SANTE-MALAWI: Etre enceinte est entouré d'une ombre de la mort

BLANTYRE, 20 oct (IPS) – Avec une femme enceinte sur 15 – qui meurt de grossesse et de complications liées à l'accouchement, donner la vie est une entreprise risquée au Malawi.

Selon des médecins, les femmes meurent à cause d'hémorragie, d'accoucheuses inexpérimentées et de l'insuffisance de ressources et de médicaments.

Lorsque Melise Chisale, âgée de 24 ans, a commencé par avoir des contractions, elle a été conduite d'urgence chez l'accoucheuse locale du village. Melise vit à 40 kilomètres de Blantyre, la ville commerciale du Malawi, et n'avait pas les moyens de louer une voiture pour l'amener à l'hôpital.

Son mari, un petit agriculteur, n'était même pas à la maison pour arranger une quelconque forme de transport. Puisque la matrone n'était pas formée sur le professionnel, elle n'a pas pu arrêter le saignement. Après quatre heures de travail, Melise est morte, avec son bébé.

Melise n'est pas la seule femme dans le pays à mourir de complications liées à la grossesse, selon des autorités sanitaires, qui estiment que sur 100.000 femmes enceintes, 1.100 meurent des suites de complications d'accouchement.

Le directeur des services médicaux du Malawi, Dr Rex Mpazanje, attribue les décès au fait que les femmes aient les bébés soit trop tôt soit trop tard et à des traditions qui exigent la permission d'un mari avant que sa femme ne puisse aller à l'hôpital.

"Ces chiffres sont comparables à environ huit bus remplis de passagers qui s'écrasent en trente jours seulement. Mais, alors que de tels accidents auront une bonne couverture dans la presse, la mort de femmes, provoquée par des complications liées à la grossesse, n'est jamais mise en exergue..

Dans les médias, les femmes meurent d'une mort tranquille", affirme Mpazanje.

Il souligne que le taux de mortalité liée à la maternité est l'un des plus élevés dans la région subsaharienne. Le Malawi est également classé comme l'un des pays ayant les décès en couches les plus élevés au monde.

Pour chaque femme qui meurt par suite de complications liées à la maternité, entre 20 et 30 autres femmes souffrent d'incapacités à court et à long terme. Cela signifie qu'au cours des dix prochaines années, un grand nombre de femmes deviendront stériles.

Des études ont indiqué que la mauvaise santé des mères réduit considérablement la capacité des femmes malawites à travailler, et limite ainsi leur aptitude à générer des revenus et à sortir de la pauvreté.

Selon Mpazanje, les cinq principales causes de la mortalité maternelle dans le pays incluent l'hémorragie, les infections, les avortements clandestins, l'hypertension et le travail compliqué. Des problèmes comme le VIH/SIDA, le paludisme et l'anémie contribuent considérablement à la mortalité de la mère et de l'enfant également.

Ensuite, il y a la question du sang. "Environ 30 pour cent des décès en couches au Malawi sont dus à l'hémorragie. Une fois que le sang manque dans le système, comme cela a été le cas dans le passé, plusieurs femmes meurent", dit-il. Le problème de la grossesse et de ses conséquences n'a pas été mis en lumière dans le pays.

"Les femmes et la communauté qui sont menacées n'ont pas été sensibilisées assez pour se rendre compte que chaque grossesse comporte un risque de mort, et parce que le système n'est pas bien préparé pour de possibles urgences, les chances de décès des suites de complications de grossesse sont très élevées", explique Mpazanje.

Même si les gens sont culturellement conscients que la grossesse comporte un risque, ils pensent toujours que c'est la volonté de Dieu parce qu'ils n'ont jamais su qu'il y a une solution.

"Des communautés n'ont jamais eu la capacité de régler ces problèmes, mais maintenant que nous avons la bonne information, nous avons une meilleure connaissance et nous devrions ainsi pouvoir éduquer les populations dans tous les secteurs à assumer leurs rôles afin de sauver les femmes", estime-t-il.

Martha Bokosi, responsable du Projet pour une maternité sans risque au Malawi, affirme que les avortements illégaux tuent également beaucoup de jeunes filles dans le pays.

