DROITS-ZAMBIE: Les hommes perçoivent le préservatif féminin comme unemenace pour le patriarcat

LUSAKA, 29 oct. (IPS) – Sonile Zulu est très à l'aise pour utiliser le préservatif féminin, communément connu sous le nom de 'Femidon'.

Elle dit ne pas comprendre toutes les craintes et critiques entourant son utilisation en Zambie et qui ont réussi à faire échouer une campagne destinée à faire du Femidon un instrument accorder un pouvoir ultime aux femmes lorsqu'il a été lancé.

La plupart des femmes évitent d'utiliser le Femidon. Les deux raisons évoquées le plus souvent sont : son manque de fiabilité en tant que contraceptif et une perception erronée selon laquelle il est seulement conçu pour les prostituées, comme une protection contre le virus de l'immunodéficience acquise (VIH). La plupart des Kenyans pensent que le VIH est contracté suite à des rapports sexuels avec des partenaires multiples.

Zulu réfute la première raison, la qualifiant de 'propos de gamins'. Je suis très irritée par tous ces propos de gamins à propos des préservatifs féminins. Le résultat est que les gens ne savent pas comment utiliser le Femidon … Il offre la même protection que les préservatifs masculins et s'ils ne peuvent pas comprendre cela, ils devraient simplement cesser d'avoir des rapports sexuels".

La seconde critique, l'association du Femidon aux prostituées, est le résultat d'un plaidoyer "biaisé", fulmine Judy Brown, conseiller en planning familial et activiste de la lutte contre le VIH/SIDA. Le Femidon est présenté en Zambie comme un instrument de prévention contre le VIH et les maladies sexuellement transmissibles, et destiné aux prostituées qui appartiennent à la catégorie à haut risque.

Brown peut comprendre pourquoi cela s'est passé de cette façon. "Il y a une espèce d'urgence à enrayer les infections du VIH et il semble donc logique de se concentrer sur les prostituées (malheureusement), le fait que le Femidon soit également un contraceptif est éclipsé", déplore-t-elle..

Une étude sur l'usage du préservatif, menée par la Société pour la santé familiale (SFH) en 2000 semble corroborer les dires de Brown. L'étude, qui a été effectuée sur plus de 3.000 personnes à travers la Zambie, indique que seuls 2 pour cent des personnes mariées interrogées avaient utilisé une fois un préservatif féminin et que c'était plus à titre expérimental que quelque chose qu'elles utilisaient régulièrement.

En outre, les hommes percevaient le Femidon comme une menace pour le patriarcat. "En utilisant un préservatif, ma femme démontre une libération par rapport à laquelle je me sens mal à l'aise. C'est comme si elle ne pouvait pas me faire confiance pour la protéger", a indiqué l'étude, qui cite Gideon Nambeye, un enseignant du primaire qui a interdit à sa femme d'utiliser le Femidon. "Pour les prostitués oui, elles doivent faire attention à elles, mais pour les femmes mariées, je ne le pense pas", a-t-il affirmé avec fermeté.

Alors, est-ce que les prostituées de la Zambie utilisent le préservatif féminin? "Les condoms sont bruyants, nos clients se plaignent du fait qu'ils les distraient, et nous ne sommes pas sûres de les utiliser par peur qu'il ne se déplace ou ne se colle à l'intérieur", estime Tari Munkombwe, une prostituée.

Selon elle, ses collègues se plaignent que l'insertion soit "encombrante" parce que le préservatif a besoin de lubrification parfois, mais également que le plastique diminue la sensation, réduisant le plaisir sexuel pour les deux partenaires.

Parfois, des clients leur demandent de réduire leurs frais si elles utilisent un préservatif féminin parce qu'ils ont l'impression d'avoir des rapports sexuels "rudes", au cas où le Femidon se déplacerait ou s'enfoncerait davantage dans le vagin, souligne Munkombwe. "Personne ne veut donner une chance au préservatif féminin", regrette amèrement Zulu, qui se demande pourquoi si les hommes ne deviennent pas "rudes" après avoir mis un condom, ils devraient s'attendre à ce que le préservatif féminin soit différent.

