines de ses accès de colère quand les négociations politiques de Sun City avaient tendance à marquer le pas. Mbeki passe pour le parrain du processus de paix en RDC pour avoir accepté d'abriter les négociations de paix et de prendre en charge la logistique en dépit de la grogne des contribuables sud-africains. C'est un peu à ce titre qu'il pouvait se permettre de parler aussi durement aux parlementaires congolais qui, malgré tout, ne lui ont pas tenu rigueur. "Je me rends compte que nous-mêmes, nous n'aimons pas beaucoup notre pays", a déclaré, pour sa part, Florentine Kyala, députée au parlement.
"Nous ne connaissons pas notre histoire et ce sont malheureusement les visiteurs qui doivent nous apprendre ce que nous sommes en réalité et valons en Afrique. J'ai été frappée par les propos du président Thabo Mbeki quand il dit que le Congo est devenu le phare de l'histoire, source de la renaissance africaine", a-t-elle ajouté.
Les perspectives s'avèrent donc assez bonnes pour une économie congolaise encore chancelante qui, en ce début de 2004, se voit, d'un peu partout, proposer des bouées de sauvetage. Fin-décembre 2003, c'étaient déjà les bailleurs de fonds, réunis à Paris, qui octroyaient une aide de près de 4 milliards de dollars au Congo sur une période de trois ans. Mais pour le Congolais moyen, il faut encore voir se matérialiser toutes ces aides dans le panier de la ménagère et son assiette. "Les Américains ont détruit le pays en entretenant la guerre. Ils reviennent par l'Afrique du Sud pour vendre les produits de leurs industries", affirme Flory Mbala, un fonctionnaire résidant à Kinshasa, avant de se demander : "Quelle est la part réelle du Congolais?"

