POLITIQUE-RD CONGO: Des policiers et militaires figurent parmi 40criminels présumés arrêtés à Kinshasa

KINSHASA, 23 oct (IPS) – Le vent de panique, qui a soufflé sur la ville de Kinshasa en août et septembre, à cause de nombreuses agressions armées, a sensiblement diminué après l'arrestation, par la police, de 40 personnes présumées auteurs de ces crimes.

Les 40 personnes ont été présentées à la télévision de la République démocratique du Congo (RDC), le 17 octobre, par la police, accusées d'avoir participé à différentes opérations criminelles à travers la capitale, Kinshasa. Ces personnes, dont un nombre important d'éléments de la police et de l'armée nationales, ont publiquement avoué leurs crimes, précisant les circonstances dans lesquels ils ont commis leurs actes. L'événement, qui a été fortement médiatisé, visait à rassurer une population profondément traumatisée par tant de violences inexpliquées..

"Ces criminels sont un premier résultat de nos investigations", a déclaré le général Daniel Katsuva, inspecteur général de la police. "Si, aujourd'hui, nous avons pu mettre la main sur les auteurs, il nous reste les commanditaires qui vont sûrement être découverts dans les jours qui viennent. Nous souhaitons vivement que la justice puisse faire son travail avec fermeté". Le cas qui a plus traumatisé la ville de Kinshasa est celui de l'assassinat, dans la nuit du 28 au 29 septembre, de Stève Nyembo, cadre supérieur de la direction générale des impôts. Un crime crapuleux, car Nyembo a été criblé de balles dans sa propre maison, devant sa famille. Ses organes génitaux ont été coupés et sa gorge tranchée. Sa maison a ensuite été incendiée. La présentation des criminels à la télévision en a rajouté quelque peu au traumatisme des Kinois. "Je ne peux pas comprendre que, de nos jours, des humains s'en prennent à d'autres avec tant de violence", s'indigne François Djuma, étudiant à l'Université de Kinshasa. "Quel que soit le tort qu'ait fait Stève, il ne méritait pas pareil traitement". Devant les caméras de la télévision, Papy Mafishango, présenté comme le chef du commando qui avait fait le coup, n'avait pourtant pas l'air d'un meurtrier. Sous-lieutenant en fonction des Forces armées congolaises, il a affirmé avoir exécuté des ordres venus de sa hiérarchie. Les Kinois ont été révoltés par le très bas âge de tous les présumés criminels, entre 20 et 30 ans. Ils sont policiers, militaires ou déserteurs des deux corps. Selon des tatistiques, 174 cas de criminalité ont été enregistrés pour le seul mois de juillet et 97 en août et septembre.

"C'est cinq fois plus que la normale", estime-t-on au ministère de l'Intérieur. Cette criminalité aveugle frappe aussi bien des nationaux que des étrangers. Ainsi, le dimanche, 14 septembre, l'ambassadeur du Liban a été agressé, en sa résidence, par un groupe de bandits qui se faisaient passer pour des agents de la régie de distribution de l'eau, qui lui ont extorqué une importante somme d'argent dont le montant n'a pas été précisé. Le procureur général de la République a, lui-même, eu la surprise de recevoir, chez lui à Kinshasa, la visite impromptue de bandits en uniforme militaire. Il n'aura la vie sauve que grâce à l'intervention d'une patrouille de la police régulière. La criminalité est inégalement répartie sur les différentes communes de Kinshasa, selon les services de police. Certaines communes seraient plus dangereuses que d'autres. "La grande criminalité est généralement enregistrée dans les communes de Bandalungwa, Ngaliema, Limete, Mont-Ngafula et Masina", explique Pierre Ngalamulume, ancien maire de la commune de Bandalungwa. "Ce sont des communes soit habitées par des personnes assez aisées, soit à fortes concentrations de populations désœuvrées". Dans la commune de Ngaliema, qu'habitait Nyembo, dans la périphérie de Kinshasa, la population a décidé de se prendre en charge étant donné les défaillances vraies ou supposées des services de police. Par quartiers, des jeunes guettent la moindre anomalie, le soir, et se communiquent par téléphones portables. Heureusement, la police publie régulièrement les numéros de téléphones où elle peut être jointe en cas de nécessité. "Apparemment, le système fonctionne à merveille. La psychose commence à tomber, mais nous avons passé des moments d'intenses d'anxiétés", déclare Julien Lubunga, résidant à Binza, dans la commune de Ngaliema. "Dès 21 heures, le soir, la circulation se fait rare sur les artères, les débits de boissons se vident sensiblement de leurs clients tandis que les jeunes, qui font les petits métiers, regagnent plus tôt leurs domiciles". Lubunga apprécie la méthodologie de la médiatisation de l'arrestation des criminels, mais craint que le phénomène ne puisse prendre des proportions plus dramatiques si le mal n'est pas attaqué à la racine : "La criminalité à laquelle on assiste actuellement chez les jeunes, a pour origine le désœuvrement. Tous ces jeunes qui passent leur temps à flâner dans les rues de Kinshasa, sans occupation rémunérée, sont autant de criminels potentiels". "Les jeunes ne sont pas suffisamment encadrés. Ni les conditions de scolarité, inaccessibles pour bon nombre suite au chômage généralisé des parents, ni les programmes inadaptés des médias audiovisuels ne les préparent à s'autogérer dans la vie adulte", ajoute Lubunga.