FREETOWN, 16 jan (IPS) – Les habitants des quartiers est de Freetown, la capitale de la Sierra Léone, essaient encore de se remettre du choc de bruits de coups de feu qui les ont brusquement réveillés aux premières heures de lundi, suite à une attaque contre une base militaire par des hommes armés inconnus.
"C'était l'enfer pour nous puisque nous croyions qu'une autre invasion de la ville par des forces rebelles était en cours", a fait remarquer Jacob Johnson, un fonctionnaire résidant dans la zone.
Johnson a indiqué à IPS que lui et sa famille de six membres s'étaient cachés sous leur lit, attendant de fuir. "Les assaillants ont utilisé plusieurs sortes d'armes, allant des fusils d'assaut aux mitrailleurs", a-t-il affirmé.
La police sierra léonaise a publié une déclaration indiquant que l'armée, les troupes des Nations Unies et la police ont riposté à l'attaque des assaillants et maîtrisé la situation.
La déclaration ajoute : "Un certain nombre d'arrestations ont été opérées". De sources non confirmées, on apprend que sur les 13 personnes jusqu'ici arrêtées, deux sont des soldats sierra léonais en service. Selon un analyste militaire, l'implication des soldats montre que le motif des assaillants était d'emporter des armes et des munitions "pour de possibles activités subversives".
Le département criminel de la police affirme que le motif des assaillants n'est toujours pas clair et que les investigations se poursuivaient.
L'attaque du régiment de mécanique a suscité de sérieuses interrogations sur la situation sécuritaire dans un pays qui vient juste de sortir d'une guerre civile sanglante de 10 ans.
"Je pense que nous devons revoir tout le dispositif de sécurité, compte tenu de la dernière attaque contre une base de l'armée", remarque l'analyste militaire, Philip Sesay. "C'est ainsi qu'ils (des gangs armés) commencent à fomenter le désordre".
Il y a environ une semaine, la police a effectué une descente dans la maison de l'ancien président Joseph Momoh dans un quartier ouest de Freetown, soupçonnant les ex-combattants – qui occupent actuellement les locaux – d'être engagés dans des activités présumées subversives.
Rien d'intéressant pour la police n'a été trouvé bien que plusieurs arrestations aient été opérées. La plupart des occupants de la maison étaient des combattants de faction durant la guerre civile sierra léonaise.
Le leader de l'opposition, le parti 'All Peoples' Congress' (APC) au parlement, Ernest Koroma, a condamné la descente, estimant toutefois que le parti au pouvoir, le Sierra Leonean Peoples' Party (SLPP) est simplement paranoïaque. "Ils (gouvernement) sont simplement en train de se cacher derrière leurs politiques infructueuses en parlant toujours de coups d'Etat et d'activités subversives", a indiqué Koroma dans une interview à un journal.
Maintenant, on se pose des questions sur la situation sécuritaire globale du pays, tout juste un an après l'annonce de la paix.
Marie Sesay, mère de quatre enfants résidant dans la communauté industrielle de Wellington où s'est produit l'incident, a indiqué à IPS mercredi : "Le gouvernement doit savoir qu'il doit prendre plus au sérieux la question de la sécurité. Leurs erreurs ont entraîné les massacres commis dans le pays par des forces rebelles et nous ne voulons pas une répétition de ces incidents sanglants".
Alusine Lamin, un charpentier vivant dans la même zone de Wellington, a déclaré : "Nos forces de sécurité doivent adopter une attitude plus énergique, autrement, nous devrions nous préparer à un autre chapitre terrible de notre histoire".
La Sierra Léone a connu une guerre civile sanglante entre 1991 et 2001. Plus de 80.000 personnes ont été tuées et des milliers d'autres mutilées ou déplacées. Plusieurs Sierra Léonais, las de la guerre, se tournent maintenant vers la Cour spéciale soutenue par les Nations Unies, qui a reçu le mandat de juger des individus qu'on croit porter la plus grande responsabilité dans les atrocités commises durant la guerre.
D'autres sont, toutefois, inquiets au sujet du tribunal. "Comment peuvent-ils juger des gens qui ont décidé de donner une chance à la paix?", demande un ex-combattant qui se présente sous le nom de John. "Si c'est le genre de paix que nous voulons, alors nous devrions tous nous préparer pour des ratés en cours de route".
Ce qui préoccupe plus les populations en Sierra Léone, c'est l'actuel retrait progressif des troupes des Nations Unies du pays, avec l'émergence de la paix. Les troupes qui comptaient environ 17.000 hommes, la plus grande mission de maintien de paix au monde, seront réduites jusqu'à 4.000 hommes en deux ans.
Selon un porte-parole de la mission de l'ONU, connue sous le nom de la MINUSIL, le retrait est fait compte tenu de "la situation sécuritaire améliorée dans le pays".
Un porte-parole du ministère de la Défense a indiqué à IPS mercredi que les forces de sécurité étaient en état d'alerte. "Nous ne pouvons pas permettre que ce pays sombre de nouveau dans le chaos après une paix durement acquise.
Nos forces de sécurité remuent ciel et terre pour s'assurer que l'Etat est stable et que les populations sont sécurisées".

