SANTE-SENEGAL: Environ 15.000 femmes risquent de mourir en couches avant 2007

DAKAR, 5 jan (IPS) – Avec seulement 75 gynécologues, dont 33 exerçant dans le secteur public, le Sénégal risque d'enregistrer le décès de 15.000 femmes entre 2001 et 2007, pendant leur grossesse, leur accouchement ou les 42 jours suivant le terme de leur grossesse.

Ces estimations sont contenues dans une étude du programme informatique appelé REDUCE destiné à appuyer le développement de la politique et le plaidoyer en matière de maternité à moindre risque dans les pays en développement. L'étude a été réalisée en 2003 pour l'Association sénégalaise des gynécologues obstétriciens (ASGO).

Toujours selon cette étude, si rien n'est fait, 30.000 femmes sénégalaises sont également menacées de stérilité, et 303.000 autres pourront souffrir de diverses invalidités – incapacité d'allaiter, anémie, douleurs pelviennes, cancers gynécologiques et mammaires notamment.

De même, 51.840 enfants risquent de mourir dans les sept années à venir des suites d'une insuffisance pondérale due à un mauvais état de santé de la mère.

Elaboré avec l'appui de l'Agence américaine pour le développement international (USAID), le programme REDUCE vise à sensibiliser les populations et les autorités politiques sur les dangers de la mortalité maternelle. REDUCE a également pour objectif de montrer comment des investissements effectués à temps, dans la maternité à moindre risque, peuvent contribuer à lutter contre la pauvreté dans un pays.

L'ASGO, qui a tenu récemment son quatrième congrès annuel à Dakar, la capitale sénégalaise, entend ainsi mener une guerre sans merci à ce fléau des temps modernes qui menace les femmes et les enfants. L'ASGO initie, depuis quelques mois, des tournées dans les districts sanitaires de l'intérieur du pays pour sensibiliser les femmes et le personnel médical sur les dangers des maternités à risques.

Plusieurs organisations non gouvernementales (ONG) féminines, telles que le Réseau Siggil jiggen (qui signifie en wolof : contribuer à l'éveil de la femme), ont engagé des campagnes d'information et de sensibilisation auprès des femmes pour les amener à mieux prendre en compte leur santé de reproduction.

De son côté, le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) organise régulièrement des missions dans des zones rurales pour inciter les femmes à abandonner les mariages précoces et l'excision, deux pratiques traditionnelles qui sont à l'origine des décès lors des accouchements. Ces actions sont souvent menées au cours de séminaires ou d'autres manifestations publiques.

La mortalité maternelle fait des ravages très sérieux au Sénégal. Selon le rapport national sur le développement humain 2002 du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), 950 femmes – sur 100.000 naissances vivantes – meurent en couches en zone rurale contre 450 en zone urbaine. Le taux national était de 510 décès pour 100.000 naissances vivantes en 1993. En Afrique de l'ouest, la moyenne de la mortalité maternelle est de 1.000 décès pour 100.000 naissances vivantes.

"Cette situation, qui est moralement et humainement inacceptable, interpelle la société entière et mérite qu'une attention plus soutenue soit accordée aux causes de la mortalité maternelle", estime Dr Rose Wardini Hachem, présidente de l'ASGO, une association créée depuis 1988. Selon Dr Hachem, la réduction du taux de mortalité maternelle au Sénégal devra impliquer plus de moyens et de ressources humaines. Elle a invité, à cet égard, le ministère sénégalais de la Santé et de la Prévention à accorder un intérêt plus soutenu à la santé des femmes et des enfants.

Conscient de l'ampleur de ce phénomène de santé publique, le représentant résident de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) à Dakar, Dr Matchoc Yankalbé, a exprimé sa détermination à mobiliser tous les moyens nécessaires en vue d'apporter une contribution significative à la lutte contre la mortalité maternelle.

Selon le concepteur de REDUCE, Thierno Dieng, "l'investissement à apporter à la lutte contre la maternité maternelle devra s'accompagner d'une modification de l'environnement juridique". A cet effet, Dieng demande, par exemple, que l'interruption volontaire de grossesse, en cas de viol, soit légalisée.

Le professeur Jean Charles Moreau, président du Réseau sénégalais pour la prévention de la mortalité maternelle (RSPMM), œuvrant pour la prévention des décès maternels au Sénégal, plaide pour une décentralisation des soins obstétricaux d'urgence dans les coins les plus reculés du pays, afin de mieux épargner les femmes à terme, des déplacements difficiles et risqués.

Selon Dr Moreau, l'inaccessibilité de certaines structures sanitaires, notamment dans certaines régions enclavées du pays, constitue un sérieux facteur handicapant pour la promotion de la santé maternelle.

Qualifiant ce fléau de "drame silencieux" qui continue de faire de nombreuses victimes parmi les femmes sénégalaises, la présidente du Réseau Siggil jiggen, Marietou Diop, insiste, pour sa part, sur l'amélioration du statut de la femme. Selon elle, l'analphabétisme fait que la plupart des Sénégalaises négligent, par exemple, les visites prénatales et post-natales. D'autres causes liées aux mariages précoces, à l'excision, aux accouchements rapprochés, etc., constituent également, selon Diop, des facteurs pouvant favoriser la flambée de la mortalité maternelle.

Face à ce fléau, le ministère de la Santé et de la Prévention a lancé récemment une coalition nationale contre la mortalité maternelle et infantile. Ainsi, la promotion de la santé de la reproduction est désormais inscrite au rang de priorité parmi les stratégies retenues pour réduire la morbidité et la mortalité maternelle et infantile au Sénégal.

Hormis les conséquences sanitaires qu'elles posent, la mortalité maternelle influe également et grandement sur l'économie nationale. Selon le programme REDUCE, des pertes de productivité, estimées à plus de 27,4 millions de dollars US, pourraient être enregistrées durant la même période (2001-2007) au Sénégal. A cela, pourraient s'ajouter des pertes occasionnées aux invalidités maternelles estimées à 209,1 millions de dollars US.