JOHANNESBURG, 17 déc. (IPS) – Le parti au pouvoir en Afrique du Sud, le Congrès national africain (ANC), a soulevé a proposé un changement sans précédent dans sa constitution pour attirer plus de femmes au sein de son équipe dirigeante.
Le Parti demandera à la conférence nationale, qui a commencé le 16 décembre au Cap, de ratifier une proposition selon laquelle un leader du parti sur trois sera une femme.
Actuellement, seul le comité exécutif national a constitutionnellement l'obligation d'atteindre les 30 pour de quota de femmes.
"En vue d'atteindre notre objectif de large représentation des femmes…
l'ANC va mettre en place un programme de mesures de discrimination positive, dont la fixation d'un quota d'au moins un tiers de représentation féminine dans toutes ses structures", indique le projet d'amendement constitutionnel du parti. Plus de 3.000 délégués se rencontrent pendant cinq jours cette semaine pour discuter à fond de la politique gouvernementale au cours des cinq prochaines années. La conférence nationale de l'ANC, qui se tient tous les cinq ans, est perçue comme un forum décisionnaire clé, où elle élit également une nouvelle direction, dont le président du parti.
Le président Thabo Mbeki reste à son poste – il a pris la direction de l'ANC en 1997, lorsque l'ancien président Nelson Mandela s'est retiré. Selon des analystes, il est possible que la prochaine conférence du parti en 2007 élise une candidate à la présidentielle – probablement la ministre des Affaires étrangères actuelle, Nkosazana Dlamini-Zuma.
Les présidents sud-africains sont contraints par la constitution à ne faire que deux mandats en fonction et Mbeki restera au pouvoir jusqu'en 2009.
Dlamini-Zuma est la plus ancienne femme dans les rangs de l'ANC. Elle est considérée par plusieurs comme capable d'affronter l'épreuve présidentielle, bien qu'elle soit éclipsée en popularité par Winnie Madikizela-Mandela, présidente de la ligue des femmes de l'ANC, également seule femme leader à avoir constamment réuni le plus grand nombre de voix aux conférences de l'ANC. Ce n'est pas pour rien que, les Sud-Africains le disent souvent, le pays n'a pas encore dit ses adieux à la dernière présidence Mandela.
Hormis la course pour la direction, la conférence aura probablement à faire le débat socio-économique. Un rapport publié au début de ce mois par l'agence nationale des statistiques (StatsSA), pourrait constituer la toile de fond de ces discussions.
Mesurant la richesse à travers le revenu et le pouvoir d'achat, elle a constaté que la plupart des Sud-Africains noirs étaient, en 2001, plus pauvres qu'ils ne l'étaient en 1995. "Les 50 pour cent des plus pauvres de la population s'étaient davantage appauvris en 2000, comparés aux plus pauvres en 1995", indique StatsSA. A cause des politiques économiques et éducationnelles de l'apartheid, la richesse en Afrique du Sud est encore répartie selon des lignes raciales, ainsi, la moitié la plus pauvre de la population est majoritairement noire.
Mais l'étude a également remarqué que le "salaire social" en Afrique du Sud ou la capacité du gouvernement à étendre des avantages comme le bien-être, le logement et l'éducation, avait également augmenté dans la même période, compensant l'impact d'un chômage croissant et d'une pauvreté saisissante.
L'agence constate par exemple, que la proportion des ménages vivant dans un logement formel, était passée de 66 pour cent de la population à 73 pour cent. Plus de 80 pour cent de Sud-Africains avaient accès à l'eau potable, tandis que plus de sept sur 10 utilisaient l'électricité pour l'éclairage.
Moins de gens utilisent l'électricité pour la cuisine et le chauffage parce que c'est encore trop cher, même si l'Afrique du Sud fait partie des producteurs les moins coûteux du monde. L'image du système sanitaire est moins saine, avec un peu plus de la moitié des ménages ayant eu accès aux toilettes, selon l'étude. L'éducation est beaucoup plus prospère avec 94 pour cent d'enfants à l'école.
Alors qu'il est très probable que ces acquis de développement seront annoncés par l'ANC à sa conférence nationale, des analystes estiment que l'image n'est pas assez bonne après près de neuf ans au pouvoir. L'un des analystes défendant cet avis est le professeur Sampie Terreblanche qui, après huit ans de recherche sur l'inégalité au cours de la période pré et post-apartheid conclut que l'ANC n'a pas fait assez pour partager le gâteau économique.
Selon lui, la conférence du parti, qui a commencé cette semaine, est une "rare et importante" opportunité pour réévaluer ses politiques et adopter une ligne plus influencée par un modèle social-démocrate que par un modèle de libre marché. D'autres qui partagent également le même avis sont les partenaires de l'alliance de l'ANC, le Congrès des syndicats sud-africains (COSATU) et le Parti communiste local. Tous deux veulent que l'ANC étende une subvention de revenus de base de 100 Rands (environ 10 dollars US) aux Sud-Africains pauvres pour augmenter le salaire social et ils croient aussi que le parti peut desserrer les cordons de la bourse fiscale pour dégager plus de fonds à dépenser sur le bien-être, l'éducation et la santé.
Depuis 1996, l'ANC a suivi un programme économique conservateur, équilibrant presque le budget national, mais sacrifiant également les dépenses sociales pour y parvenir. Selon les prévisions du COSATU, malgré une tendance à l'augmentation des dépenses, le pays ne retournera aux niveaux des dépenses de développement humain de 1996 qu'en 2005.
Tandis que le carnet de notes de l'ANC en matière de changement politique est satisfaisant, sa performance en matière de réalisation économique l'est moins. En somme, il a été incapable de répondre à l'attente de la prospérité et cela est dangereux d'un point de vue politique, selon Terreblanche.
"Que des attentes n'aient pas été comblées peut bien conduire à une frustration croissante et même à une rage destructive, avec la possibilité de saper la stabilité sociale dont dépend le système démocratique nouvellement acquis", affirme-t-il.

