POLITIQUE-SOUDAN: Le partage des richesses pétrolières facilite une paixdurable

NAIROBI, 9 jan (IPS) – Un événement historique s'est produit cette semaine lorsque le gouvernement soudanais et l'Armée populaire de libération du Soudan (SPLA) ont signé un accord sur la question épineuse de comment partager la richesse du pays.

Aux termes de l'accord, parafé le 7 janvier à Naivasha, dans le sud du Kenya, les revenus pétroliers seront partagés en deux entre le gouvernement et les rebelles sudistes du SPLA. Les fonds provenant d'autres sources seront divisées en part égales entre les deux.

Des délégués chantaient et hurlaient au moment où le représentant du gouvernement, Idris Mohammed Abdel Gadir, et celui de la SPLA, Nhial Deng Nhial, ont signé le document de 24 pages.

Le chef rebelle John Garang et le vice-président du Soudan, Ali Osman Taha, ont également échangé des copies du document, sous d'autres applaudissements de ceux qui étaient présents.

"C'est un exploit considérable qui nous rapprochera d'une paix juste et durable à laquelle nous parviendrons le plus tôt possible, au moins d'ici à la fin de ce mois", a déclaré Garang au groupe d'observateurs internationaux et régionaux qui ont assisté à la cérémonie.

"Le processus de paix soudanais est vraiment irréversible maintenant, et les situations interne et internationale sont favorables à une paix juste et durable", a-t-il ajouté.

Pour Taha, la signature de l'accord signifiait "la fin d'un long épisode de guerre et de conflit dans (le) pays". Il a ajouté : "Nous désirons continuer ce processus sans nous soucier d'autres obstacles à venir".

Au nombre de ces obstacles, figure la question non résolue de qui devrait contrôler trois zones disputées : les Etats centraux d'Abyei, le Nil Bleu du sud et des Monts Nuba. Aussi bien le gouvernement que les rebelles revendiquent ces régions.

"Nous discuterons de ces questions épineuses et nous parviendrons à un accord sur ces domaines bientôt", a indiqué Garang aux journalistes.

La dernière série de discussions de paix soudanaises a commencé en juin 2002, à Machakos, une ville du sud du Kenya, – et a abouti à la signature du Protocole de Machakos un mois plus tard.

Cet accord prévoit une période transitoire de six ans au Soudan après la signature d'un accord de paix final. Durant la période intérimaire, une administration autonome gouvernera le sud du Soudan. Les populations dans le sud seront autorisées à aller aux urnes pour se prononcer sur l'indépendance vis-à-vis du nord lorsque la transition prendra fin.

Le protocole stipule également que la loi islamique ou la charia ne s'appliquera que dans le nord musulman du pays. Les banques de la charia, qui n'autorisent pas le prélèvement d'intérêt, continueront dans le nord, alors que les transactions financières de type occidental seront autorisées dans le sud. Une nouvelle monnaie nationale sera créée.

Les délégués avaient fait un pas supplémentaire vers une paix durable en septembre 2003 lorsqu'ils avaient accepté d'intégrer les troupes gouvernementales et rebelles dans une armée forte de 12.000 hommes.

L'accord de septembre verra également des forces conjointes des deux parties déployées à Abyei, dans le Nil Bleu du sud et les Monts Nuba.

Alors que la signature de l'accord sur la richesse est une bonne nouvelle, le politologue Mitch Odero estime que des mécanismes doivent être mis en place pour éviter le détournement des fonds du pétrole. Plusieurs autres pays africains, dont l'Angola et le Nigeria, ont montré que des réserves pétrolières en abondance ne constituent pas nécessairement un passeport pour sortir un pays de la pauvreté.

S'entretenant avec IPS, Garang a déclaré : "Les bons mécanismes seront mis en place. Nous ne pouvons pas lutter dans le maquis pendant 20 ans pour simplement laisser la corruption régner dans nos systèmes".

"Nous devons faire cela afin que ce qui est arrivé à d'autres pays dans une situation similaire ne nous arrive pas", a-t-il ajouté. Le gouvernement souligne que ces mécanismes incluront la création d'une commission sur le pétrole. Aussi bien Khartoum que la SPLA seront représentées dans cette institution qui sera rigoureusement auditée.

"L'accord sur le partage des richesses donne le pouvoir à l'auditeur général de s'assurer de la transparence et de la clarté", a indiqué à IPS le porte-parole du gouvernement, Sayed el-Khatib.

Alors que la plupart des ressortissants soudanais présents à la signature étaient ravis de l'accord, les sentiments de joie n'étaient pas unanimes.

"Je m'attendais à ce que la SPLA, qui représente le sud du soudan, ait un plus grand pourcentage des revenus pétroliers puisque la région a plusieurs puits de pétrole. L'arrangement 50/50 ne me satisfait pas", a déclaré Aguil De'chut Dent, une activiste de la paix.

Le pétrole représente plus de 40 pour cent des revenues gouvernementaux, bien que la plupart des puits de pétrole du Soudan soit dans le sud. Le pays produit environ 250.000 barils de pétrole par jour.

L'Autorité intergouvernementale sur le développement (IGAD), un organisme régional, a joué un rôle crucial pour conduire à l'accord de cette semaine.

La Grande-Bretagne, la Norvège et l'Italie ont également supervisé les pourparlers, et les Etats-Unis ont joint leurs voix aux appels en faveur de la paix lorsque le secrétaire d'Etat Colin Powell a visité le Kenya en octobre dernier. Il a exhorté les parties belligérantes à conclure un accord définitif à la fin de 2003.

La guerre civile du Soudan longue de 20 années a été alimentée par l'animosité entre le nord islamique et le sud chrétien et animiste. Le conflit a fait plus de deux millions de morts, et déplacé quatre autres millions.