JOHANNESBURG, 12 nov (IPS) – L'Afrique du Sud et le Brésil ont brandi des arguments massue contre le protectionnisme du commerce mondial et également contre l'administration continue de l'Irak par des forces américaines au moment où Luiz Inacio Lula da Silva achevait une visite à Johannesburg le week-end passé.
"Les présidents ont souligné le refus des pays en développement qui sont soumis aux politiques protectionnistes par des pays développés", a déclaré un responsable sud-africain des Affaires étrangères. Ils ont également dit que c'était impératif que "les populations irakiennes puissent prendre en main la direction de leurs propres affaires dès que possible". Ils ont demandé que le multilatéralisme prévale dans la résolution du conflit, par l'entremise des Nations Unies.
Selon des analystes, le périple de Lula dans cinq nations africaines – Sao Tome et Principe, l'Angola, le Mozambique, l'Afrique du Sud et la Namibie – la semaine dernière était un symbole de la politique africaine naissante du Brésil et de son alliance croissante du Sud avec l'Afrique du Sud et l'Inde.
Le forum du dialogue de l'Inde, du Brésil et de l'Afrique du Sud (IBSA), constitué en juin, a fini par être connu sous le nom de G-3.
Les trois pays se rencontreront encore l'année prochaine pour évaluer les progrès réalisés sur les efforts conjoints de développement, y compris la coopération dans la lutte contre le VIH/SIDA ainsi que le partage de compétences pour combattre la faim et le manque d'infrastructures et d'installations sanitaires.
Achevant sa visite dimanche dernier, Lula a déclaré que les nations d'Afrique australe devaient également apprendre à jouer un jeu commercial rusé : sa visite a donné une impulsion aux négociations pour un accord commercial entre les pays de l'Union douanière d'Afrique australe et le Mercosur, ainsi qu'au commerce bilatéral accru entre l'Afrique du Sud et le Brésil.
Pour faciliter ce commerce, les pays ont signé deux accords : l'un sur la taxation et l'autre sur la coopération scientifique et technologique, amenant à dix le nombre des accords diplomatiques entre eux, avec une autre série de huit à être signée à court terme.
Le Brésil, dont le commerce avec l'Afrique atteint à maintenant cinq milliards de dollars US, jouit d'un surplus commercial avec l'Afrique du Sud, engrangé par des importations croissantes de viande, de boissons minérales, de carburant, de la machinerie et des appareils mécaniques. En retour, le Brésil est un important pays pourvoyeur pour l'industrie touristique d'Afrique du Sud, en pleine expansion, avec cinq vols hebdomadaires entre les deux capitales, affichant déjà le plein en l'air.
En plus du renforcement des liens commerciaux avec l'Afrique du Sud, une délégation d'hommes d'affaires — comprenant 160 personnes — voyageant avec le président brésilien, a également pris des contacts en Angola et au Mozambique, deux nations lusophones qui font partie des pays à croissance très rapide en Afrique.
Le Brésil envisage d'investir 100 millions de dollars US pour améliorer l'industrie angolaise de canne à sucre, a indiqué le ministre du Commerce et du Développement du Brésil, Luis Fernando Furlan, le 3 novembre : "L'Afrique du Sud et le Brésil suivent la bonne voie dans un monde globalisé où les pays développés ont déjà la manière de jouer le jeu", a déclaré Lula. Deux aspects de la gouvernance multilatérale ont fait l'objet d'un examen particulier : la nécessité de changer aussi bien l'architecture financière internationale que la représentation au Conseil de sécurité de l'ONU. Les deux nations ont senti la turbulence de la fluctuation monétaire et ont demandé la "réforme de l'architecture financière internationale existante afin de parvenir à une plus grande efficacité dans le règlement des crises financières régionales et nationales".
Un communiqué de presse publié après leur réunion a également révélé que "les deux présidents considèrent que l'Afrique et l'Amérique latine devraient avoir un siège permanent au Conseil de sécurité", mais des subtilités diplomatiques ont empêché l'un ou l'autre de soutenir directement ou indirectement la tentative de l'autre.
L'Afrique du Sud, le Nigeria et l'Egypte sont tous emballés par l'idée de siéger en permanence au Conseil de sécurité, dont les membres actuels sont la Chine, la Grande-Bretagne, la France, les Etats-Unis et la Russie. Avec la plus grande population d'Africains (et de descendants d'Africains) en dehors du Nigeria (l'Etat le plus peuplé sur le continent), la politique extérieure du Brésil en expansion sur le continent est vitale, a souligné le ministre sud-africain des Affaires étrangères, Nkosazana Zuma.
Pour être précis, 70 millions des 180 millions d'habitants du Brésil sont d'origine africaine.
Un aspect crucial du Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD) est le soutien de la diaspora africaine, aussi bien politiquement que financièrement. Après la visite de la semaine dernière, Lula a été maintenant entraîné dans le cercle des principaux bailleurs et ambassadeurs du NEPAD. On espère que cela permettra d'avoir le soutien de la diaspora au Brésil.

