KINSHASA, 9 jan. (IPS) – Trente condamnations à mort, la prison à perpétuité pour 26 inculpés et plusieurs années de servitude pénale pour une trentaine d'autres constituent le verdict que la Cour d'ordre militaire de Kinshasa a rendu public au terme du procès de l'assassinat de Laurent Désiré Kabila.
Le procès de l'assassinat de l'ancien président de la République démocratique du Congo (RDC), criblé de balles le 16 janvier 2001 dans son palais à Kinshasa, la capitale du pays, a duré près d'une année et concernait quelque 130 prévenus.
Quarante sept personnes, des femmes pour la plupart, ont eu la chance d'être relaxées. Seules, parmi les femmes inculpées, Nelly Twite Ngoie, ancienne secrétaire particulière du président défunt et le lieutenant Amy Kalumbu, de la sécurité présidentielle, ont écopé respectivement de 20 et de cinq ans de prison.
Après l'annonce du verdict mardi à la prison de Makala, à Kinshasa, où se déroulait le procès, l'ambiance était variable : elle était triste pour les condamnés à la peine capitale et à perpétuité, morose pour les autres condamnés et chaleureuse dans le camp des personnes acquittées. Parmi les personnes condamnées à mort, se trouvent le colonel Eddy Kapend, ancien chef d'état-major particulier du président Kabila et Leta Mangasa, chef de la sécurité nationale. Il est principalement reproché à Kapend de s'être préoccupé d'abord de poursuivre Rashidi Kasereka, l'assassin du président, au lieu de protéger le chef de l'Etat, et d'avoir fait disparaître l'arme du crime. Il est reproché à Mangasa d'avoir failli à sa mission de chef de la sécurité du pays, étant donné que l'on croit, à Kinshasa, que le coup est préparé de l'extérieur. "Ce verdict ne concerne qu'une partie du procès", a déclaré le colonel Charles Alamba, le procureur général de la Cour d'ordre militaire, à l'issue du procès, ajoutant que "l'instruction continue, notamment au sujet des personnes dont il manque certains éléments dans le dossier d'instruction et sur lesquelles continuent de peser certaines présomptions". Cette déclaration fait probablement allusion aux personnes qui ont été acquittées alors que tout portait à croire qu'elles devaient connaître la vérité, bien que l'accusation n'ait pas réussi à les inculper. Tel est le cas de Emile Mota, ancien conseiller économique du chef de l'Etat, le dernier à avoir vu vivant le président Kabila du fait qu'il se trouvait seul avec lui, dans son bureau, au moment des faits. Mota n'a pas convaincu, selon la Cour, sur des questions pourtant capitales, notamment sur celle de savoir comment il a pu échapper à l'attention du meurtrier alors qu'il était un témoin gênant. Ensuite, pourquoi s'est-il précipité pour ramasser les douilles des balles meurtrières au lieu de défendre le chef de l'Etat? Il a pourtant été acquitté.
Les décisions de la Cour d'ordre militaire étant irrévocables, les personnes condamnées n'ont plus, comme recours, que la grâce présidentielle. C'est ce qu'a regretté Me Jean Elley, l'un des avocats du colonel Kapend : "La Cour d'ordre militaire étant un tribunal d'exception, nous devrions pouvoir user de voies de recours extraordinaires, notamment en passant par celles du Conseil de guerre général qui a été paralysé par le nouveau pouvoir. Il ne nous reste plus qu'à recourir à la grâce du président de la République". D'un grand retentissement au départ, il y a une année, le procès n'a pas soulevé tellement de foules à son dénouement. Pour bon nombre de Kinois (habitants de Kinshasa), il a commencé tard, le 15 mars 2001 et a duré trop longtemps. "Et puis, il a été entouré de beaucoup de mystères", se plaint Maurice Kinda qui habite le quartier de la prison de Makala. "Nous habitons les environs de la prison, mais nous ne savions pas ce qui s'y passait. Le fait qu'on ait interdit aux journaux et aux télévisions privés de couvrir le procès en a terni l'image et diminué l'impact sur la population. A croire qu'il y avait des choses à cacher", indique Kinda. Floribert Chebeya, président de l'organisation non gouvernementale (ONG) "La voix des sans voix", trouve bon ce verdict par rapport au réquisitoire du procureur de la Cour du 11 octobre 2002, qui avait requis 115 condamnations à la peine capitale sur les 130 prévenus.
Mais, estime-t-il, le procès reste "non équitable" dans la mesure où il laisse les Congolais sur leur faim : "On ne sait toujours pas qui a tué le président de la République", ajoute Chebeya.

