SANTE-CONGO: Des efforts pour amener les femmes séropositives à sauverleurs progénitures

BRAZZAVILLE, 18 déc. (IPS) – Prévenir et réduire de moitié le risque de la transmission du VIH/SIDA de la mère à l'enfant par un traitement prophylactique à la névirapine est l'objectif que s'est fixé le Programme de transmission mère-enfant (PTME) du gouvernement au Congo-Brazzaville.

Le PTME et d'autres programmes complémentaires, mis en place dans des centres de santé intégrés, multiplient les efforts de prévention de la transmission mère-enfant du VIH/SIDA, avec la création de plusieurs unités mères-enfants dans les deux principales villes du pays les plus touchées par l'épidémie, Brazzaville la capitale politique et Pointe-Noire la capitale économique. La situation du SIDA au Congo, en particulier chez les femmes enceintes, est très préoccupante. Des chiffres, qui ne traduisent pas toujours la réalité, sont effroyables. Faisant l'état des lieux, la directrice du Programme national de lutte contre le SIDA (PNLS), Marie France Purhuence, a dressé un tableau sombre.

"Au Congo, le taux de prévalence est de 7,2 pour cent; environ 110.000 Congolais, sur une population estimée à 3 millions d'habitants, sont porteurs du VIH/SIDA. Le taux de séroprévalence à Brazzaville est autour de 12 pour cent. Le plus élevé est enregistré à Pointe-Noire, ville pétrolière et centre économique sur la côte atlantique, avec 20 pour cent. Le pays compte plus de 80.000 orphelins de SIDA".

Des études réalisées à Brazzaville ont montré que la séroprévalence du VIH parmi les femmes enceintes en consultation prénatale, est en constance augmentation. Une enquête réalisée dans les deux principales villes en 2001 chez les femmes en consultations prénatales, a révélé un pourcentage élevé de femmes contaminées par le VIH : 16 pour cent à Pointe-Noire contre 8 pour cent à Brazzaville. Alors que ce taux était de 5,4 pour cent en 1996 et 6,7 pour cent en 2000 en Pointe-Noire. Ces chiffres confirment le risque d'exposition à la transmission du VIH de la mère au f?tus. Depuis juin 2001, une étude prospective, effectuée au niveau de deux maternités du projet, montre que la transmission périnatale du VIH est de l'ordre de 41 pour cent et que la mortalité infantile était de 20 décès pour 1.000 naissances vivantes.

Les statistiques du PNLS révèlent également un nombre de 5.000 séropositifs chez des enfants de moins de 15 ans dans le pays. Les spécialistes estiment qu'ils ont probablement été contaminés, pour nombre d'entre eux, par leurs mères, soit à l'accouchement, soit par le lait maternel.

Pour infléchir la courbe, la Fondation Congo assistance, que dirige l'épouse du chef de l'Etat congolais, Antoinette Sassou Nguesso, s'est lancée aussi, depuis l'an dernier, dans un programme de prévention et de réduction de la transmission du virus de la mère séropositive à l'enfant. Cette transmission étant le principal mode de contamination des enfants, un tiers des femmes enceintes porteuses du VIH/SIDA risquent de contaminer leur enfant au cours de la grossesse, de l'accouchement ou de l'allaitement.

La Fondation Congo assistance fait partie du PTME et ces deux programmes disposent d'un financement de 70 millions de francs CFA (environ 107.692 dollars US).

Grâce à un partenariat avec le laboratoire allemand Böhringer Ingelheim, le Congo bénéficiera gratuitement, pendant cinq ans, de la névirapine, un anti-rétroviral qui permet de réduire de moitié, l'incidence de la transmission au stade de l'accouchement.

"Avec ce produit", affirme Jean Claude Loukaka, épidémiologiste et chef du PTME à Brazzaville, "le slogan du projet 'mon enfant vivra' aura bien son sens. Car, si la mère séropositive meurt, l'enfant vivra au moins", assure-t-il.

La démarche appliquée par le PTME consiste, au cours de la surveillance de la grossesse, à informer les femmes enceintes sur les facteurs et la gestion du risque de la transmission du VIH. Après leur consentement individuel et leur acceptation de participer au projet, elles sont incluses dans le groupe du PTME et revues une fois par mois jusqu'à terme. Le succès du projet est quelque peu mitigé. Depuis 2001, sur 2.824 femmes en consultations prénatales, seulement 1.426 ont adhéré au PTME dont 156 ont été diagnostiquées séropositives. Les autres ont abandonné. En outre, quelque 90 enfants se font traiter. "Les femmes séropositives sont suivies pour la prévention des infections opportunistes sur une durée de deux mois et orientées à la maternité pour l'administration, à dose unique, d'un comprimé de la névirapine à la mère au cours de l'accouchement et de quelques gouttes de suspension au nourrisson", explique Loukaka du PTME à Brazzaville.

Selon Loukaka, les résultats sont encourageants, "même s'il faut reconnaître que pour des raisons liées à l'environnement socio-culturel, il est quelquefois difficile d'admettre sa séropositivité et d'arriver à vivre avec". "L'acceptation du dépistage volontaire du VIH intégré à la consultation prénatale et la très bonne accessibilité au traitement prophylactique court, par la névirapine, offriraient assurément des chances aux femmes de pouvoir sauver leurs progénitures", espère le chef du PTME.

Emboîtant le pas au PTME à Brazzaville, la Croix-Rouge française (CRF), a mis en ?uvre un autre programme de même nature à Pointe-Noire. Près de 250 femmes sont suivies dans un centre de la CRF. Ce centre opérationnel depuis juillet, a bénéficié d'un financement accordé par la Commission européenne à hauteur de 599 millions de FCFA (environ 921.538 dollars), qui s'étale sur trois ans.

Dr Olivier Marcey, chef du PTME à la CRF, a déclaré que la CRF a pour vocation d'approvisionner, sans rupture en médicaments, les femmes séropositives enceintes. Celles qui le désirent seront orientées vers le centre principal où, après un entretien avec le psychologue, elles seront soumises à une ligne de conduite.

"Au moment de l'accouchement des ces parturientes infectées, nous demandons au personnel exerçant dans les maternités de modifier les pratiques obstétricales en évitant de faire appel aux man?uvres extérieures telles que le forceps ou autres instruments", ajoute Dr Serge Magloire Ngoubou, médecin consultant de l'unité mère-enfant de la CRF. La CRF et la Fondation Congo assistance ont crée des unités mère-enfant pour appuyer le PTME.