SANTE-AFRIQUE DU SUD: Des groupes anti-SIDA créent une société pour fournir des médicaments à bas prix

DURBAN, 7 août (IPS) – Des activistes anti-SIDA ont créé une nouvelle entreprise pour vendre des médicaments anti-rétroviraux aux personnes vivant avec le VIH/SIDA en Afrique du Sud.

La société, connue sous le nom de Projet d'approvisionnement de génériques anti-rétroviraux (GARPP), a été lancée cette semaine après que des activistes ont accusé le gouvernement "d'un manque de volonté politique" pour fournir des médicaments anti-rétroviraux aux nécessiteux.

Près de cinq millions de personnes vivent avec le VIH/SIDA en Afrique du Sud.

Les membres du conseil d'administration de la société vont des activistes anti-SIDA influents comme Zackie Achmat, Eric Goemaere, Médecins sans frontière du Cap occidental à Glenda Gray, un pédiatre de l'hôpital Chris Hani Baragwanath à Johannesburg, en passant par Wilbert Bannenberg, un consultant médical.

La société a été créée après une réunion entre des activistes anti-SIDA et des chercheurs en novembre dernier, a indiqué le directeur général du GARPP, Wilbert Bannenberg.

Le lancement du GARPP à la conférence de presse sur le SIDA, dans la ville portuaire de Durban, arrive juste après une action de protestation de masse organisée par les membres de la Campagne d'action pour le traitement (TAC), un groupe local de pression. Les manifestants sont descendus dans les rues de Durban en portant des croix en bois et des affiches sur lesquelles étaient inscrits les noms de ceux qui sont morts de la maladie.

A peu près 600 personnes meurent de maladies liées au SIDA en Afrique du Sud chaque jour, selon la TAC.

Pendant la marche, les manifestants ont remis un mémorandum, réclamant une conférence pour appuyer leur appel pour un plan national de traitement anti-rétroviral.

"La marche a été organisée pour montrer à la conférence que la science sans la volonté politique ne rime à rien", a déclaré Nathan Geffen, porte-parole de la TAC. Le président de la conférence, Jerry Coovadia, a souhaité la bienvenue aux manifestants, et a reçu leur mémorandum détaillant le plan "de traitement anti-rétroviral introduit".

La TAC a également protesté à l'ouverture de la conférence dimanche soir lorsque ses membres brandissaient des bannières sur lesquelles on pouvait lire : "Deux comprimés par jour peuvent sauver des vies". Le ministre de la Santé, Manto Tshabalala-Msimang, prononçait un discours à ce moment.

Achmat a affirmé qu'ils en avaient assez des "atermoiements" du gouvernement pour mettre en ?uvre un plan de traitement anti-rétroviral.

"Nous leur avons donné suffisamment de temps pour agir en suspendant notre campagne de désobéissance civile", a-t-elle souligné.

Malgré les meilleurs efforts des organisateurs, la politique entourant le VIH/SIDA a réussi à s'infiltrer dans les couloirs de la conférence. Haut placée sur le programme était la question de la décision du Conseil de contrôle des médicaments de revoir l'enregistrement de la Névirapine. La semaine dernière, l'organe national de régulation des médicaments a annoncé qu'il avait donné au géant pharmaceutique Boehringer-Ingelheim, 90 jours pour fournir une preuve supplémentaire sur l'efficacité du médicament. La Névirapine est utilisée dans toute l'Afrique du Sud pour empêcher la transmission du VIH d'une femme enceinte à son f?tus.

L'ultimatum a déclenché une tempête de protestations à la conférence. On estime à environ 8.000 le nombre de bébés nés de mères séropositives chaque mois en Afrique du Sud.

Une session plénière spéciale a été réservée pour traiter de ces préoccupations.

Dans un discours enregistré sur magnétoscope, Peter Piot, directeur exécutif de l'ONUSIDA, a dit que seul un front uni pleinement engagé à atteindre une série d'objectifs communs vaincra l'épidémie. Il a ajouté que la Déclaration d'engagement des Nations Unies était très claire sur le fait que la prévention et le traitement sont des composantes tout aussi essentielles dans la réponse au SIDA.

"Partout dans le monde, le débat n'est pas de savoir s'il faut offrir un traitement anti-rétroviral dans le secteur public, mais il porte sur comment le faire, étant donné les nombreuses contraintes réelles", a-t-il souligné. "Mais pour l'amour du ciel, n'attendons pas pour agir avant d'avoir la solution parfaite, parce que l'ère de la solution parfaite est encore trop loin".

Près de 600.000 Sud-Africains sont prêts à commencer le traitement avec les anti-rétroviraux, mais à peu près 1.500 seulement dans le secteur public recevaient le traitement, affirme la TAC.

Dans le secteur privé, ce chiffre tourne autour de 20.000 personnes sous anti-rétroviraux, dit-il.

Bannenburg estime qu'une combinaison de médicaments anti-rétroviraux – la ANZ, 3CT et la Névirapine – pourrait être achetée auprès de l'entreprise pour 40 dollars US le mois, beaucoup moins cher que ce qui est vendu sur le marché actuellement.