ADDIS ABEBA, 17 sep (IPS) – Miss Ethiopie s'est jointe à des organisations non gouvernementales (ONG), qui sont basées dans la capitale Addis Abeba, dans la lutte contre le VIH/SIDA.
Elle jouera un rôle dans un film documentaire abordant les questions de honte et de discrimination, qui selon des ONG, constituent les plus grands obstacles dans leurs efforts pour contenir l'épidémie dans ce pays de la Corne de l'Afrique.
Yodit Getahun, qui a remporté le concours de beauté Miss Ethiopie de cette année, jouera le rôle principal dans le documentaire financé par 'Action Aid Ethiopia' (Aide à l'action en Ethiopie) et 'Dawn of Hope' (Renaissance de l'espoir).
Elle a contacté 'Dawn of Hope' pour apporter sa contribution à la campagne de l'organisation dans la lutte pour dénoncer la honte et la discrimination contre les victimes du VIH/SIDA et aider à édifier une prise de conscience du public", a déclaré Yonas Berhane, directeur du documentaire, qui a été cité dans l'hebdomadaire "Capital".
Getahun sera filmée avec des personnes vivant avec le VIH/SIDA et sera également enregistrée sur magnétoscope jouant avec des enfants vivant avec la maladie.
Le film sera diffusé sur la télévision éthiopienne et sera également distribué aux clubs anti-SIDA et associations de jeunes du pays.
Selon des statistiques officielles, il y a 2,2 millions de personnes infectées par le VIH en Ethiopie, sur une population de 67 millions.
L'Ethiopie est classée troisième après l'Afrique du Sud et le Nigeria en Afrique subsaharienne, en chiffres absolus de personnes vivant avec le VIH/SIDA. L'agence des Nations Unies, l'ONUSIDA, estime que 91 pour cent des cas de SIDA rapportés sont dans le groupe d'âge de 15 à 49 ans, le groupe d'âge le plus économiquement actif et productif en Ethiopie.
Getahun qui est admirée dans tout le pays pourrait, pour le moment, aider à faire passer, à travers les médias, le message selon lequel les personnes vivant avec le VIH/SIDA ont également droit à la vie comme tout être humain normal.
Mais le véritable combat réside dans l'arrière-pays rural où 85 pour cent de la population éthiopienne vit avec très peu ou aucun accès à la télévision.
Et les ONG semblent mener un combat difficile en tentant d'initier des dialogues francs avec ces communautés sur les risques des rapports sexuels non protégés et la nécessité d'un changement de comportement afin de maîtriser la propagation du VIH.
"Dans les zones rurales, il y a encore beaucoup de discrimination contre les personnes souffrant du SIDA et celles qui sont séropositives. C'est en fait de l'ignorance. Et c'est dans ces zones que nous devons aller", a déclaré Aradom Gebon, un conseiller au Centre international et laboratoire de diagnostic du SIDA.
"Quelque 85 pour cent d'Ethiopiens habitent dans les zones rurales et il ne sert à rien de se concentrer juste sur les programmes de sensibilisation sur le VIH/SIDA à Addis Abeba. Nous devons atteindre le reste", a-t-il ajouté.
Tadesse Wuhib, directeur national du Centre américain de lutte et de prévention de la maladie, a relevé des pierres d'achoppement majeures dans l'accroissement de la prise de conscience au sein des communautés rurales.
"L'Ethiopie est une société fermée et le sexe est toujours traité comme un sujet tabou. Cela a considérablement entravé le travail qui aurait pu être fait", a-t-il indiqué.
Wuhib a souligné que la honte et la discrimination constituaient d'importants obstacles au dialogue franc avec les communautés.
"Il y a eu un grand nombre de décès dus au SIDA à Addis Abeba. Mais beaucoup, beaucoup d'Ethiopiens ne reconnaissent pas que ces morts étaient liées au SIDA", a-t-il dit.
"Et cela est dû à la honte. Et la honte a un impact considérable sur le travail que nous essayons de faire – plusieurs sont réticents à venir pour le dépistage volontaire (de crainte qu'on les teste séropositifs et qu'ils fassent l'objet de discrimination)", a ajouté Wuhib.
"Ils ne s'ouvrent pas et ne discutent pas du VIH/SIDA parce qu'ils se sentent honteux, et une fois encore, c'est la honte. Des dialogues ouverts, francs ne peuvent pas avoir lieu", a-t-il poursuivi.
Wuhid a insisté sur le fait que les communautés doivent être impliquées dans la bataille contre le VIH/SIDA.
"Mon opinion est que dans ce pays — avec une population aussi variée sur le plan ethnique et linguistique — à moins que nous n'impliquions la communauté, à moins que la communauté ne participe activement à la lutte contre la pandémie du SIDA, nous n'allons pas gagner", a-t-il déclaré..
"Aucun groupe, aucune organisation ou gouvernement ne pourra, à lui seul, le faire".
"Il y a beaucoup de concentration à Addis Abeba avec une négligence d'autres régions importantes – la raison pour laquelle cela n'a pas été fait est qu'il y a eu une mauvaise coordination, les lacunes ne sont pas identifiées", a-t-il souligné.
Mais Wuhid avait bon espoir que les organisations religieuses pourraient compléter le travail des ONG dans leurs efforts de combattre la honte et la discrimination contre les personnes vivant avec le VIH/SIDA.
"Les responsables d'église et les imams musulmans sont très bien respectés au sein des communautés et les gens les écoutent. Ils pourraient jouer un rôle significatif pour briser cette honte", a-t-il ajouté.
Cet appel a été repris par le Conseil islamique suprême d'Ethiopie à travers son organisation à la base, l'Agence éthiopienne de développement.
"Nous formons des imams, les chefs de communautés musulmanes, par rapport à la honte et la discrimination et comment les aborder", a déclaré le coordonnateur de l'Agence éthiopienne de développement, Ahmed Jemal.
"Les imams font passer le message dans les mosquées, en particulier durant les prières de vendredi. Ils font également des visites à domicile et prodiguent des conseils aux personnes séropositives, prêchant l'amour et la compassion", a ajouté Jemal.
"Le message des imams est que les malades du VIH/SIDA sont également des êtres humains, qu'Allah les aime toujours et qu'ils ne sont pas de mauvaises gens", a-t-il souligné.