Selon elle, il y a eu une époque où pratiquement la moitié des femmes admises au pavillon de gynécologie dans la plus grande formation sanitaire du pays, l'Hôpital central Queen Elizabeth, était traitée pour des avortements clandestins.

Récemment, indique Bokossi, sur 4.700 femmes admises à l'hôpital de Blantyre, 2.500 avaient eu des avortements clandestins.

L'avortement est la raison d'admission la plus courante dans des pavillons gynécologiques, au sein des principaux hôpitaux du Malawi, selon elle. En outre, souligne Bokossi, 25 pour cent des patientes des avortements clandestins sont des adolescentes ayant moins de 19 ans, tandis que près de 30 pour cent de femmes meurent d'hémorragie sévère et d'infection.

L'avortement est illégal au Malawi et Bokossi déclare que les adolescentes, voulant à tout prix se débarrasser des grossesses non désirées, tentent souvent de provoquer une fausse couche en prenant des médicaments anti-paludéens, mais meurent plutôt d'une overdose. D'autres vont chez des avorteurs qui sont connus pour utiliser des objets comme des cintres pour extraire le fœtus.

Le ministre de la Santé du Malawi, Richard Pendame, admet que les avortements illégaux constituent un 'grand problème'. "Ce que nous voyons à l'hôpital n'est que la partie visible de l'iceberg. La situation est réellement préoccupante. Nous perdons beaucoup de filles", poursuit Pendame. "L'avortement, dans le pays, est autorisé dans certaines limites, comme lorsque la vie d'une mère est menacée", souligne-t-il.

Pour le porte-parole de la police, George Chikowi, les femmes subissant des préjudices permanents durant les avortements illégaux ont trop peur de signaler l'affaire par crainte d'être poursuivies.

Des familles de femmes, qui meurent après un avortement, ont également peur de se rendre à la police. Selon Chikowi, puisque l'avortement est illégal, tout le monde a peur de le signaler. "Les gens savent que l'avortement est un délit grave qui est punissable par la loi", explique-t-il.

Mais Bokossi estime que si l'avortement était légalisé, les femmes désespérées, qui exerceront une pression sur le personnel hospitalier et l'équipement médical, inonderaient les hôpitaux.

La directrice exécutive de la Commission malawite des droits de l'Homme, Emiliana Tembo, estime que l'avortement est mauvais et viole les droits humains. Pour Tembo, l'avortement ne devrait être envisagé que lorsque la vie de la femme enceinte est menacée.

Selon elle, mettre fin à une grossesse juste pour le plaisir est mauvais parce qu'il dénie au fœtus son droit à la vie. "Un enfant est supposé être protégé et nourri dès la conception. La constitution a une disposition qui prévoit, pour chaque être humain, le droit à la vie. L'avortement dénie au bébé ce droit", ajoute Tembo.

La vice-ministre de la Santé et de la Population du Malawi, Elizabeth Lamba, croit que l'éducation devrait commencer dans les maisons puisque tout le monde a un rôle à jouer pour empêcher les décès en couches..

"L'alimentation de la fillette et l'éducation sont importantes puisqu'elles lui permettront plus tard de s'assumer économiquement et socialement pour rendre meilleure sa santé. Les hommes doivent être informés sur l'importance de la planification familiale", souligne Lamba.

La vie des femmes est également plus exposée lorsqu'elles ont beaucoup d'enfants. Des statistiques montrent que le taux global de fertilité pour chaque femme est d'environ sept enfants.

Bokossi a toutefois indiqué à IPS, qu'avec le soutien financier et technique de la Grande-Bretagne, le gouvernement du Malawi a démarré un programme de six années, qui forme et inculque les techniques de maternité sans risque au personnel médical et aux sages-femmes.

Selon elle, le projet a également facilité la construction et la rénovation d'hôpitaux, de centres de santé, la fourniture d'ambulances, de téléphones et de radios.

"Le projet a aidé en outre à accroître, à travers des messages, la prise de conscience, dans les districts, sur une maternité sans risque. Nous avons également réussi à sensibiliser des communautés sur certaines traditions qui contribuent aux décès en couches", a-t-elle ajouté.