SANTE-BENIN: La lutte de proximité contre le VIH/SIDA s'engageprogressivement

COTONOU, 12 août (IPS) – "Le SIDA appauvrit et tue. Préserves-toi pour jouir de ton salaire". C'est un message que les fonctionnaires du Bénin ont trouvé sur leurs bulletins de paie de mai et juin, avec surprise pour la plupart d'entre eux.

Le message émane d'une structure particulière et nouvelle à laquelle ils n'étaient pas habitués et qui est appelée "Unités focales de lutte contre les IST/VIH/SIDA" du ministère béninois des Finances et de l'Economie.

Les IST sont les infections sexuellement transmissibles. Active depuis avril, cette structure officielle s'inscrit dans l'approche multi-sectorielle de lutte contre les IST/VIH/SIDA. Tous les ministères béninois doivent se doter de leur unité focale. "Cette décision nous est tombée là-dessus comme une pluie de contre-saison", indique René Anato, responsable à la formation et à l'information de l'unité focale IST/VIH/SIDA du ministère des Finances et de l'Economie.

Cette structure dispose, depuis quelques mois, de son programme d'activités, avec un budget évalué à 20 millions francs CFA (environ 35.088 dollars US). Sa présence, dans beaucoup d'autres ministères, est déjà visible sur le terrain : auto-collants à l'effigie du logo du ministère avec le message "Non au SIDA", collés un peu partout, séances de sensibilisation et de formation avec le concours des techniciens du Programme national de lutte contre le SIDA (PNLS). "A travers nos différents messages, nous informons et nous rappelons à nos collègues que leur unité focale existe et qu'ils doivent nécessairement prendre conscience du danger que constitue le SIDA pour eux-mêmes, pour notre pays et pour l'humanité tout entière", explique Anato.

L'implication de toutes les couches sociales et professionnelles dans la lutte contre les IST/VIH/SIDA, prônée par l'ONUSIDA, est entrée dans la stratégie de lutte contre l'épidémie au Bénin depuis quelques années. Cette approche a largement inspiré son document de "Cadre national stratégique de lutte" contre la pandémie pour la période 2001-2005". Un Comité national de lutte contre le SIDA (CNLS), créé en 2001, est présidé par le chef de l'Etat et le secrétariat permanent est assuré par l'Organisation de recherche sur le développement humain (ORDH), une organisation non-gouvernementale (ONG). Ceci traduit, selon les autorités, la volonté du sommet de l'Etat de s'engager véritablement dans la lutte contre la pandémie et de s'impliquer avec la société civile.

En mai, les autorités municipales se sont réunies à Cotonou, la capitale économique du Bénin, pour envisager la mise en place de l'antenne nationale de l'Alliance des maires et des responsables municipaux sur le VIH/SIDA en Afrique. La mobilisation contre le "mal du siècle" apparaît comme la réaction à l'allure inquiétante que prend la propagation des IST/VIH/SIDA au Bénin depuis que les premiers cas de SIDA ont été décelés dans le pays en 1985.

En dix ans, le taux de prévalence de l'épidémie a été multiplié par 12, passant de 0,36 pour cent en 1990 à 4,1 pour cent en 2000. La prévalence de l'infection, dans certaines régions du pays, dépasse même les 7 pour cent. Les statistiques de 2001 font état de 160.000 séropositifs recensés. Au cours de cette même année, 41.484 cas cumulés de SIDA et 37.926 cas cumulés de décès ont été étés notifiés à l'Organisation mondiale de la santé (OMS) par les autorités. Environ 45 nouvelles infections en moyenne sont recensées par jour, selon le PNLS.

Selon Mesmin Emmanuel Dossou-Yovo, directeur exécutif de l'ONG Recherches, actions communautaires, initiatives pour un nouvel espoir (RACINES), cette mobilisation contre le SIDA "soulève de nombreux problèmes". "Nous avons l'impression qu'on oblige les gens dans nos ministères à s'impliquer dans la lutte contre le SIDA simplement parce qu'il y a des fonds disponibles qu'il faut obligatoirement utiliser", dit-il. "Nous nous interrogeons sur l'aptitude des animateurs désignés de ces unités focales à accomplir les missions assignées à ces structures, missions qui exigent vocation, engagement et disponibilité", ajoute-t-il, l'air dubitatif.

En 2001, le budget de l'Etat a mis à la disposition du PNLS un crédit de 2 milliards FCFA (environ 3,5 millions de dollars US) et de 1,8 milliard FCFA (environ 3,1 millions de dollars US) en 2002. Ces fonds sont destinés à financer et à soutenir techniquement des initiatives de la société civile dans la lutte contre la maladie. Cinquante ONG ont été sélectionnées dans le pays, sur la base de projets jugés pertinents, pour mener des activités de lutte contre le SIDA dans les localités où elles interviennent.

D'autres sources de financement soutiennent des initiatives locales ou communautaires dans la lutte contre la pandémie. "Nous nous neutralisons sur le terrain parce que nos actions ne sont pas coordonnées et parfois, les populations ne nous comprennent pas. Les messages ne sont pas adaptés aux cibles", déplore Dossou-Yovo. "Tenez", explique-t-il, "au moment où nous nous employons à inciter les gens à se faire dépister, d'autres affirment encore et insistent que le SIDA débouche rapidement sur la mort. Dans ces conditions, les gens ne peuvent qu'être réticents. Ils ne vont tout de même pas se hâter pour savoir s'ils sont condamnés à une mort rapide".

Pour Dossou-Yovo, le moment est venu "de dire aux populations, sans banaliser le mal, que des médicaments existent désormais et permettent de vivre longtemps sans développer la maladie. C'est la seule manière d'emmener les gens à se bousculer pour connaître leur statut sérologique". En outre, selon le directeur de l'ONG RACINES, les quelque 300 séropositifs placés sous traitement en décembre 2000, grâce à "l'Initiative béninoise d'accès aux anti-rétroviraux", n'ont plus de médicaments depuis un mois.

"Il y aurait rupture de stock. Vous imaginez les conséquences de cette situation : des résistances à ces médicaments vont se développer", affirme-t-il.

Bernis Avimadjè, sociologue responsable des "pairs éducateurs" au Centre d'orientation pour les enfants et les familles (CORAF), s'inquiète : "Nos actions ne sont ni ciblées ni coordonnées. Nous avons l'impression que les gens ont d'autres préoccupations que l'engagement véritable dans la lutte contre le VIH/SIDA. Nous ennuyons les populations par des messages qui souvent manquent de cohérence. A cette allure, aucun résultat significatif ne peut être obtenu".

Selon elle, "Les acteurs de la lutte contre la pandémie doivent travailler en synergie. Il faut nécessairement une cohésion et développer l'approche 'éducation par les pairs' qui, à mon avis, est plus efficace; et impliquer massivement les jeunes dans la lutte puisqu'ils sont les plus touchés par la maladie".