SANTE-ZIMBABWE: Des hôpitaux refoulent des malades pendant que la grève commence par se faire sentir

HARARE, 15 déc (IPS) – La grève des médecins et infirmiers au Zimbabwe est en train de paralyser le secteur de la santé publique au Zimbabwe à un moment où les pauvres n'ont pas les moyens de faire face aux frais élevés que font payer les hôpitaux privés.

Monica Ngwere, une malade asthmatique de Shurugwi, dans le centre du Zimbabwe, a été, il y a quelques jours, refoulée du Centre hospitalier Parirenyatwa dans la capitale, Harare.

"Ils ont dit que je devais revenir après la grève. Mais personne ne m'a dit quand ce serait. J'étais venue voir les spécialistes. Les infirmiers de notre centre de santé ont dit que je devais être mise sous un médicament autre que celui que je prends actuellement", a-t-elle dit au cours d'un entretien, alors qu'elle attendait le bus qui allait la ramener chez elle.

D'autres malades à Harare et la ville commerciale de Bulawayo partagent son dilemme. Les hôpitaux publics dans les deux villes auraient fermé certains de leurs pavillons et n'admettent plus de malades à cause du mouvement de grève.

Rumbidzai Mutero, une habitante d'Harare, a dit la semaine dernière qu'elle avait été témoin d'un aspect désagréable de la grève. "Nous sommes montés à bord d'un kombi (un bus de banlieue) avec une vieille femme accompagnant sa fille à l'hôpital central de Harare. Elles avaient un bébé prématuré que portait la vieille femme".

Ce qui a choqué Mutero sur le chemin de retour de l'hôpital était que toutes les deux avaient toujours le bébé, enveloppé maintenant dans un pagne comme un paquet.

Elle a dit qu'elle avait vu les papiers médicaux de la jeune fille sur lesquels était écrit "contraction de l'utérus normale, respiration revenue à la normale et enfant amené mort avec un poids de 1,8 kg".

Mutero a dit que c'était évident que la vieille femme, avec le corps (du bébé) attaché au dos, et sa fille angoissée avaient été refoulées sans avoir reçu de l'aide.

Le gouvernement de Robert Mugabe a ordonné l'arrestation des médecins grévistes et de leurs leaders syndicaux. Au moins 12 d'entre eux avaient démissionné en signe de protestation contre une décision de justice déclarant leur grève illégale.

Près de 20 médecins avaient été arrêtés et accusés conformément à une section de la loi sur les relations de travail, qui interdit aux travailleurs du public de prendre part aux grèves.

Le ministre de la Santé publique, David Parirenyatwa, a condamné la grève et a exhorté les médecins à retourner au travail, sans leur donner des réponses satisfaisantes. Son ministère a même menacé de prendre des mesures contre les infirmiers en grève, s'ils ne se présentaient pas de nouveau au travail.

"Même si on est conscient que le personnel médical ne devrait pas abandonner les malades, il est injuste d'espérer que quelqu'un travaille pour des clopinettes au nom du patriotisme", a indiqué Maria Kanekora, une assistante sociale à Harare.

Selon elle, bien que le salaire exigé par les médecins en grève soit trop élevé, le gouvernement devrait compatir aux malheurs de ses travailleurs, face à la situation économique de plus en plus difficile dans le pays. Il peut au moins montrer de l'intérêt et négocier de bonne foi, au lieu d'essayer d'utiliser la force pour les faire taire, a-t-elle souligné.

"Les cris des médecins sont tombés dans des oreilles de sourds pendant une longue période. Ils ont été harcelés, menacés et en ont marre des fausses promesses comme des enfants. Il est grand temps que cette question soit réglée une fois pour toutes, si on veut que le secteur de la santé commence par fonctionner de nouveau normalement", a déclaré Kanekora.

De jeunes médecins et des médecins de niveau intermédiaire sont en grève depuis octobre, pour la quatrième fois cette année, pour exiger de meilleurs salaires et conditions de travail. Ils veulent un salaire mensuel de 30 millions de dollars zimbabwéen, qui est l'équivalent de 6.000 dollars US sur le marché parallèle prospère et environ 37.500 dollars au taux de change officiel.

Des sources au sein du secteur sanitaire disent que les médecins cubains travaillant au Zimbabwe gagnent 6.000 dollars US par mois, et leurs collègues veulent une rémunération similaire parce qu'ils font le même travail. Selon le ministre Parirenyatwa, le gouvernement ne peut pas payer de tels montants. Les médecins grévistes disent que leur salaire net n'est pas suffisant pour faire face à leurs besoins fondamentaux comme l'alimentation, le logement et le transport. Ceci arrive dans un pays où l'inflation, qui avoisine maintenant plus de 600 pour cent, devrait atteindre 700 pour cent au début de l'année prochaine.

Un porte-parole du Congrès des syndicats du Zimbabwe, Mlamleli Sibanda, aurait indiqué que son organisation s'attendait à une détérioration des conditions dans les hôpitaux, poussant plus de professionnels de la santé à démissionner à cause de l'oppression du gouvernement.

Pour Dr Phibion Manyanga, président de l'Association des médecins des hôpitaux du Zimbabwe, les médecins grévistes se rendent bien compte de la situation, et c'est en toute conscience qu'ils sont guidés par leur éthique professionnelle. "Mais tout le monde a une limite à ne dépasser", a-t-il affirmé.

Selon Manyanga, personne ne peut, sur le plan professionnel, songer au bien-être d'une autre personne si l'on ne peut pas s'en sortir soi-même.

Les licenciements et démissions du personnel médical ont laissé le Zimbabwe avec seulement 900 médecins au lieu des 2.200 nécessaires.

Les médecins grévistes se plaignent du salaire bas, travaillant de longues heures sans repos, de pénuries de savon, de serviettes de toilette, de gants, de films de radiographie, et autres équipements nécessaires quotidiennement dans les pavillons, salles d'opération et laboratoires.

Les graves pénuries de devises ont provoqué des insuffisances de l'équipement et de fournitures médicales dans les hôpitaux. Le Centre hospitalier Parirenyatwa à Harare, le plus grand dans le pays, manque d'ambulances.

"L'hôpital utilise de vieilles camionnettes et ambulances. Mais la plupart des véhicules sont garés à cause du manque de pièces de rechange et d'argent pour les entretenir ou les réparer", a déclaré un garde chargé de la sécurité, un ancien travailleur de l'institution.

Un rapport récent, financé par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), montre que le Zimbabwe a perdu près de 125.000 médecins, infirmiers et pharmaciens, qui ont quitté le pays pour des cieux plus cléments, afin d'échapper aux crises économiques, politiques et sociales déprimantes chez eux. Il y a deux ans, le 'British Medical Journal' a indiqué que le Zimbabwe était classé dernier sur les 191 pays que l'Organisation mondiale de la santé, l'OMS, avait passés en revue. Il a même eu des performances pires que celles de la République démocratique du Congo, le Lesotho, le Malawi, le Swaziland et la Zambie qui tirent le diable par la queue.

L'étude de l'OMS souligne que le système zimbabwéen de fourniture de santé publique était autrefois un exemple pour l'Afrique, mais il saigne actuellement à cause de plusieurs années de négligence et de financement inadéquat du gouvernement.