En parlant de tous ceux qui l'ont utilisé, ne serait-ce qu'une fois, elle affirme que personne n'avait dit que le préservatif se déplaçait ou s'enfonçait ou encore se perdait à l'intérieur. Les femmes ont dit qu'elles craignaient que cela ne se passe, mais pas n'ont pas indiqué que cela s'était passé en réalité, ajoute-t-elle.

Le préservatif féminin est fabriqué à base de plastique épais, la polyuréthane et est maintenu en place par des anneaux en plastique souple.

Il se fixe aux parois vaginales et peut être inséré deux à huit heures avant les rapports sexuels. Le personnel médical dit qu'il lui serait impossible de se "perdre" dans le vagin.

Des instructions claires sur le paquet mettent en garde les utilisatrices contre des "fuites" en donnant des indications très spécifiques sur la manière dont il doit être déchiré. L'emballage contient également un lubrifiant pour une application plus facile.

D'autres problèmes entravent l'usage du Femidon en Zambie. Selon Munkombwe, les préservatifs masculins sont facilement accessibles dans les épiceries, les kiosques et pharmacies, mais les préservatifs féminins ne peuvent être trouvés que dans des centres de planning familial, s'il en existe.

La raison de ce déséquilibre a quelque chose à voir avec le profit, selon la pharmacienne Rafik Moosa. Lorsque le Femidon a été introduit en 1994, toutes les pharmacies et magasins ont été ravitaillés. Aussi bien les préservatifs féminins que masculins étaient vendus à 1000 K (environ 20 cents US), mais seuls les préservatifs masculins ont été vendus.

Il ajoute : "J'ai eu sur les bras les préservatifs féminins jusqu'à la date de leur péremption et j'ai dû les jeter. Je ne les ai plus jamais commandés et je ne connais personne qui l'ait fait. Je pense que ce sont seulement les centres sanitaires gouvernementaux qui les ont en stocks".

Selon Alex Katambala, porte-parole de l'Association zambienne de planification familiale (PPAZ) les Femidons, comme les préservatifs masculins, sont des choses qu'on devra simplement s'habituer à utiliser.

"Les problèmes qui se posent avec les préservatifs féminins sont les mêmes que ceux que nous avions eus avec les condoms masculins, ce n'est qu'une question d'habitude. Il semble avoir des problèmes, mais ces derniers disparaîtront comme cela a été le cas pour les préservatifs masculins".

Elles ne sont pas nombreuses les organisations qui conseillent l'utilisation des Femidons. "Il y a un sentiment de lassitude dans plusieurs sens. Nous avions essayé avec beaucoup de difficulté de faire accepter les préservatifs masculins, nous devons maintenant recommencer le même cinéma avec le préservatif féminin; nous ne distribuons que ce que les gens préfèrent, le préservatif masculin", affirme un directeur de publicité, Tandiwe Zulu.

Given Malama, un banquier, qui a utilisé "une fois ou deux" le préservatif féminin, dit que c'est une affaire de genre. Elle souligne que les entreprises commerciales savent que ce sont les hommes qui détiennent le pouvoir d'achat et elles se concentrent donc sur les produits de consommation pour les hommes.

"En fait, je ne vois pas de publicités ou de messages sur le Femidon, absolument aucun. Je n'ai vu aucune publicité le faisant paraître sexy, attrayant ou ingénieux, comme ce que j'ai vu dans les publicités sur le préservatif masculin", souligne-t-elle. Malama appelle à une croisade renouvelée pour amener les femmes à prendre conscience du fait qu'elles ont le droit de se protéger. Le Femidon devrait être une option ainsi qu'un contraceptif, en particulier lorsqu'une femme ne veut plus utiliser des contraceptifs chimiques comme les pilules ou le stérilet. Elle conclut : "C'est le manque d'information qui est en train de faire perdre le Femidon".