COTONOU, 15 déc (IPS) – Cinq pays ouest-africains viennent de créer un corridor appelé Abidjan-Lagos pour tenter de lutter plus efficacement contre les infections sexuellement transmissibles (IST) et le VIH/SIDA.
Les cinq pays sont la Côte d'Ivoire, le Ghana, le Togo, le Bénin et le Nigeria.
Environ 30 millions personnes, dont 14 millions de transporteurs, commerçants et professionnelles du sexe, circulent chaque année sur l'axe routier Abidjan-Lagos avec très peu ou pas du tout d'accès aux prestations des services de lutte contre les IST et le VIH/SIDA, d'où la naissance du projet Corridor. Le "projet de prévention et de prise en charge des IST-VIH/SIDA le long du corridor de migration Abidjan-Lagos" – appelé projet Corridor – est le premier projet régional de lutte contre les infections sexuellement transmissibles et le VIH/SIDA. Le projet Corridor est une "option de mise en commun des stratégies sanitaires ouest-africaines de lutte contre le VIH/SIDA", a déclaré Céline Kandissounon-Seignon, ministre béninoise de la Santé, à l'occasion du lancement officiel du projet le 11 décembre à Cotonou, au Bénin. Il est financé par le département transport de la Banque mondiale pour un montant de 16,6 millions de dollars US, soit environ 10 milliards de francs CFA non remboursables. Le projet a une durée de quatre ans. Le projet vise à "améliorer les services de prévention et de soins des IST et du VIH/SIDA le long du corridor de migration Abidjan-Lagos et les rendre accessibles aux populations vulnérables, surtout les populations mobiles, les transporteurs, les commerçants, les professionnelles du sexe et les communautés résidentes du corridor", explique le secrétaire exécutif du projet, Dr Justin Coffi. Le projet envisage, selon Coffi, d'accroître l'accès des populations ciblées aux services de prévention du VIH/SIDA; l'accès aux services de traitement et de prise en charge; et d'assurer une meilleure coordination des actions de lutte contre le VIH/SIDA en renforçant les capacités de gestion des cadres et en élaborant de meilleures politiques de lutte contre le VIH/SIDA. Sur le terrain, le projet prévoit de construire, rénover ou d'équiper des centres de santé dans huit villes transfrontalières le long de ce corridor de 825 kilomètres : Noe et Elubo (à la frontière Côte d'Ivoire-Ghana); Aflao et Kodjaviakope (frontière Ghana-Togo); Anèho et Hillacondji (frontière Togo-Bénin); puis Sèmé et Kraké-Plage (frontière Bénin-Nigeria). "Le but du projet est de rendre les services disponibles tout le long du corridor : sensibilisation contre le VIH/SIDA, distribution de préservatifs, de médicaments, mise à disposition de sang bien testé, prise en charge des personnes vivant avec le VIH et des malades", précise Coffi. "Le SIDA n'est plus seulement un problème de santé, il est devenu un problème de développement, voire de sécurité", souligne Coffi. Les statistiques actuelles font état d'un taux de prévalence de 10,8 pour cent en Côte d'Ivoire, 3,6 pour cent au Ghana, 6 pour cent au Togo, 4 pour cent au Bénin et 5,1 pour cent au Nigeria. "Ce projet constitue une valeur ajoutée à nos politiques de lutte contre le SIDA. Engagés dans la lutte, nous le sommes tous, condamnés au succès, nous le sommes davantage", déclare Mariétou N'Diaye, ministre ivoirienne de la Lutte contre le SIDA. Dans le milieu des transporteurs, principaux acteurs visés par le projet, l'idée suscite un enthousiasme mêlé à quelques réserves. "Ce projet est le bienvenu selon moi parce que nous les transporteurs, nous cherchons trop de femmes. Nous voulons coucher avec toutes les femmes que nous rencontrons. Ce comportement n'est pas bon avec le SIDA qui se développe aujourd'hui", reconnaît André Akpovi, transporteur routier, usager de la ligne Cotonou-Lomé. "Si on fait un projet de ce genre en faveur des transporteurs, c'est parce nous les transporteurs, c'est là où nous trouvons la femme que nous voulons tout de suite coucher avec elle. Nous changeons trop de femmes, ce qui n'est pas bien", reconnaît Kossi Sèwadé, transporteur routier sur la ligne Cotonou-Abidjan. "Il y a certains de mes camarades qui continuent de dire que le SIDA n'existe pas et qui couchent sans capote avec toutes les femmes qu'ils rencontrent", commence Rodrigue Cakpo, usager de la route Cotonou-Lagos.
"Je crois que si ce projet peut les aider à comprendre ce que c'est que le SIDA, ce serait bien parce qu'ils font trop de bêtises", estime-t-il. Toutefois, indique Cakpo, "il faut que l'argent du projet soit utilisé pour des réalisations concrètes. Nous voulons toucher ce que les autorités vont faire avec l'argent. Nous voulons qu'ils construisent par exemple des hôpitaux au lieu de faire des choses que nous ne pouvons pas contrôler". "Nous savons ce qui se passe avec l'argent chez nous en Afrique, il ne faut pas que les gens détournent tout ce qui nous est destiné, voilà ce que nous demandons à nos autorités. Si c'est pour nous l'argent, qu'on nous le donne", réclame Akpovi. La Banque mondiale, principal bailleur du projet, accorde une importance capitale à la réussite de ce projet. "Il est extrêmement important que l'Afrique de l'ouest réussisse ce projet car le département transport de la Banque mondiale attend les résultats de l'expérience ouest-africaine pour lancer des projets similaires ailleurs en Afrique", confie Bariétou Gaye, la représentante de l'institution financière au Bénin.
La banque envisage notamment d'étendre l'expérience dans la région des Grands Lacs et de l'Afrique orientale, où un projet identique attend d'être lancé.

