OUAGADOUGOU, 3 oct (IPS) – L'Organisation mondiale de la santé (OMS) et ses partenaires, craignant des flambées probables de méningite dans les prochains mois, lancent un appel aux pays donateurs pour mobiliser d'urgence 11 millions d'euros destinés à l'achat de vaccins.
Ces fonds permettront également d'apporter un appui aux pays de la "ceinture méningitique" qui comprend, en Afrique, les pays ou les régions de la savane sèche allant du Sénégal jusqu'en Ethiopie, en passant par les Etats du Sahel.
Les partenaires de l'OMS forment le groupe de coordination international sur la fourniture de vaccins contre la méningite, et il comprend le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), Médecins sans frontières (MSF) ainsi que la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant Rouge. Lancé vendredi à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso, l'appel est intervenu à l'issue de cinq jours de travaux entre l'OMS, ses partenaires et les représentants du Mali, de l'Ethiopie, du Ghana, du Niger, du Tchad et du Burkina.
Des représentants des firmes pharmaceutiques ont pris part à la rencontre "urgente" convoquée par l'OMS pour réfléchir aux voies d'accès à un vaccin approprié et à un prix abordable. Les participants ont également adopté des stratégies pour mieux faire face à une épidémie.
Les craintes de l'OMS se fondent sur l'apparition, l'année dernière, d'une épidémie de méningite au Burkina Faso, provoquée par une souche jusque-là inconnue en Afrique, le W135. L'épidémie a fait 1.500 morts sur plus de 12.000 cas enregistrés.
Selon MSF, le risque est sérieux de voir la souche s'étendre aux pays voisins.
"Or ni le continent ni la communauté internationale ne semblent préparés à une telle éventualité", souligne MSF qui craint que la saison épidémique commence dès novembre.
En l'absence de vaccin contre le W135, les participants ont demandé aux pays de la "ceinture méningitique" de redoubler de vigilance et de renforcer les capacités de leurs laboratoires pour détecter rapidement les premiers cas et pouvoir y répondre très tôt.
L'OMS a également annoncé la création d'un centre régional de surveillance des maladies – pour mieux mener la recherche sur la méningite – à la place du siège de son programme de lutte contre l'onchocercose, à Ouagadougou, qui prend fin en décembre après 28 ans d'activités couronnées de succès.
Les participants ont accepté, en outre, l'arrêt des campagnes de vaccination préventive contre les souches A et C, les plus fréquentes, en raison de leur inefficacité en cas d'épidémie, selon l'OMS.
"Les vaccins que nous avons ne garantissent qu'une immunité très médiocre", déclare Daniel Tarantola, conseiller principal auprès du directeur général de l'OMS et directeur du département vaccins et produits biologiques dans cette agence de l'ONU.
"En plus, les plus exposés, que sont les enfants de moins de deux ans, ne sont pas protégés par le vaccin. Donc les personnes les plus vulnérables ne sont pas protégées", ajoute-t-il.
Tarantola explique : "Si nous utilisons ce vaccin à titre préventif, d'une part on n'a aucune garantie sur son efficacité, d'autre part on risque de tomber à court de vaccin lorsqu'une épidémie se déclare. Donc, il est très important d'accentuer la vigilance, de pouvoir détecter les épidémies lorsqu'elles se déclarent pour pouvoir y répondre avec les vaccins de façon appropriée".
Selon l'OMS, un vaccin efficace ne sera pas disponible avant 2007. Le seul vaccin contre le W135 est le "tétravalent" qui protège également contre quatre souches dont le A et le C. Mais son prix très élevé – 5 dollars US (environ 3.330 FCFA) la dose contre 25 cents US (environ 167 FCFA) la dose pour le A et le C – et sa production en très faible quantité le rendent inaccessible à la majorité des pays africains où la population à risque est pauvre et estimée à 300 millions de personnes.
L'OMS et ses partenaires ont ciblé le prix d'un dollar (environ 666 FCFA) pour la dose, mais les négociations à Ouagadougou, avec les principales firmes pharmaceutiques produisant le tétravalent contre le W135 – Glaxosmithkline (GSK) et Aventis Pasteur (AP)- n'ont pas permis une percée ni pour une production massive du vaccin ni pour un prix abordable pour les pays africains.
Aventis Pasteur, dont les représentants étaient présents à Ouagadougou, a déclaré ne pas être en mesure de produire de tétravalent à grande échelle avant trois ou quatre ans en raison de l'état de saturation actuelle de ses unités de production. Il produit chaque année seulement deux millions de doses de vaccins tétravalent, uniquement pour le marché américain où il est vendu à 50 dollars (environ 33.300 FCFA) la dose.
La firme Glaxosmithkline, l'un des deux principaux producteurs du tétravalent, qui n'était pas à la rencontre, a néanmoins accepté la baisse du coût de la dose à 2,75 dollars US (environ 1.832 FCFA), ce qui reste toujours loin de la portée des pays africains. Jusque-là, GSK avait maintenu le coût à 3,5 dollars (environ 2.331 FCFA).
"Nous allons conjuguer nos efforts autour de l'OMS pour maintenir la pression sur les firmes pharmaceutiques afin qu'elles comprennent la nécessité de produire des vaccins adaptés à la situation actuelle et à un prix abordable", indique Graciela Diap, responsable de la campagne "Accès aux médicaments essentiels" à MSF. MSF vaccine trois à cinq millions de personnes chaque année contre la méningite.
"Nous ne pouvons pas accepter ce double standard pour les uns qui ont des vaccins en quantité suffisante, et pour les pays africains où la situation est plus grave et où il existe très peu de vaccins alors que 90 pour cent des cas de méningite s'y trouvent", déplore Diap.
L'OMS annonce qu'elle ne pourra acheter que deux millions de doses de tétravalent en 2003 en raison du coût élevé de la dose alors que les besoins immédiats sont estimés à cinq millions de doses. Pour les cinq ans à venir, l'agence onusienne a besoin de 50 millions de doses de tétravalent.
L'OMS a annoncé qu'elle allait poursuivre les négociations avec les firmes pharmaceutiques en vue d'obtenir la dose du vaccin à un dollar US pour les pays africains.

