CONAKRY, 5 fév (IPS) – Les vagues successives de réfugiés, qui ont déferlé en Guinée, avec les guerres au Liberia et en Sierra Leone, au cours des années 90, ont provoqué une forte destruction des forêts guinéennes, dans le sud de ce pays d'Afrique de l'ouest.
Selon Mamadou Dia, chef de la section chasse et aires protégées au ministère guinéen de l'Agriculture et de l'Elevage, "les guerres du Liberia et de la Sierra Leone, entraînant un afflux de réfugiés dans notre pays et les attaques rebelles à nos frontières, ont considérablement affecté les ressources forestières de la Guinée". "Plusieurs centaines d'hectares ont été détruits par les nouveaux arrivants, soit par la coupe du bois pour défricher des champs, soit pour faire du charbon de bois destiné à la vente. Il est difficile, pour le moment, de faire un inventaire complet des destructions compte tenu de la situation particulière de la zone sinistrée", a-t-il déclaré à IPS. Les localités de Macenta et Diécké (à 800 kilomètres dans le sud-est du pays), Kissidougou (601 km au sud), qui ont subi les destructions, ont été déclarées zones militaires depuis les attaques perpétrées par des rebelles entre septembre 2000 et mars 2001. Macenta est la seule préfecture de la Guinée qui fait frontière à la fois avec le Liberia et la Sierra Leone.
Dia affirme que "ces pratiques ont eu pour conséquences directes la baisse de la pluviométrie et la canicule que l'on constate ces dernières années. La dégradation de nos ressources forestières se fait de plus en plus sentir. La loi portant code forestier n'est pas appliquée efficacement", dit-il.
Les autorités guinéennes ont en effet interdit toute exportation de bois, gelant ainsi un marché qui, selon un rapport du ministère de l'Agriculture, tournait autour de 15 milliards de francs guinéens (environ 7,5 millions de dollars US) et employait entre 27.000 et 32.000 personnes.
Fatoumata Diariou Tounkara, responsable de la communication au Haut commissariat aux réfugiés (HCR) en Guinée, a déclaré : "C'est vrai que la présence des réfugiés a provoqué des problèmes environnementaux, mais le HCR et ses partenaires oeuvrent pour la réparation des dégâts causés. Nous avons un programme de reboisement des sites sur plusieurs centaines d'hectares.
Des arbres à croissance rapide comme le tek, l'acacia, etc., sont actuellement plantés dans les localités en question". Au cours d'une conférence de presse organisée récemment à Conakry, la capitale guinéenne, à l'occasion d'une visite du haut commissaire adjoint des Nations Unies pour les réfugiés, Ann Mary Wirsch, le problème a été soulevé. La responsable du HCR a reconnu que "c'est un problème réel", confirmant que le "HCR a pris des mesures pour reboiser les zones qui ont été détruites".
Selon Christine Kourouma Sagno, chef de la division faune et protection de la nature en Guinée, les animaux ont aussi souffert de la présence des réfugiés. "Vu leur nombre élevé, les réfugiés ont eu un impact négatif sur la faune. Ils se livraient à la chasse de subsistance, mais de façon réellement abusive. Beaucoup d'animaux sauvages ont été exterminés. Mais le HCR nous a aidés à trouver des appuis pour restaurer en partie nos forêts", a-t-elle indiqué. Dia estime toutefois que "les arbres qui ont été abattus ne pourront jamais être totalement remplacés par ceux que l'ont plante actuellement. Une forêt artificielle ne peut pas remplacer une forêt naturelle". Pour Richard Kromah, réfugié libérien, "les réfugiés n'avaient pas le choix. Nous étions démunis et nous étions obligés de nous battre pour survivre". Entre 1989 et 2000, la Guinée a accueilli plus de 700.000 réfugiés, en majorité des Sierra Leonais, selon les statistiques du HCR. Selon des chiffres officiels, la Guinée compte plus de 24 millions d'hectares de formations végétales, dont seulement 1,02 pour cent de mangroves et 2,85 pour cent de forêt dense et humide. La forêt dense sèche et la forêt claire ne représentent, pour leur part, que 6,51 pour cent.
Hormis les réfugiés, les menuisiers et les vendeurs de charbon sont aussi indexés. "Rien qu'à Conakry, le charbon de bois correspond à 81 pour cent de l'énergie domestique durant l'hivernage et 42 pour cent en période sèche", affirme Dia qui précise que la consommation énergétique de toute la Guinée est estimée à l'équivalent de 1,582 million de tonnes de pétrole par an. La fabrication de meubles correspond à 58.500 mètres cubes. Mame Aïssata Camara, vendeuse de charbon dans la commune de Kaloum, à Conakry, explique : "Je réussis à vendre jusqu'à sept sacs de 50 kilogrammes de charbon de bois par jour. Ces sacs me reviennent à 3.500 francs guinéens (environ 1,75 dollar US) l'unité et je les revend à 5.000 FG (environ 2,5 dollars US). En général, mes sources d'approvisionnement sont les commerçants qui reviennent de la région forestière (sud du pays)", précise-t-elle.
Selon Camara, "les gens achètent du charbon essentiellement pour faire la cuisine. Mais parfois, certains utilisent le produit dans les fers à repasser pour redresser leurs vêtements quand il n'y a pas de courant électrique ou pour le chauffage, en période hivernale".
Les coupures de courant électrique sont fréquentes à Conakry et ont été même à l'origine d'une importante manifestation de mécontentement dans la capitale, la semaine dernière.

