ENVIRONNEMENT-BURUNDI: Gustave, le grand crocodile ne mangerait que deshumains

BUJUMBURA, 13 jan (IPS) – Le nom de Gustave évoque dans la tête des Burundais un crocodile assoiffé de sang humain, notamment dans la région du delta du fleuve Rusizi comme dans la capitale Bujumbura.

Ce monstre, de plus d'une tonne et de plus de six mètres de long, est devenu le roitelet de la Rusizi. Il fait trembler les baigneurs des plages du lac Tanganyika. Gustave sème la terreur dans le village de Gatumba et aux alentours du cercle nautique, au bord du lac Tanganyika. "Gustave fait certainement six à sept mètres et son poids avoisine une tonne", affirme Saidi Juma, chef du comité des pêcheurs basés à Kajaga, une localité proche des plages. "La première fois que j'ai vu Gustave tout près de moi, j'ai eu l'impression de me retrouver dans la période de la préhistoire et de voir un dinosaure devant mes yeux". "Beaucoup de gens connaissent Gustave parce ce que c'est un crocodile qui traîne ici depuis pratiquement pas moins d'une centaine d'années. Tout le monde le voit, le connaît. Moi, je suis un tout petit peu le premier à l'avoir identifié complètement et baptisé Gustave", affirme Patrice Faye, un Français qui vit au Burundi depuis environ 25 années et amoureux de la nature. Selon Faye, "les crocodiles ont un métabolisme différent des humains. Ce sont des animaux à sang froid, ils vivent au ralenti et peuvent vivre beaucoup plus longtemps. Ils savent aussi bloquer le processus de vieillissement comme des tortues".

Interrogé par IPS sur l'origine du nom Gustave, Faye a répondu que c'était un nom qu'on avait donné par hasard, indiquant que l'on avait identifié deux crocodiles dont on était sûr de leurs déplacements. "Au lieu de dire le grand et le petit crocodile, l'un a pris le nom de Gustave et l'autre a été appelé Gatumba parce qu'il ne quittait jamais cette localité", explique-t-il. D'autres amis du lac Tanganyika comme Célestin Bigirimana, scaphandrier professionnel, donne une autre origine du nom Gustave : "Le crocodile Gustave a été ainsi baptisé pour avoir dévoré un enfant du nom de Gustave, mais je ne me souviens plus de l'année".

Gustave a vraisemblablement dévoré plusieurs dizaines de personnes, mais le bilan reste difficile à établir comme l'affirme Faye : "Je pense que c'est beaucoup plus qu'on pourrait l'imaginer car Gustave est un mangeur d'hommes depuis presque 20 ans quand on se souvient des disparitions par-ci par-là..

On peut compter dans tous les cas plus de 100 personnes tuées, en majorité des enfants". Cependant, Donatien Nzokira, ingénieur agronome et président de l'association Coalition pour l'environnement et le développement intégré (CEDI), croit que des gens exagèrent en mettant sur le compte de Gustave toute disparition de personnes sur le long du lac Tanganyika. "Il y a des personnes qui disparaissent parce qu'elles ne savent pas nager et des rumeurs circulent que c'est Gustave qui en est l'auteur". Dieudonné Masumbuko, un autre scaphandrier professionnel qui a 30 ans de métier, explique par contre qu'il n'a jamais vu Gustave : "Il vit en clandestinité, il est aussi très intelligent. Il profite des erreurs techniques (des nageurs) au début de la plongée car le crocodile ne peut pas supporter le courant d'eau entre 50 et 60 mètres de profondeur". De son côté, Félix Nicayenzi, qui travaillait dans un projet sur la biodiversité du lac Tanganyika (1998-2002), estime également qu'il existe plusieurs crocodiles dangereux dans le lac : "En plongeant dans le lac tout près de Minago (42 km au sud de Bujumbura), nous avons rencontré un grand crocodile. Heureusement qu'il était dans le sens contraire de notre plongée, sinon nous allions y laisser notre peau". Comme Nicayenzi, d'autres personnes affirment que Gustave n'est pas le seul crocodile qui se nourrit de la chair humaine dans le lac Tanganyika. Le scaphandrier Bigirimana a expliqué à IPS : "Je ne sais pas si c'est le même crocodile appelé Gustave qui fait des ravages et des migrations dans le lac Tanganyika. J'ai personnellement vu une dizaine d'autres crocodiles aussi bien au sud qu'au nord du lac Tanganyika". Contrairement aux petits crocodiles qui causent de dégâts à l'environnement en se nourrissant de petits escargots et en s'attaquant souvent aux poissons, Gustave en favorise la multiplication parce qu'il est trop vieux pour faire de grands déplacements ou pour chasser des poissons, explique Faye.

Les autorités sont partagées sur des mesures à prendre au sujet de Gustave.

Certaines personnes pensent qu'il faut le capturer pour le protéger, d'autres préfèrent l'éliminer parce qu'il se nourrit essentiellement de la chair humaine.

De nombreuses personnes ont tenté de poursuivre Gustave pour le capturer.

Des pièges lui ont été tendus, mais chaque fois, il passait à côté et narguait ses ennemis qui, quelquefois, subissaient souvent les conséquences de ses dégâts. Le crocodile Gustave a également échappé à toute une série de braconnages, d'où il est devenu un animal phénoménal, selon Faye. Faye indique que "Gustave a été blessé plusieurs fois, il a des blessures partout comme le dévoile le film 'Monstre du lac' montré au public au Centre culturel français de Bujumbura le 4 janvier 2004". Beaucoup de gens se déplacent pour voir le film consacré au crocodile. Paul Ragot, qui venait de regarder le film, a affirmé que "l'histoire de Gustave n'est pas une légende, c'est un vrai crocodile et quand il ouvre sa bouche, il peut facilement avaler une autre bête de la taille d'une vache".