LUSAKA, 21 mai (IPS) – L'ancien président zambien Kenneth Kaunda connaît bien le VIH/SIDA, pour avoir perdu son propre fils à cause de la maladie incurable à la fin des années 80.
Après avoir perdu son fils, il est devenu le premier président africain à prendre publiquement position et à faire campagne contre la pandémie.
Maintenant, Kaunda estime que les dirigeants africains devraient aborder la lutte contre le VIH/SIDA avec la même vigueur qu'ils avaient combattu l'esclavage, le colonialisme et l'apartheid.
Dans ses fréquents messages publicitaires radiotélévisés, Kaunda affirme qu'il y a un besoin urgent que les dirigeants africains redoublent leur volonté politique afin de contrer efficacement la propagation de la pandémie, qui ravage actuellement le continent.
Décrivant le VIH/SIDA comme l'ennemi le plus mortel de l'Afrique au 21ème siècle, l'ancien combattant de la liberté et militant anti-apartheid, affirme : "Nous avons vaincu l'esclavage, le colonialisme et l'apartheid.
Nous devons maintenant combattre le VIH/SIDA avec une volonté politique accrue de nos dirigeants".
Kaunda, 80 ans, a dirigé la Zambie de 1964 à 1991. Durant sa présidence, il a apporté un soutien indéfectible aux mouvements de libération en Angola, Namibie, Mozambique, Zimbabwe et en Afrique du Sud voisins.
Depuis qu'il a perdu l'élection présidentielle en novembre 1991, il a consacré sa vie à la lutte contre les ravages du VIH/SIDA à travers son institution caritative, la Fondation Kenneth Kaunda pour les enfants d'Afrique (KKCAF).
"Pour gagner la bataille contre le VIH/SIDA", a-t-il indiqué, "abstenez-vous des relations sexuelles ou utilisez un condom chaque fois que vous avez des rapports sexuels. Prenez des conseils gratuitement et faites le test volontaire. Parlez ouvertement du VIH/SIDA avec votre famille et vos amis".
"Nous devons agir parce c'est seulement ainsi que nous pouvons épargner l'Afrique et nous protéger nous-mêmes contre l'ennemi le plus mortel que nous ayons jamais rencontré", souligne-t-il.
L'organisation caritative de Kaunda offre des aliments nutritionnels et des soins médicaux aux orphelins du SIDA. Elle fournit également à 160 orphelins, âgés de trois à six ans, des uniformes scolaires, des bics et des cahiers d'exercices.
Un récent rapport des Nations Unies sur le développement humain affirme que la pandémie du VIH/SIDA tuera plus de dix millions de personnes en Afrique au sud du Sahara d'ici à 2015. Les espérances de vie, qui avaient commencé par augmenter dans les années 60, ont chuté depuis les années 90 à cause de l'épidémie.
Dans la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC), forte de 14 nations, on s'attend à ce que 6,3 millions de personnes meurent de la maladie entre 1995 et 2005, souligne le rapport.
Le produit intérieur brut (PIB) de la Zambie avait baissé de neuf pour cent en 2000 comme une conséquence directe du VIH/SIDA, selon le rapport. Le nombre de personnes vivant avec le VIH/SIDA a augmenté rapidement depuis que le premier cas de maladie a été diagnostiqué dans le pays en 1984.
En 1995, le nombre était passé à 200.000 et à la fin de 1996, les chiffres avaient doublé et avaient atteint 1,02 million en 1997. Ceci incluait 950.000 adultes et 70.000 enfants, selon le rapport de l'ONU.
Entre 1990 et 1998, l'espérance de vie du Zimbabwe a perdu 12,66 années.
Celle du Botswana 10,55 ans, celle de l'Afrique du Sud 8,73 années et la Zambie 8,65 ans, selon le rapport.
En 1999, souligne le rapport, le Botswana avait la plus forte prévalence de VIH/SIDA d'adultes dans la région avec 36,1 pour cent. Le Zimbabwe avait 24,3 pour cent, le Lesotho 24,1 pour cent, la Zambie 20,1 pour cent, la Tanzanie, huit pour cent, la République démocratique du Congo (RDC) 5,1 pour cent, l'Angola 2,8 pour cent et l'Ile Maurice 0,1 pour cent.
Au Botswana, Lesotho, Swaziland et au Zimbabwe, 24 à 36 pour cent de la population ayant entre 15 et 49 ans vit avec le SIDA, selon le rapport.
Au Zimbabwe, suite à la situation sociale et politique en détérioration, 2.500 personnes meurent des maladies liées au SIDA chaque semaine, indique le ministère zimbabwéen de la Santé et du Bien-être de l'Enfant.
En Afrique du Sud, 500.000 personnes sont mortes de la maladie depuis son apparition. Ce nombre devrait atteindre 10 millions d'ici à 2015, selon le rapport de l'ONU.
La pandémie a laissé des millions d'enfants sans parents, avec la Zambie ayant, à elle-seule plus de 500.000 orphelins à charge. "Je soutiens Kaunda. Nous avons besoin de lois pour enrayer des pratiques traditionnelles nuisibles (comme le lévirat), protéger les malades contre la stigmatisation et la discrimination de la société, et permettre à la majorité des pauvres d'avoir accès aux médicaments anti-rétroviraux", affirme Jackson Mubanga, un éducateur des pairs pour le VIH/SIDA.
Kaunda a exhorté les hommes d'affaires à jouer un rôle dans la lutte contre le VIH/SIDA. "Lorsque des gens périssent, les entreprises périssent également", déclare-t-il.
Le 'Business Coalitions of AIDS' (Coalitions d'entreprises sur le SIDA en Zambie, l'Anglo-American Corporation du Swaziland et d'Afrique du Sud mènent régulièrement des campagnes de sensibilisation et de conseils en direction des employés et de leurs épouses sur les lieux de travail.
A la déception des militants anti-SIDA, l'armée zambienne a annoncé récemment qu'elle soumettrait ses candidats aux tests du VIH/SIDA et que ceux qui seraient séropositifs ne seraient pas recrutés dans les forces de défense.

