OUAGADOUGOU, 7 fév (IPS) – Un projet du Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), visant à accroître le taux de scolarisation au Burkina Faso, a permis d'inscrire plusieurs milliers d'enfants à l'école.
Quelque 100.000 élèves fréquentent les 230 écoles satellites construites depuis le lancement du projet en 1995 dans ce pays d'Afrique de l'ouest, qui compte 11 millions d'habitants dont 51 pour cent vivent sous le seuil de pauvreté.
Le gouvernement burkinabè avait fait appel à l'UNICEF au milieu des années 90 pour l'appuyer dans sa quête de l'éducation pour tous en permettant au maximum d'enfants d'aller à l'école, notamment dans les régions pauvres, défavorisées et à faible taux de scolarisation.
A l'école satellite, l'enfant apprend avec sa langue maternelle et le français. Il rejoint l'école classique après les trois premières années. Selon des études menées récemment par l'Université de Ouagadougou, la capitale burkinabè, les résultats des élèves des écoles satellites sont deux fois supérieurs à ceux des élèves des écoles classiques.
Le taux de succès dans ces écoles est de 85 pour cent contre 42 pour cent dans les écoles classiques. En outre, les élèves des écoles satellites occupent les dix premières places dans les écoles classiques des 14 provinces où le projet est implanté.
Selon la Banque mondiale, les enfants transférés des écoles satellites dans les écoles classiques, sont plus performants que les autres dans toutes les matières essentielles comme le français, les mathématiques…
Ces performances sont dues, selon ces études, à l'utilisation de la langue maternelle qui favorise l'acquisition rapide des connaissances, l'emploi d'un personnel enseignant du milieu qui comprend mieux les problèmes ainsi que l'implication des parents d'élèves dans la gestion de l'école qui encourage les enseignants.
"Il n'y a pas de développement sans formation, or nous sommes persuadés que l'école satellite, qui se développe au sein de la communauté, va permettre de développer l'économie communautaire à travers une formation et un enseignement adaptés car pendant longtemps, l'école s'est démarquée de nos réalités, de notre culture", estime le président burkinabè, Blaise Compaoré, invité par l'UNICEF à visiter en janvier une école satellite de la province de la Gnagna, dans l'est du pays.
La Gnagna est l'une des provinces du Burkina Faso où le taux de scolarisation n'excède pas 17 pour cent. Le taux de scolarisation des filles y frôle les 10 pour cent. Le taux moyen global de scolarisation du pays est de 43 pour cent.
"Il faut faire aussi en sorte que l'école soit plus adaptée à nos besoins, aux attentes de nos sociétés parce que là, vous voyez que presque au quotidien, les élèves sont dans leur milieu, encadrés par les parents et les mères et cela donne des résultats qui, selon des analyses et enquêtes, montrent que c'est une formule qui peut être véritablement une alternative, pour combler ce déficit au niveau de notre pays", se réjouit Compaoré.. Il voit dans cette formule une occasion de pouvoir élargir l'offre de l'éducation devant le manque de moyens de l'Etat.
L'école satellite met l'accent sur les spécificités locales comme la nutrition, la santé, l'élevage, l'embouche, le maraîchage, l'hygiène, l'éducation à la vie familiale et les droits civiques.
L'école située dans les zones défavorisées, en moyenne à quatre kilomètres d'une école à cycle complet, permet, selon le représentant de l'UNICEF au Burkina, Joan French, de "rapprocher physiquement et culturellement les élèves de leur milieu". Selon l'UNICEF, les enfants sont trop petits dans ces milieux pour parcourir de longues distances – trois à quatre kilomètres – et se rendre à l'école, et sont démunis pour avoir un vélo. "Cette formule, basée sur la participation des familles, vise à terme la réduction de la pauvreté en préparant un avenir meilleur aux enfants", affirme French. "L'avantage de l'école satellite, c'est une éducation bilingue, donc c'est aussi une continuité avec ce que l'enfant fait à la maison; mais mieux, le projet permet à des enfants, qui étaient exclus du système, d'avoir accès à l'école", souligne le ministre de l'Education de Base et de l'Alphabétisation, Mathieu Ouedraogo. Dans certaines provinces, les parents d'élèves retirent leurs enfants des écoles classiques pour les envoyer à l'école satellite. Le fait que les communautés participent à la gestion, fait de l'école leur affaire et garantit son succès, selon les autorités. "Cela permet d'améliorer le recrutement parce que les enfants s'inscrivent nombreux car l'école étant plus proche, ça permet également d'améliorer le taux de scolarisation des filles", ajoute Moumouni Compaoré, directeur de l'éducation de base de la province de la Gnagna.
Les autorités espèrent donner un coup de fouet à l'éducation des filles grâce à l'école satellite. Le taux de scolarisation des filles tourne autour de 36 pour cent au Burkina contre 48 pour cent pour les garçons. Les écoles satellites devraient permettre d'atteindre 50 pour cent pour les filles en 2005 et un taux global de 60 pour dans la même période.
Les communautés organisées en comités de gestion et en association de parents d'élèves et de mères éducatrices travaillent au bon fonctionnement de l'école et à l'adhésion des populations. "L'école classique est inadaptée à partir du moment où elle n'arrive pas à répondre de façon objective aux attentes des populations, c'est-à-dire les enfants qui y vont n'apprennent pas quelque chose de leur propre main. Or avec les écoles satellites, les enfants apprennent quelque chose de pratique comme le jardinage, l'embouche, la fabrique de pain, la production de miel", indique Mariam Lompo, une mère d'élève de la Gnagna.
"Ma fille est à l'école du village et je la vois grandir. Non seulement elle apprend à mieux se débrouiller plus tard quand elle sera mère, mais elle saura écrire en français et pourra un jour travailler dans un bureau", poursuit-elle.
Les écoles satellites sont équipées de points d'eau potable, de latrines et de cantines. L'UNICEF a obtenu du Programme alimentaire mondial et de l'ONG Cathwell un engagement à soutenir les cantines scolaires dans les écoles satellites des 14 provinces concernées.
Malgré le succès de l'école satellite, les autorités entendent encourager l'adhésion par la sensibilisation. Le ministère de l'Education a cependant commencé à former des enseignants pour ce type d'écoles pour répondre à la demande des parents. "Les reformes sont un processus, ne se décrètent pas.
On attend des populations qu'elles en fassent la demande", explique le ministre.
Les contributions cumulées pour les écoles satellites devraient atteindre 21 milliards de francs CFA (environ 30 millions de dollars US) en 2005. Les principaux pays donateurs sont les Pays-Bas, la Norvège, le Canada, la France, les Etats-Unis, etc. L'UNICEF, qui a lancé le projet, coordonne la mobilisation et l'action des bailleurs de fonds.

