POLITIQUE-RWANDA: Le président Kagamé est plébiscité avec 95,05 pour centdes voix

KIGALI, 28 août (IPS) – Les Rwandais ont plébiscité le président sortant Paul Kagamé, élu avec 95,05 pour cent des voix, à l'issue de la première élection présidentielle pluraliste du 25 août, après une transition de neuf ans ayant suivi le génocide de 1994.

Kagamé devance largement ses deux adversaires : l'ancien Premier ministre Faustin Twagiramungu obtient 3,62 pour cent et conteste la régularité de l'élection, exigeant qu'un "nouveau scrutin soit organisé dans la transparence et en toute liberté"; l'ancien ministre Jean-Népomuscène Nayinzira réunit 1,33 pour cent.

Dès l'annonce des résultats provisoires mardi matin par la Commission électorale nationale, qui donnaient Kagamé gagnant à 94,3 pour cent, les célébrations de cette victoire ont débuté à travers tout le pays, notamment au grand stade de Kigali, la capitale, Amahoro, où le président avait rejoint des dizaines de milliers de ses supporters rassemblés depuis lundi soir. La fête s'est poursuivie toute la journée de mardi proclamée fériée.

"C'est une victoire qui montre à ceux-là qui se disent habituellement spécialistes du Rwanda qu'ils se trompent", déclarait Kagamé à ses supporters hystériques. C'était une allusion aux experts occidentaux qui affirmaient que les Hutu majoritaires ne pouvaient voter pour un Tutsi. Mardi, avant même la proclamation officielle des résultats, des messages de félicitation adressés à Kagamé parvenaient du monde entier. Le ministère belge des Affaires étrangères se félicitait des "élections sans incident"; le président Mwai Kibaki du Kenya les qualifiait de "marque de progrès démocratique dans la région des Grands Lacs". Javier Solana, représentant de l'Union européenne pour la politique étrangère et de sécurité commune, saluait "les remarquables progrès accomplis pour réunifier le pays" ainsi que "la détermination, le courage et la sagesse de Kagamé".

Cette victoire de Kagamé est cependant contestée par son principal opposant Twagiramungu, rentré au pays en juin dernier, après huit ans d'exil en Belgique, pour participer à cette élection présidentielle. Il a déclaré, au cours d'une conférence de presse, mardi, que le scrutin présidentiel était "entaché de plusieurs lacunes" et dénoncé les "attaques de personnes, la campagne de dénigrement" contre lui; les harcèlements, le rudoiement de ses partisans, "tout au long du processus qui a conduit à la présidentielle de ce lundi", mais aussi "des blocages" pour l'empêcher d'exécuter le programme de sa campagne électorale.

En effet, deux jours avant le scrutin, 12 de ses représentants électoraux sont arrêtés par la police, accusés de se préparer à perturber le déroulement des élections. Twagiramungu décide alors de ne pas envoyer de représentant dans les bureaux de vote. Durant toute la campagne électorale, du 1er au 24 août, Twagiramungu s'est vu accusé de mener une campagne "divisionniste" appelant la majorité hutu à voter en sa faveur. Il a été interpellé à ce sujet par la commission électorale. C'est pour "faire barrage à cette propagande divisionniste" que la seule femme candidate, Alvéra Mukabaramba, avait annoncé son désistement en faveur de Kagamé, à moins de 24 heures de l'ouverture des urnes.

En définitive, Twagiramungu appelle à l'annulation du scrutin. "Tout compte fait, il n'est que logique et impératif d'exiger que ces élections du 25 août soient annulées et qu'un nouveau scrutin soit organisé dans la transparence et en toute liberté", a-t-il dit. Des irrégularités et des fraudes durant les opérations de vote sont également signalées par La mission d'observation électorale de l'Union européenne (UE) au Rwanda. "Les procès verbaux n'ont pas été établis de manière systématique et immédiate. La consolidation des résultats ne s'est pas déroulée dans la transparence nécessaire", indique le rapport de la mission de l'UE. Le rapport affirme en outre que la campagne électorale s'est déroulée "de façon inégale entre les candidats et a été marquée par la forte présence du candidat Kagamé". Au cours de la campagne, "le climat s'est progressivement dégradé et des cas d'intimidations de sympathisants de Twagiramungu ainsi que des pressions sur l'électorat en faveur du vote Kagamé ont été notés. L'accusation de divisionnisme est devenue un argument largement utilisé", a indiqué la chef de la mission d'observation de l'UE, Colette Flesh.

Tous les observateurs conviennent néanmoins de la réussite de l'organisation de l'élection. "Le scrutin s'est déroulé calmement, de manière ordonnée, sans trouble à l'intérieur ou à l'extérieur des bureaux de vote. Le peuple rwandais s'est rendu en nombre important aux centres de vote. D'une manière générale, le vote a été correctement administré, les bureaux de vote ont ouvert à l'heure, le matériel était disponible, le dépouillement des bulletins s'est fait publiquement", mentionne le rapport de la mission européenne. Cet avis est partagé par le deuxième candidat malheureux, Nayinzira : "Je crois que nous devons accepter la victoire de Paul Kagamé", a-t-il déclaré à la presse mardi.

Le scrutin a enregistré un taux de participation de 96,55 pour cent, soit 3.812.567 votants pour 3.948.749 inscrits sur les listes électorales. Il a été suivi par 1.836 observateurs, dont 1.610 nationaux opérant dans un Programme d'observation des élections au Rwanda (POER) regroupant neuf collectifs des principales associations de la société civile rwandaise; et 226 observateurs internationaux du système des Nations Unies, de l'Union européenne, de l'Union africaine, des organisations des droits de l'Homme, et de beaucoup de pays ayant des missions diplomatiques au Rwanda.