ACCRA, 15 déc (IPS) – Des membres de la société civile de l'Afrique de l'ouest ont élaboré, à Accra, au Ghana, une charte sur la promotion d'un dialogue permanent entre elle et le secrétariat de la CEDEAO sur les questions cruciales concernant la sous-région et son avenir.
La charte sera soumise, cette semaine, aux ministres et ensuite aux chefs d'Etat des pays membres de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'ouest (CEDEAO). Le sommet annuel des dirigeants de la CEDEAO se réunira le 19 décembre à Accra, la capitale ghanéenne. Les chefs d'Etat se prononceront sur la charte de la société civile, élaborée au cours d'un forum. La charte met l'accent sur l'implication de la société civile dans les actions de la CEDEAO. Elle insiste également sur un partenariat étroit entre les gouvernements et tous les segments de la société civile, en particulier les femmes, les jeunes, la diaspora et le secteur privé.
Selon Brigitte Adjamagbo-Johnson de Wildaff-Afrique de l'ouest, une organisation non gouvernementale (ONG), c'est une initiative qui vise à accroître la participation de la société civile à l'action de la CEDEAO, plus précisément aux questions de paix et de sécurité humaine.
"Aujourd'hui, il est reconnu, sur le plan international, que la société civile a sa place dans l'action pour le développement", déclare-t-elle. Pour Ali Nouhoum Diallo, président du parlement de la CEDEAO, la "neutralité politique" des représentants de la société civile est un "atout important", notamment dans les situations politiques complexes.
"Il nous a été donné l'occasion d'apprécier la contribution à la paix de la société civile au cours de la guerre du Liberia. L'Association des femmes de la Mano River et le Conseil inter-religieux du Libéria ont joué un rôle inestimable dans le processus qui a permis de ramener la paix dans ce pays meurtri par plus de quinze années de guerre", affirme Diallo, ajoutant que le parlement de la CEDEAO ne peut que saluer l'initiative de la société civile ouest-africaine. "Nous avons compris qu'il faut travailler pour la sécurité humaine dans la sous-région et cela sera efficace avec l'implication de la société civile", indique, pour sa part, Nana Koussi Appiah, coordonnateur du programme 'International Alert' en Afrique de l'ouest. Pour Kayodé Fayémi du Centre pour la démocratie et le développement, il y a nécessité d'approfondir cette collaboration entre la CEDEAO et la société civile. "Cette société civile n'a pas baissé les bras malgré les difficultés; elle a su trouver des moyens de s'organiser et ses actions sont concrètes", dit-il.
Selon Diallo, l'ère de la suspicion et des antagonismes mutuels entre les institutions gouvernementales et les organisations de la société civile doit faire place à une nouvelle ère de collaboration, de consensus, ainsi qu'à un engagement décisif à travers le dialogue, la concertation et la coopération sur une base régulière. "Je pense que les politiques ressentent cette nécessité de travailler avec la société civile, cela est d'ailleurs dû au fait que la société civile s'illustre bien dans notre sous-région depuis que la libéralisation des régimes politiques a permis l'émergence et la structuration progressive d'une société civile préoccupée par les divers problèmes de la population", souligne Adjamagbo-Johnson.
Au sein du secrétariat exécutif de la CEDAO, on attend de voir la société civile jouer un rôle dynamique et constructif dans la gouvernance de la région. "A mesure que nous avançons dans le NEPAD et le Mécanisme africain d'examen par les pairs, nous voyons la société civile en train de jouer un rôle de plus en plus considérable et nous sommes prêts à l'assister dans la mesure de nos moyens pour renforcer ses capacités à cet égard", déclare Mohamed Ibn Chambas, secrétaire exécutif de la CEDEAO. "Cette initiative vient à un moment où l'importance de la société civile se fait remarquer en Afrique", reconnaît Koffi Konadu Aprakou, ministre ghanéen de l'Intégration et du NEPAD. "Si nous travaillons ensemble, nous pourrons accomplir de grandes choses", affirme-t-il L'élaboration de la charte est le fruit d'un travail entamé depuis quelque temps déjà. "En mai 2003, le Centre pour la démocratie et le développement, International Alert et la CEDEAO ont touché une quinzaine d'organisations pour explorer les voies et moyens d'institutionnaliser les relations entre la CEDEAO et la société civile", rappelle Appiah.
La consultation considère, après analyse, que les défis principaux pour la sécurité humaine et le développement durable en Afrique de l'ouest incluent la pauvreté, la gouvernance politique et économique, l'éducation, la jeunesse, les conflits, la prolifération des armes légères, la politisation de la religion, la citoyenneté et l'identité, le genre, la dégradation écologique, la migration et la diaspora, la mondialisation et la santé, y compris la malaria, la tuberculose et l'épidémie du VIH/SIDA.
Fondée sur l'engagement affirmé de la CEDEAO d'établir un partenariat avec la société civile, et de faire appel à ses compétences et expériences disponibles, la consultation a cherché à examiner les bases et les modalités d'un soutien efficace au renforcement des mécanismes de sécurité humaine de la communauté ouest-africaine.
En août dernier, une unité de la société civile a été installée au sein du secrétariat de la CEDEAO. "C'est la preuve que l'engagement de la CEDEAO vis-à-vis de la société civile est très remarquable", estime Richard Konteh, responsable de cette unité. "La nouvelle charte viendra renforcer cet engagement". Des délégués du Bénin, du Burkina Faso, de Côte d'ivoire, de Gambie, du Ghana, de Guinée-Bissau, du Nigeria, du Sénégal, de Sierra Leone et du Togo ont pris part au forum d'Accra qui a abouti à l'élaboration de la charte de la société civile.

