DAKAR, 9 déc (IPS) – Une dizaine de ressortissants ivoiriens, établis au Sénégal depuis le début de la crise qui secoue leur pays, ont entamé une longue marche à Dakar, au Sénégal, la semaine dernière, pour faire entendre leur souhait de voir la paix s'imposer en Côte d'Ivoire.
L'Association ivoirienne des réfugiés et demandeurs d'asile au Sénégal (AIRDAS) veut contribuer, à sa manière, à la résolution du conflit en Côte d'Ivoire, à travers cette marche traversant plusieurs pays de la sous-région, pour réitérer son refus de la guerre et susciter une solidarité africaine sur la gravité de la situation qui prévaut dans ce pays ouest-africain. Vêtus de tee-shirts blancs, à l'effigie de l'AIRDAS, ils entendent aller à pied de Dakar à Lomé (Togo) en passant par Bamako (Mali), Ouagadougou (Burkina Faso) et Accra (Ghana), sur une distance de plus de 1.100 kilomètres. A chaque étape, les "pèlerins de la paix" en Côte d'Ivoire comptent remettre un mémorandum au président de la République du pays visité pour lui demander d'intervenir sur les principaux acteurs de la crise ivoirienne.
Les principales étapes sénégalaises des marcheurs ivoiriens sont les villes de Thiès, Kaolack (centre), Tambacounda et Kidira (est), où ils vont effectuer des haltes pour prêcher la paix en Afrique et plus précisément en Côte d'Ivoire. Selon Hilaire Guei, président de l'AIRDAS le but de cette longue marche à travers les pays de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'ouest (CEDEAO) est de sensibiliser, une fois de plus, les principaux acteurs de la crise en Côte d'ivoire, l'opinion internationale, la société civile et les dirigeants africains sur "l'urgence de régler de façon définitive l'intenable situation du conflit ivoirien".
"Nous marcherons pour que la paix revienne. Cette marche peut nous prendre toute notre vie, mais nous ne reculerons pas. Nous sommes prêts à nous sacrifier pour qu'il y ait la paix dans notre pays", a déclaré Guei lors du coup d'envoi de la marche à Dakar. Agés de 28 à 34 ans, les jeunes marcheurs entendent également, à travers cette manifestation, demander l'application intégrale des accords de paix inter-ivoiriens de Linas-Marcoussis, signés en janvier 2003 en France entre le gouvernement ivoirien, les partis politiques, et les ex-rebelles rebaptisés Forces nouvelles (FN).
Les exigences des marcheurs sont inscrites en gros caractères sur leurs tee-shirts blancs sur lesquels on peut lire : "Leaders politiques ivoiriens, l'AIRDAS vous dit Merci si vous acceptez le raccourci que propose Marcoussis", La non application intégrale des accords de Marcoussis est à l'origine de la décision des FN de suspendre la participation de leurs ministres au gouvernement de réconciliation nationale depuis plus de deux mois.
Venant des différentes régions de Côte d'Ivoire, les marcheurs ont transcendé leurs différences ethniques (Bété, Baoulé, Yacouba, Dioula) ainsi que leurs convictions politiques et religieuses pour espérer voir leur marche se couronner de succès.
"J'ai peur pour mon pays", s'exclame Kotoum Ouattara, la seule femme du groupe des marcheurs, indiquant qu'elle est "prête à mourir pour le retour de la paix en Côte d'Ivoire". Ivoirien en poste dans une firme internationale basée à Dakar, Stephan Koné, la quarantaine, a exprimé son soutien aux marcheurs, espérant que "cette initiative fera prendre conscience aux différents acteurs du conflit ivoirien, de l'urgence de retrouver la paix pour que cesse le calvaire des populations civiles meurtries". "J'aurais bien aimé prendre part à cette marche pour contribuer à faire ramener la paix dans mon pays", affirme Koné pour qui "la longue marche de ces jeunes est une éloquente preuve du désespoir des Ivoiriens face à la persistance de ce conflit".
Dépourvus de moyens logistiques et financiers du fait de leur statut de réfugiés, les dix jeunes marcheurs ivoiriens bénéficient néanmoins de l'appui de la Rencontre africaine pour les droits de l'Homme (RADDHO) dont le secrétaire général, Alioune Tine, a exhorté les populations sénégalaises des villes par lesquelles ils passeront, à leur apporter un soutien moral et matériel.
"Il faut que les Sénégalais se sentent en communion avec les jeunes marcheurs ivoiriens pour dire non à la guerre en Côte d'Ivoire et pour le retour immédiat de la paix", explique le responsable de la RADDHO, une organisation non gouvernementale basée à Dakar.
Selon Tine, "cette marche doit être l'occasion d'interpeller les leaders ivoiriens pour un effort général de chacun dans la résolution de ce conflit fratricide".
Au cours d'une rencontre jeudi dernier à Yamoussoukro, dans le centre du pays, entre le chef de l'Etat ivoirien, ses principaux généraux et les chefs militaires des Forces nouvelles, Laurent Gbagbo avait pris l'engagement d'appliquer intégralement les accords de Marcoussis. Il avait annoncé également un "calendrier, applicable à partir du 15 décembre, concernant les différentes phases du processus de cantonnement des troupes et de regroupement des armements légers et lourds". Depuis le 19 septembre 2002, la Côte d'Ivoire est confrontée à une grave crise politico-militaire qui a déjà fait de nombreuses victimes parmi les populations civiles. Plus de 6.000 personnes ont perdu la vie à cause du conflit et plus de 350.000 Ivoiriens réfugiés vivent dans des pays limitrophes dans des conditions matérielles déplorables.

