DEVELOPPEMENT: Les parlementaires africains comptent sur le NEPAD pourredresser le continent

COTONOU, 10 oct (IPS) – Plus de 500 parlementaires africains, réunis en forum à Cotonou, au Bénin les 8 et 9 octobre, ont décidé de faire du Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD) le nouvel instrument sur lequel le contient devra désormais s'appuyer pour se redresser économiquement.

Dans une déclaration rendue publique à la fin du Forum des parlementaires africains pour le NEPAD, les participants venus de presque tous les pays du continent, réaffirment leur attachement aux objectifs du NEPAD en tant que programme de l'Union africaine (UA) qui constitue "une réponse à la nécessité de repositionner l'Afrique dans le monde globalisant, de lutter contre la pauvreté et d'améliorer la qualité de vie de tous les peuples d'Afrique". Le NEPAD, souligne la Déclaration finale du Forum de Cotonou, "constitue un nouveau cadre d'interaction avec les pays industrialisés et les organisations multilatérales, fondé sur un agenda décidé par les Africains de leur propre initiative et de leur propre gré afin de déterminer eux-mêmes leur destin". Le NEPAD est une initiative des présidents sénégalais, Abdoulaye Wade, sud-africain, Thabo MBeki, nigérian, Olusegun Obasanjo, et algérien, Abdelaziz Bouteflika, qui, soucieux du développement du continent, ont conçu ce programme pour sortir l'Afrique de sa marginalisation et de son retard économique. "Le NEPAD repose sur la convergence des moyens à trois niveaux : combler le gap qui sépare l'Afrique des pays développés; instaurer l'Afrique comme espace opératoire de base; et avoir recours aux investissements privés massifs", explique le président Wade. Le NEPAD a pour principales exigences la paix ainsi que la bonne gouvernance politique et économique. Elles seules peuvent donner aux Etats africains la crédibilité indispensable pour mobiliser, sécuriser et optimiser des ressources étrangères auprès des partenaires du Groupe des huit pays les plus industrialisés (G-8). Le NEPAD se fonde sur cinq secteurs prioritaires à développer grâce au soutien des pays occidentaux. Le premier secteur essentiel porte sur les infrastructures physiques comprenant la technologie de l'information et de la communication, le transport, l'énergie et l'assainissement. Le deuxième secteur couvre les ressources humaines comprenant l'éducation et la culture, le développement des compétences, ainsi que l'inversion de la tendance à la fuite des cerveaux, la lutte contre les grands fléaux sanitaires que sont le paludisme, le VIH/SIDA et la tuberculose. Les trois derniers secteurs sont relatifs à la lutte contre la pauvreté; à l'agriculture; et à l'environnement. La réalisation des infrastructures est l'objectif stratégique du NEPAD car elle se fonde sur l'hypothèse selon laquelle si l'Afrique était dotée des mêmes infrastructures de base que les pays développés, elle serait mieux en mesure de se consacrer à la production et à l'amélioration de la productivité pour faire face à la concurrence internationale. Le NEPAD souhaite rompre avec la logique du "développement national" pour une logique de "développement régional" afin de mieux optimiser l'impact des investissements sur le continent. Le NEPAD vise à atteindre 7 pour cent de croissance annuelle – contre 4,3 pour cent cette année – dans l'espoir réduire de moitié le nombre de pauvres sur le continent d'ici à 2015.

Les dirigeants africains estiment qu'il faut environ 64 milliards de dollars en aide et en investissements par an pour combattre la pauvreté et la maladie, mais également pour reconstruire le continent africain.

"Le NEPAD est avant tout un programme, il n'est pas un discours philosophique", déclare le chef de l'Etat béninois, Mathieu Kérékou.. "Le grand mérite du NEPAD réside dans l'approche pragmatique des problèmes de notre continent", a indiqué Adrien Houngbédji, président de l'Assemblée nationale du Bénin, président du Forum de Cotonou et co-président de l'Assemblée paritaire Afrique-Caraïbe-Pacifique/Union européenne (ACP-UE). "Le NEPAD m'apparaît comme une réponse vibrante du contient africain à son énorme retard", déclare Ali Nouhoum Diallo (Mali), président du parlement de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'ouest (CEDEAO). Sur les 49 Pays les moins avancés (PMA) dans le monde, 37 se trouvent en Afrique. De même, les 27 pays les plus pauvres de la planète et à plus faible développement humain sont tous de l'Afrique sub-saharienne. L'Afrique est le seul continent au monde où la pauvreté générale et l'analphabétisme chez les adultes (près de 60 pour cent), au lieu de diminuer, se sont accentués dans les années 90, et où les taux de scolarisation et de vaccination des enfants (déjà en dessous de 50 pour cent) ont encore baissé. Sur 300 millions de personnes souffrant du paludisme par an dans le monde, 270 millions se trouvent en Afrique. L'espérance de vie est retombée depuis 1990 de 50 à 47 ans en moyenne sur le continent. Seuls 55 pour cent des Africains disposent d'eau potable et d'installation sanitaire. ET seulement 32 Africains sur 1.000 ont accès à un téléphone et neuf sur 1.000 disposent d'un ordinateur, précise la Déclaration finale du Forum de Cotonou. Le NEPAD est donc un projet d'espoir pour les générations actuelles et pour les générations futures, confie Diallo. "Il suscite autant d'espoir que les indépendances africaines en avaient suscité chez les peuples africains dans les années 60". La question qu'il faut se poser actuellement pour tester la durabilité du NEPAD, souligne-t-il, est de savoir si le NEPAD n'est pas lui-même un effet de mode. Et Diallo de se demander ce que sont devenus les programmes précédents tels que le Plan d'Action de Lagos et les différents programmes d'ajustements structurels.

Il s'est interrogé également sur les progrès des communautés régionales telles que la CEDEAO (Afrique de l'ouest), la CEMAC (Afrique centrale), la SADEC (Afrique australe). "Le NEPAD n'arrive-t-il pas trop tard?", se demande encore Diallo. Une note de pessimisme qui rejoint la critique des organisations non gouvernementales (ONG) qui estiment que "le NEPAD a été élaboré à huis clos et ne reflète pas les priorités de l'Afrique". "Il est important que l'on ne se perde pas dans un foisonnement de manifestations, voire de projets, tous probablement de bonne volonté, mais résultant d'une dispersion d'efforts alors qu'il faudrait se concentrer pour aller de l'avant", avertit Miguel Angel Martinez, vice-président de l'Assemblée parlementaire paritaire ACP-UE. Et Diallo exprime toutefois une lueur d'espoir : "Agissons avec persévérance pour que le NEPAD n'apparaisse pas aux yeux de beaucoup d'Africains comme une nouvelle illusion".