CULTURE-BENIN: Un jeune festival de films ambitionne de concurrencer le FESPACO

OUIDAH, Bénin, 15 jan (IPS) – "Quintessence", festival international de films de Ouidah, petite ville du sud du Bénin, dont la deuxième édition vient de se tenir, ambitionne d'égaler, voire dépasser, le Festival panafricain de cinéma de Ouagadougou (FESPACO) vieux de 35 ans.

"Mon ambition, en initiant ce festival, c'est d'être le premier partout, d'où le nom de Quintessence qui signifie qualité pure, le principal, le meilleur. Nous, nous sommes jeunes, et nous n'hésiterons pas à prendre des risques", explique le cinéaste béninois Jean Odoutan, initiateur du festival. Après sa première édition en 2003, la deuxième édition du festival Quintessence s'est déroulée du 8 au 13 janvier avec au programme des films de fiction, des documentaires, des ateliers d'écriture de scénario et de réalisation de musique de film, des conférences-débats et des projections en plein air. Pour cette deuxième édition, le festival a enregistré des films d'auteurs très connus et vus dans le monde entier comme "Le fabuleux destin d'Amélie Poulain" du Français Jean-Pierre Jeunet, "Mister V" de la Française Emilie Deleuze, Prix du meilleur réalisateur au festival de Saint Jean de Luz et Prix du meilleur premier film au festival du Caire, "Intervention divine" du Palestinien Elia Suleiman, "Me Thao, il fut un temps" du Vietnamien Viet Linh, "Rachida" de la Française Yasmina Bachir-Chouikh, etc. Festival africain fait par des Africains, Quintessence 2004 a surtout projeté des films d'auteurs africains comme "Heremakono, en attendant le bonheur" du Mauritanien Abderrahmane Sissoko, "Madame Brouette" du Sénégalais Moussa Sène Abssa, "Nha Fala" de la Capverdienne Flora Gomez, "Le mariage d'Alex" du Camerounais Jean-Marie Téno, "Voyage à Ouaga" du Congolais Camille Mouyéké, "La colère des dieux" du Burkinabè Idrissa Ouédraogo. Quintessence 2004 a notamment permis de voir et revoir hors compétition les films de Jean Odoutan, "La valse des gros derrières", en avant-première au Bénin, "Barbecue Pejo" et "Mama Aloko". Au niveau des films documentaires, le festival a enregistré la diffusion du documentaire "Si-Guériki, la reine-mère", du Béninois Idrissou Mora-Kpaï, déjà primé au FESPACO 2002 et primé à nouveau à Quintessence 2004. Ce film a obtenu le "Python Papou", le prix du meilleur film documentaire. "C'est un film extrêmement bien fait qui met en exergue tous les petits détails de la culture africaine", commente Akala Akambi, président du jury du prix documentaire. Quintessence a adopté le nom de Python pour désigner les trophées qui y sont attribués parce que le python, à Ouidah, est un serpent sacré et protégé, qu'il est interdit de tuer ou de manger au risque de s'attirer des malédictions. Le grand prix du festival, le Python Royal, a été attribué à "Intervention divine", long métrage palestinien, sorti en 2001, qui raconte les amours interdites entre un Palestinien qui vit à Jérusalem et une Palestinienne de Ramallah. Du fait de la situation politique de la Palestine, la liberté de mouvement de la femme s'arrête au poste de contrôle militaire israélien qu'il est interdit aux amants de franchir. Ils ne peuvent donc trouver un peu d'intimité que dans un parking désert, juste à côté du check point israélien. Le Python Pygmée, prix du court métrage, est allé à "Source d'histoire" du Burkinabè Adama Roamba. C'est l'histoire amusante de trois copains de douze ans Sydi, Moktar et Mouka qui vivent dans un petit village. Sydi tombe amoureux d'une fille du village, Mimi. Moktar s'érige en maire et unit le couple lors d'une escapade en forêt. Le Python à tête noire, prix du meilleur scénario, est attribué à "Nha Fala" de la Capverdienne Flora Gomez. Quintessence 2004 a été l'occasion, pour les organisateurs, de poser la première pierre de la cinémathèque de Ouidah après avoir créé en 2003 l'Institut cinématographique de Ouidah (ICO), une école qui formera en trois ans des réalisateurs, des scénaristes, des cadreurs, des preneurs de son, etc. "Cette deuxième édition de Quintessence a largement dépassé mes espérances", commente Laura Koeppel, projectionniste française venue exprès de Paris pour apporter ses connaissances techniques à l'organisation du festival. "Par sa qualité et son sérieux, Quintessence a acquis de la crédibilité. Il lui faut maintenant grandir". Il lui manque certainement des moyens techniques et financiers; il y a un certain nombre d'ajustements à faire, un regard critique à porter sur certains détails de l'organisation, mais dans l'ensemble, c'est un festival qui a déjà une ambition démesurée pour le futur, souligne Koeppel. "Il y a plus de dix ans que je fais des projections dans des salles à Paris, mais je crois que celles que j'ai faites ici sont les meilleures", affirme-t-elle. Pour Aristide Agondanou, artiste musicien béninois, "Cette deuxième édition de Quintessence est une fête réussie. J'ai rencontré ici à Ouidah des touristes qui sont venus du Togo et du Sénégal, juste pour participer au festival". "Il y a eu au festival autant de visiteurs venus d'ailleurs que de Ouidah même", estime Jeanette Zoundokpé, hôtesse d'accueil du festival. "J'ai vu beaucoup de Blancs et de gens venus de Cotonou". Une grande déception tout de même, le festival international de films de Ouidah a souffert de l'absence des auteurs des films projetés, le budget du festival n'ayant pas permis de les inviter. Quintessence Festival a pris fin, laissant la place à Quintessence Itinérant qui, grâce à ses camions de projection, va sillonner tout le Bénin pendant le reste de l'année pour monter aux populations des villes et villages de ce pays d'Afrique de l'ouest, des films qu'elles n'auront jamais la chance de voir si elles ne sortent pas de leurs localités. "Quintessence 2004 n'est encore rien, il y aura mieux en 2005", promet Odoutan, nommé délégué général du festival.