NAIROBI, 19 sep (IPS) – Si tout se passe bien, la Somalie pourrait bientôt parvenir à la paix suite à l'adoption, par des délégués prenant part aux pourparlers de paix, d'une charte fédérale de transition visant à mettre fin au conflit de longue date dans ce pays.
La charte, qui servira de document de base pour la formation d'un gouvernement central, a été acceptée par 366 délégués aux pourparlers qui se déroulent actuellement à Mbagathi, à environ 16 kilomètres de la capitale kényane, Nairobi.
La Somalie est sans un gouvernement central depuis que le président Mohammed Siad Barre a été renversé en 1991.
La charte, qui a été décrite par les délégués comme "une percée", a été adoptée cette semaine. "Ceci est un signe que nous achevons pratiquement les discussions et que nous nous préparons pour un pays sans guerre", a déclaré Asha Abdi, un délégué enthousiaste.
La charte règle les questions délicates, comme comment et quand établir un système fédéral de gouvernement et d'administrations régionales, qui ont presque fait avorter le processus de paix qui a commencé au Kenya en octobre dernier.
Elle explique clairement le nombre de députés requis au parlement, un facteur qui a presque désorganisé les pourparlers il y a trois mois lorsque les délégués ne sont pas parvenus à se mettre d'accord sur le nombre de parlementaires. Certains demandaient 250, tandis que d'autres en demandaient 450.
Mais cette fois-ci, les délégués, dont les chefs de 23 factions appartenant à quatre clans puissants, qui se combattaient depuis 12 ans, ont accepté un chiffre officiel de 351, notifié dans la charte.
Les quatre principaux clans auront chacun 78 sièges, tandis que les 39 petits clans restants se partageront 39 sièges.
Les délégués devraient élire les membres du parlement dans les sept prochains jours. Les législateurs éliront ensuite un président du parlement et le président du pays.
Conformément à la charte, le président devrait nommer un Premier ministre dont la responsabilité sera de nommer le gouvernement.
Déjà, 52 Somaliens bien en vue ont exprimé leur intérêt à briguer la plus haute fonction dans le pays.
Ayant peur d'un autre scénario de lutte pour le pouvoir, les Somaliens en exil demandent un dirigeant désintéressé qui sera sensible à leurs besoins.
"Nous prions pour avoir un président qui privilégiera les intérêts des Somaliens. Nous combattons depuis très longtemps, et il est grand temps que nous fassions la paix entre nous", a fait remarquer Abdullahi Ahmed, un jeune Somalien qui traîne autour du lieu où se déroulent les pourparlers de paix à Mbagathi.
Ceux qui sont en exil estiment que le plus grand défi sera de réunir toutes les populations somaliennes et de poursuivre la réconciliation afin de soutenir l'accord de paix.
Leurs préoccupations semblent avoir été abordées dans la charte qui souligne la nécessité pour les dirigeants de se lancer dans un processus de réconciliation et de pardon.
L'envoyé spécial du Kenya aux pourparlers de paix somaliens, Bethuel Kiplagat, a déclaré : "Le gouvernement (somalien qui sera) formé fera office de moteur pour les processus de réconciliation et de construction de la paix".
Il a prévenu qu'un tel gouvernement aurait besoin de stabilité pour obtenir de bons résultats. Dans un rapport daté du 17 juin, le secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, a affirmé que l'avenir du processus de réconciliation reposait largement entre les mains des Somaliens.
"Les résultats finaux seront simplement aussi bons que l'accord substantiel auquel sont parvenus les Somaliens eux-mêmes sur la structure d'une future gouvernance et leur engagement à respecter les obligations qu'ils ont acceptées", a-t-il affirmé.
La facilitation des pourparlers de paix et de réconciliation en Somalie est assurée actuellement par l'Autorité inter-gouvernementale pour le développement (IGAD), dont les membres sont : le Kenya, Djibouti, l'Ouganda, l'Ethiopie, l'Erythrée, le Soudan et la Somalie elle-même.
Les observateurs des pourparlers sont des partenaires de l'IGAD venus des Etats-Unis, de l'Union européenne, de l'Egypte, du Yémen, de la Ligue arabe et des agences des Nations Unies. D'autres incluent la société civile, les politiciens, les chefs religieux et les chefs de clans.
La Somalie, avec une population de 9,7 millions d'habitants, est enfermée dans une guerre civile sanglante depuis la chute du régime de Siad Barre.
Sous la pression de la famine et de l'instabilité politique, les seigneurs de guerre se lançaient dans des campagnes militaires pour s'emparer de plus en plus de territoires.
Les pires combats jamais vécus en Somalie se sont déroulés entre 1991 et 1992 où plus de 300.000 civils sont morts de maladies liées à la famine.

