POLITIQUE: Des dirigeants africains recherchent la paix dans une Côted'Ivoire déchirée par un conflit

ABIDJAN, 24 oct. (IPS) – L'Hôtel Ivoire d'Abidjan a accueilli des dirigeants de six nations d'Afrique de l'ouest mercredi, qui se sont joints au président sud-africain Thabo Mbeki – qui représentait l'Union africaine (UA) – pour essayer de rechercher une paix durable en Côte d'Ivoire.

Mais la veille, des soldats français ont fait usage de gaz lacrymogène et de canon à eau pour disperser des milliers de manifestants regroupés devant la principale base militaire française en Côte d'ivoire. Selon des témoins, plusieurs manifestants avaient été blessés.

Les manifestants qui scandaient des slogans, chantaient et agitaient des panneaux, ont demandé que la France leur livre Alassane Ouattara, un leader de l'opposition qui s'est réfugié à l'ambassade de France à Abidjan, la capitale économique de la Côte d'ivoire, depuis la tentative de coup d'Etat le mois dernier.

Ouattara a été accusé par plusieurs Ivoiriens du Sud d'être derrière la tentative de coup d'Etat du 19 septembre ourdie par des rebelles qui se sont emparés depuis lors de la moitié nord du pays dans une insurrection qui dure depuis un mois. Ouattara a nié toute implication dans cette affaire.

Les manifestants s'étaient réunis devant la base militaire du Bima, où est basée la majeure partie des troupes françaises à Abidjan.

Un diplomate français a indiqué qu'il y avait plusieurs centaines de manifestants. Des témoins les évaluaient toutefois à plusieurs milliers, et ont affirmé que les manifestants avaient été blessés au moment où les soldats dispersaient la foule.

L'ambassade a conseillé aux Français résidant en Côte d'Ivoire de rester chez eux mardi et a fermé toutes les écoles françaises. L'ambassade américaine, elle, a fermé mardi à midi, et a également conseillé aux citoyens américains de rester enfermés chez eux et d'éviter les foules.

Selon des témoins, la foule était toujours amassée devant la base militaire mardi après-midi, affirmant qu'elle ne quitterait pas les lieux tant qu'on ne lui aurait pas remis Ouattara. Mercredi matin, la foule s'était dispersée, selon un porte-parole de l'armée française.

Le Premier ministre ivoirien, Affi N'Guessan, a déclaré sur la télévision d'Etat mercredi que les manifestations à la base militaire ne devraient pas être perçues comme étant anti-françaises, mais comme une manifestation de soutien au gouvernement ivoirien en place.

Mardi, le régime du président Laurent Gbagbo a condamné des attaques ethniques qui auraient eu lieu dans une ville aux mains du gouvernement, mais a démenti les allégations faisant état de l'implication des soldats loyalistes.

Des habitants de Daloa, une ville productrice de cacao dans l'ouest du pays – avec une population de 200.000 personnes – ont déclaré que des forces loyales au gouvernement majoritairement chrétien, basé dans le sud, ont attaqué des membres du groupe ethnique Dioula, situé dans le nord du pays ainsi que des ressortissants du Burkina Faso voisin. Selon des témoins, des troupes en uniforme ont incendié des bâtiments et sorti des gens de leurs maisons pour les abattre.

Le porte-parole de Gbagbo, Alain Toussaint, a qualifié les rapports "d'extrêmement graves et condamnables", mais a soutenu qu'ils "n'étaient pas l'œuvre de l'armée régulière".

Il a affirmé que des gens n'ayant aucun lien avec l'armée ivoirienne portaient des uniformes militaires et attaquaient des civils "avec l'intention de ternir l'image et l'action des troupes nationales".

"Les forces loyalistes … ont la responsabilité de protéger les personnes et les biens de tout le territoire ivoirien", a indiqué Alain dans une déclaration faite depuis Paris.

Le gouvernement a repris Daloa la semaine dernière des mains des rebelles dont l'insurrection a divisé la Côte d'Ivoire entre le Nord, majoritairement musulman, contrôlé par les rebelles, et le Sud en grande partie chrétien, toujours aux mains du gouvernement. Des centaines de personnes sont mortes dans les combats.

Alain a accusé les rebelles d'abus sur le territoire sous leur contrôle, au nombre desquels des exécutions sommaires, des enlèvements et des viols.

Selon lui, ceux qui étaient pris pour cible étaient les "Ivoiriens perçus comme étant hostiles aux rebelles et à leurs chefs".

Les rebelles et le gouvernement ont accepté une trêve jeudi dernier et les combats ont cessé depuis lors. Mais des tensions ethniques mises à jour par l'insurrection se sont révélées beaucoup plus accrues ces derniers temps.

Selon Alain, des forces gouvernementales passaient ratissaient Daloa à la recherche d'armes cachées par les rebelles, mais tentaient maintenant de ramener l'ordre et le calme parmi les civils.

Un habitant musulman joint par téléphone a déclaré mardi que des troupes gouvernementales étaient passées dans une mosquée la nuit précédente pour rassurer le millier de personnes effrayées qui y avaient trouvé refuge et leur dire qu'ils pouvaient retourner chez eux sans s'inquiéter.

"Deux jours auparavant, des soldats vérifiaient les pièces d'identité.. Si vous étiez Dioula ou originaire du Burkina Faso, vous risquiez d'être abattu", a déclaré l'homme, trop effrayé pour donner son nom. "Maintenant, les troupes loyalistes disent qu'elles ne savaient pas ce qui se passait, mais qu'elles allaient calmer la situation".

Il a ajouté que les civils ne cachaient pas des armes pour les rebelles.

"C'est un prétexte que les soldats utilisent pour démolir nos maisons et nos boutiques", a-t-il indiqué.

L'homme a souligné que malgré le calme qui régnait dans la ville mardi, certaines personnes avaient toujours trop peur pour quitter la mosquée.

Mercredi, un habitant de Daloa disait qu'il avait toujours peur, affirmant : "Nous sommes prêts à partir – envoyez-nous seulement une camionnette. Je veux retourner au Burkina Faso".

Les rebelles disent qu'ils se battent pour les droits des Ivoiriens du nord, qui se sont sentis, pendant longtemps, ignorés par le gouvernement.

Plusieurs des combattants rebelles sont du groupe ethnique Dioula.

La population ivoirienne, qui est environ de 16 millions d'habitants, comprend 2,2 millions de Burkinabè, 800.000 de Maliens et 230.000 de Guinéens, selon des statistiques gouvernementales.

Les sentiments anti-immigrants en Côte d'ivoire, autrefois un bastion de stabilité en Afrique occidentale, ont commencé après le boom économique, qui a attiré des millions de travailleurs en provenance des pays voisins pauvres à la recherche d'emplois et d'opportunités économiques.