EDUCATION-KENYA: Inscriptions massives avec la suppression des frais descolarité par le gouvernement

NAIROBI, 10 fév (IPS) – L'école primaire de Kihumbuini, comme des milliers d'autres à travers le Kenya, a connu une arrivée massive des enfants lorsque les frais de scolarité ont été supprimés le mois dernier. Le nombre d'élèves est passé de 600 à 1.000 du jour au lendemain.

Kihumbuini, l'une des plus grandes écoles primaires de la ville, est située dans le bidonville tentaculaire de Kangemi.

Ici, comme dans les bidonvilles qui se trouvent partout dans la ville, la majorité des populations sont soit des chômeurs soit des travailleurs occasionnels, gagnant à peine assez pour survivre. En conséquence, le taux d'inscription de l'école primaire dans la capitale kenyane est tombé à un peu plus de 50 pour cent.

Les parents désireux d'inscrire leurs enfants à Kihumbuini devaient payer un montant initial de 130 dollars US — très au-dessus des budgets de la plupart des Kenyans, qui gagnent moins d'un dollar par jour. Leurs enfants étaient donc privés du droit à l'éducation. Au lieu de cela, certains vendaient des noisettes ou quémandaient au bord des grandes routes animées pour gagner quelques shillings afin d'aider leurs familles. D'autres restaient à la maison, aidant leurs parents dans des tâches domestiques. Avec l'introduction de l'éducation primaire gratuite, tout cela a changé..

Maintenant, les seuls frais de démarrage sont l'achat d'un uniforme, qui coûte environ 25 dollars US, laissant la famille avec plus d'argent à dépenser sur les besoins essentiels comme une alimentation saine. "C'est une situation formidable", dit avec enthousiasme la maîtresse Mary Njoroge.

"Les enfants arrivent en sachant que ce tout ce dont ils ont besoin, c'est un uniforme. Même ceux qui n'en ont pas, nous nous occupons d'eux", affirme-t-elle. "L'argent qui servait pour les frais de scolarité est maintenant utilisé pour la nourriture", ajoute-t-elle. Certains enfants sont de vrais débutants. D'autres peuvent reprendre là où ils avaient abandonné lorsque la pauvreté les avait forcés à quitter l'école. George Kamau, âgé de 17 ans, a réussi à finir six des huit niveaux du cours primaire. Mais il a été obligé d'abandonner lorsque ses parents sont décédés, il y a deux ans. "Je n'allais pas à l'école parce que je ne pouvais pas payer les frais de scolarité lorsque mes parents sont morts. Je cherchais quelqu'un pour me les payer", explique-t-il.

Kamau a pu maintenant retourner à l'école en septième année. "Je pense que c'est très bien", affirme-t-il.

Avec le coût de l'éducation beaucoup moins élevé, des efforts sont en train d'être faits pour ramener tous les enfants de la rue à l'école pour qu'ils puissent s'attendre à un avenir meilleur. A Kihumbuini, la plus grande affluence a été notée en première année, Niveau 1, où le nombre d'élèves a triplé.

Pour faire face à cette admission massive, les maîtres ont commencé par enseigner par rotations, avec la moitié des élèves qui vient le matin et l'autre moitié l'après-midi. Ceci a conduit à une certaine confusion. Il y a tellement de nouveaux visages qu'il est difficile pour les maîtres de s'assurer que chaque enfant ne prend part qu'à une seule session. "Auparavant, nous connaissions les noms de ces enfants. Actuellement, c'est très difficile. Vous verrez le même enfant venir le matin et l'après-midi.

Pour les identifier, nous avons des problèmes", indique Njoroge. "C'est seulement lorsque l'enfant vient vers vous et dit : 'je n'ai pas pris mon déjeuner que vous savez que cet enfant n'était pas dans la session du matin", poursuit-elle, avec un sourire.

Les salles de classe sont trop petites pour contenir tous les élèves. Les maîtres ont donc décidé de sortir les tables et bancs pour faire asseoir les enfants sur des nattes, fournies par le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF). "Ils nous ont donné toutes sortes d'idées pour rendre l'éducation très simple", estime la directrice Rose Muya. L'école n'avait pas non plus assez d'argent pour acheter des cahiers d'exercice en nombre suffisant. Les enseignants ont alors improvisé en faisant un petit tableau sur le mur pour chaque élève.

"Au cas où l'enfant n'a pas un cahier d'exercice, cela n'est pas une excuse pour ne pas apprendre. Les enfants écrivent sur les tableaux muraux", souligne un autre maîtresse, Lucy Kongo. Kongo pense que ce système est encore meilleur que le système traditionnel qui utilise les cahiers d'exercice. "Un maître peut jeter tout de suite un coup d'œil et savoir quel enfant a un problème et peut donc être assisté. Ceux qui sont rapides peuvent recevoir plus de travail. C'est donc très facile pour l'enseignant de contrôler plusieurs enfants à la fois", ajoute-t-elle.

Etant donné ces pressions, on craint que la qualité de l'éducation primaire ne baisse à moins que des fonds substantiels n'y soient injectés. En visite à l'école primaire Kihumbuini, le ministre de l'Education, George Saitoti, a cherché à rassurer les élèves et enseignants que l'argent sera trouvé. "Je veux dire aux Kenyans que nous ne fléchirons pas jusqu'à ce que chaque enfant en âge d'aller au cours primaire soit inscrit à l'école. Nous allons soutenir ce projet parce que nous croyons que c'est important", a-t-il déclaré.

"Non pas parce que c'est le droit de chaque enfant, mais parce que nous savons qu'en éduquant les enfants, nous investissons dans l'avenir de ce pays", a-t-il ajouté. La promesse d'une éducation gratuite a été un facteur clé dans la victoire de la Coalition nationale Arc-en-ciel lors des élections de décembre. Le président Mwai Kibaki devait donc faire vite pour honorer cette promesse quelques jours après sa prestation de serment, bien qu'il n'ait aucun budget pour le financer.

Il envisage de faire voter un budget supplémentaire pour l'éducation dès la ré-ouverture de la session parlementaire plus tard ce mois.