POLITIQUE-RD CONGO: La dernière ligne droite de la mission de l'envoyéspécial de l'ONU

KINSHASA, 8 fév (IPS) – Moustapha Niasse, le négociateur envoyé spécial des Nations Unies pour la crise congolaise, a déclaré à Kinshasa, cette semaine, qu'il entamait la dernière ligne droite de sa mission de médiation en République démocratique du Congo (RDC).

Niasse devait se trouver vendredi à Goma, dans l'est de la RDC pour des pourparlers avec les autorités du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD/Goma). La veille, le jeudi 6 février, il avait conféré avec les responsables du Mouvement de libération du Congo (MLC) à Gbadolite et du RCD National à Isiro, dans le nord-est du pays.

"Ma mission au Congo comportait trois volets", avait indiqué Niasse, au sortir d'un entretien avec le chef de l'Etat congolais, Joseph Kabila, à Kinshasa, la capitale congolaise, le 5 février. Le premier volet est de ramener les Congolais vers la table des négociations, le second, de refaire l'intégrité du pays et, enfin, le troisième, d'aider les Congolais à mettre sur pied de nouvelles institutions de transition, préparatoires aux élections". Partout où il est arrivé, le message de Niasse est le même : "Nous devons aller vite. Les réunions des commissions techniques doivent se tenir et se terminer entre le 20 et le 27 février 2003, la grande plénière de clôture du dialogue inter-congolais étant prévue pour mars-avril". A son retour à Kinshasa, Niasse rencontrera la société civile, le Rassemblement congolais pour la démocratie/Mouvement de libération (RCD/ML) de Mbusa Nyamwisi ainsi que les délégués de la résistance Maï-Maï.

Les réunions techniques traiteront des questions sensibles encore en suspens, notamment la constitution de la transition, la création d'une nouvelle armée intégrée ainsi que la sécurisation des différents acteurs politiques issus de la rébellion pendant la période de transition. C'est dans ce cadre que se trouve, au Congo, une délégation d'officiers militaires belges, conduite par le lieutenant-général Van Demurtel qui explique les objectifs de sa mission : "D'abord, trouver une solution à la problématique de la sécurité des institutions à Kinshasa, qui est une condition préalable à l'installation des institutions intérimaires du gouvernement intérimaire; ensuite essayer de trouver un mode opératoire pour réaliser une armée républicaine unique et intégrée". Le général belge a annoncé qu'une autre mission militaire restait en contact permanent avec Niasse pour l'aider à résoudre la question militaire du dialogue inter-congolais. La délégation militaire belge, qui se trouvait encore vendredi à Gbadolite, fait suite à la mission qu'avait conduite, début-janvier en RDC, Louis Michel, vice-Premier ministre et ministre belge des Affaires étrangères. Michel avait promis de contribuer, sur le plan militaire, à la formation de la nouvelle armée républicaine congolaise.

Toutes ces précautions, tendant à garantir une issue heureuse à la longue et douloureuse crise congolaise, n'arrivent pourtant pas à mettre les Congolais en confiance. Les Congolais redoutent, en effet, un possible échec de la mission de Niasse à cause, disent-ils souvent, du "manque de maturité politique et de sens de responsabilité" des acteurs qui les représentent dans les différentes négociations politiques depuis le début du processus de paix.

Lubunga Bya'Obme, analyste politique, est de ceux qui développent une sorte de "congo-pessimisme" pour avoir assisté à toutes les phases du processus : "La première chose, c'est que ce n'est pas la première fois que l'on parle de dernière ligne droite chaque fois qu'il y a un nouveau départ dans ces négociations politiques inter-congolaises".

"Après Gaborone, lors de la première négociation, il y a deux ans, c'était l'euphorie et l'enthousiasme. Les Congolais de tous bords s'étaient donné l'accolade et tout le monde croyait que la solution était proche", rappelle-t-il.

"Deux ans plus tard, nous ne sommes nullement avancés. La guerre actuelle a, certes, commencé sur instigation des puissances étrangères. J'ai l'impression maintenant que les divergences internes, parmi les Congolais, sont tellement profondes qu'elles persisteront, même après le départ des Rwandais, des Ougandais et des Burundais que nous montrons du doigt comme étant la source de nos malheurs. Rien ne me permet de croire que la dernière ligne droite de Moustapha Niasse est vraiment la toute dernière", affirme Bya'Obme.

Bya'Ombe regrette particulièrement que les hommes politiques congolais "ne puissent pas dépasser leurs petits intérêts personnels. Tout le monde veut être ministre sans se préoccuper de savoir si l'Etat congolais existe".

Effectivement, la course aux postes politiques bat son plein parmi les négociateurs qui veulent accaparer tous les postes disponibles au détriment de tous les autres Congolais. Huit candidats s'entre-déchirent pour le seul poste de vice-président de la République réservé à l'opposition politique non armée.

La société civile n'est pas épargnée par cette course aux postes politiques.

Elle est maintenant divisée en deux, entre proches du pouvoir actuel et ceux de l'opposition radicale. Quant aux résistants Maï-Maï, ils attendent de s'opposer à l'article 11 du projet de constitution qui accorde la nationalité congolaise à toute personne dont la tribu se trouvait sur le territoire de la RDC au 30 juin 1960, date de l'indépendance du pays : "On veut faire de tous les Rwandais, qui ont pris des armes contre la République, des Congolais et cela, nous ne l'accepterons jamais", a déclaré Raphaël Luhulu, un résistant de la province du Maniema (est du pays).