SANTE: La recherche étudie la manière dont le VIH/SIDA affecte les femmesdifféremment

NEW YORK, 7 oct (IPS) – Les femmes constituant maintenant près de la moitié du nombre total de personnes vivant avec le VIH/SIDA dans le monde entier, davantage d'études se focalisent actuellement sur la manière d'adapter le traitement à leurs problèmes sanitaires spécifiques.

Depuis l'introduction de la thérapie anti-rétrovirale très active (TARTA), le taux de décès dû au SIDA aux Etats-Unis a baissé considérablement. En 1995, le SIDA était la troisième grande cause de décès parmi les femmes. En 1999, c'était la cinquième.

Cependant, la réduction du nombre de décès dus au SIDA parmi les femmes n'a pas été aussi importante que parmi les hommes. Cet écart est dû en partie au fait que les femmes ont moins de chances d'obtenir des traitements médicaux.

Mais les différences de genre pourraient également affecter la manière dont les infections au VIH progressent, réagissent à la thérapie anti-rétrovirale et conduisent à des complications de thérapie, estiment les chercheurs. Par exemple, une étude récente de Timothy Sterling de l'Ecole de médecine de Johns Hopkins a révélé que les femmes nouvellement diagnostiquées séropositives avaient moins d'un tiers du virus dans le sang que leurs homologues hommes. Cette différence n'affectait pas l'évolution de la maladie, et les femmes finissaient par développer le SIDA en nombre égal..

"Nous ne savons toujours pas pourquoi il y a cette différence dans la charge virale au début. "C'est une question qui nécessite davantage de recherche". Les conclusions sont importantes parce qu'elles étaient favorables à des changements dans les directives des médecins sur le moment de commencer la thérapie médicale.

Le co-auteur de l'étude de Sterling, Thomas Quinn, également professeur à Johns Hopkins, a noté que "de précédentes études chez les hommes ont montré que la charge virale initiale peut être utilisée pour évaluer leur risque de progresser vers le SIDA, mais ces données confirment le fait que la charge virale initiale est beaucoup moins élevée chez les femmes que chez les hommes et par conséquent, pas aussi prévisible pour les femmes". Selon Sterling, les femmes dans l'étude avaient également un niveau plus élevé de cellules CD4, ou de cellules assistantes de type T, qui combattent les infections opportunistes. Les Cellules CD4 sont une importante cible du virus du VIH, et servent de jauge de laboratoire pour évaluer la santé du système immunitaire d'un individu.

La manière dont les femmes réagissent aux médicaments anti-rétroviraux est un domaine de recherche clé, selon les défenseurs.

Puisque la TARTA a été efficace pour prolonger la vie des femmes séropositives, une recherche supplémentaire est nécessaire pour enquêter sur le mécanisme de progression de la maladie. Une étude, dénommée ACTG 175 et financée par les Instituts nationaux de santé des Etats-Unis (NIH), a révélé que les femmes avaient besoin d'avoir leurs doses médicales corrigées beaucoup plus tôt que les hommes, et que les femmes avaient beaucoup plus disposées à avoir de graves symptômes du VIH.

Une autre étude publiée au cours des récents mois par le Centre universitaire Emory pour la recherche sur le SIDA a conclu que les femmes souffraient sensiblement plus des effets secondaires de la thérapie de la TARTA que les hommes, y compris des complications neurologiques et de la lipodystrophie, un dysfonctionnement du métabolisme qui entraîne la distribution altérée de la graisse du corps.

"Considérant les associations complexes des anti-rétroviraux et le manque cruel de données, il y a un besoin urgent d'évaluation (supplémentaire) de l'utilisation de ces médicaments chez les femmes", a déclaré Debra Johnson, un enquêteur de l'unité d'essais cliniques de l'Université de Californie du Sud et spécialiste dans le traitement des femmes séropositives.

"Le dosage, l'absorption, l'efficacité et la toxicité des médicaments pourraient être affectés par les différences dans les hormones, le poids et la constitution du corps entre les hommes et les femmes".

La grande partie du travail actuel pour répondre à ces questions est en train d'être faite par l'Etude du VIH de l'Inter-agence sur les femmes, un projet à long terme financé par le NIH. Lancé en 1993, la WIHA a inscrit environ 2.600 femmes jusqu'ici et est sur le point de l'étendre à 1.100 autres.

Les secteurs de recherche de la WIHA incluent les résultats spécifiques aux femmes dans les domaines du VIH, l'hépatite C, la forme humaine du virus du papillome, la santé reproductive, la lipodystrophie, l'impact des médicaments pour faire baisser la charge virale, et l'effet des hormones sur la progression du VIH. "La beauté de cette étude est qu'elle représente le visage actuel de l'épidémie du SIDA", a déclaré Carl Dieffenbach de l'Institut national pour l'allergie et les maladies infectieuses, faisant remarquer qu'environ 80 pour cent des participants sont des Africains Américains ou des Hispaniques.

Quelque 80 à 85 pour cent des femmes sont sous la thérapie TARTA, contre 90 à 95 pour cent d'hommes. Dieffenbach a attribué cet écart aux stress spéciaux vécus par les femmes, dont plusieurs doivent jongler avec les soins aux enfants, les questions domestiques, les pressions financières et un horaire complexe de (prise de) médicaments.

"Parfois, leurs vies sont si compliquées qu'elles ne peuvent même pas s'en sortir", a-t-il souligné. Une conclusion à laquelle on est arrivé jusqu'ici est que, alors que les médicaments disponibles se sont avérés tout aussi efficaces dans l'inhibition du virus du VIH chez les hommes et les hommes, les femmes ont tendance à changer de thérapies plus souvent – probablement parce qu'elles sont sujettes à un taux plus élevé d'effets secondaires. "Il est possible que les femmes aient plus d'effets secondaires parce que le dosage est adapté à une masse corporelle faible", a indiqué Dieffenbach.

"Nous étudions une pharmacologie spécifique aux femmes, précisément le dosage. Nous avons fait certaines études dans ce domaine, qui seront étendues sous peu dans les quelques années à venir".

L'une des plus grandes victoires pour les femmes vivant avec le VIH/SIDA a été le développement des médicaments pour empêcher la transmission du virus de la mère à l'enfant.

Depuis 1991, le nombre de bébés américains nés avec le VIH a chuté de 80 pour cent, et les médicaments comme la Névirapine et le Zidovudine sont de plus en plus disponibles dans les parties du monde les plus durement touchées (par la maladie).